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Empoisonnement du lac Toho: Entre spécialistes des secteurs public et privé, qui dit vrai ?



GREEN NEWS: Magazine de l’économie verte AOUT 2018 N°001

Déjà de longues semaines (mai 2018) après l’empoisonnement du lac Toho et on est visiblement encore loin de connaître la vérité sur l’intoxication qui a décimé plusieurs tonnes de Tilapias (poissons) dudit lac dans la commune d’Athiémé (Bénin). A l’opposé des résultats du Laboratoire central de contrôle de sécurité sanitaire des aliments (Lcssa), qui soutient la thèse d’une intoxication aigüe par contamination chimique venant d’une source endogène au lac, plusieurs autres voix discordantes se sont élevées pour infirmer cette thèse._ Qui détient la vérité ?_

Le 21 mai 2018, les poissons du Lac Toho, dans la commune d’Athiémé ont été retrouvés morts. Suite à ce drame aquatique, la première hypothèse était, celle d’une contamination des eaux du lac par une quelconque famille de pesticides. Mais, selon le Laboratoire central de contrôle de la sécurité sanitaire des aliments (LCSSA), le drame du Lac Toho n’a pas pour cause un empoisonnement à l’aide d’une famille de pesticides.

En effet, après prélèvements et analyses, le Lcssa écarte l’hypothèse d’empoisonnement du Lac Toho par une quelconque famille de pesticides.Tous les textes sur les quatre groupes de pesticides ciblés au départ sont négatifs au laboratoire, a indiqué le résultat. Néanmoins, pour ce qui est des « médicaments vétérinaires », les résultats de deux médicaments sur 5 sont positifs. « Deux familles de médicaments vétérinaires ont été décelées dans la chair des poissons mais non dans l’eau et dans les sédiments, présence probablement due à leurs usages dans les bassins des alevins » indiquent les résultats envoyés au ministre de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche.

Ainsi, en conclusion, la thèse selon laquelle les eaux du Lac Toho auraient été empoisonnées à l’aide de pesticides est écartée. Toutefois, les analyses se poursuivent selon le Directeur du Lcssa, Kinnou Kisitto Chabi Sika. « Au regard du degré du phénomène (mort massive), on pourrait penser à une intoxication aiguë par contamination chimique venant d’une source endogène au lac par infiltration souterraine. Une recherche des molécules sulfureuses (en cours au niveau du laboratoire) pourrait aider à confirmer cette hypothèse », déclare-t-il dans une correspondance adressée au ministre de l’Agriculture, de l’élevage et de la pêche, vendredi 25 mai 2018. La polémique s’enfle.

La publication des résultats du Laboratoire central de contrôle de sécurité sanitaire des aliments (Lcssa), qui soutient la thèse d’une intoxication aiguë par contamination chimique venant d’une source endogène au lac par infiltration souterraine a suscité de vives polémiques. Ainsi, pour le Professeur Michel Boko, le drame serait dû à un probable lessivage des pesticides, herbicides et d’autres insecticides jetés dans les champs périphériques. *« Le fait que cet accident survient au début de la saison des pluies est très révélateur d’un probable lessivage des pesticides, herbicides et autres insecticides jetés dans les champs périphériques. Or, le code de l’eau impose des règles en la matière »* a-t-il martelé.

«La thèse et les réserves portées par le Professeur agrégé Boko Michel me convainquent plus, car pour moi, il a subtilement touché du doigt les insuffisances faites lors des investigations et enquêtes », a laissé entendre Guy- Elvis Sèmondji, Doctorant à l’Edp/Uac, pour sa part. A l’en croire, Michel Boko a même indiqué la démarche à suivre et fait des propositions scientifiques concrètes qui ouvrent le champ libre à la contradiction pour éclairer les dirigeants et le peuple entier. Selon ses propos, si malgré tout ceci rien n’est fait, il y a anguille sous roche, il y a forcément une vérité inavouée que l’on craint de mettre au grand jour, poursuivra-t-il.

Il y a donc des faits ou des mains invisibles qui empêchent que la vérité soit connue pour le bonheur de tous, conclura Guy- Elvis Sèmondji. Les propos de Boko Michel et de Guy- Elvis Sèmondji, ont été contrebalancés par ceux de Eulodie Hodonou, Vice-présidente de l’ONG Wap, Coordinatrice du magazine GLESSI, qui cependant ne doute pas de la compétence du personnel technique du laboratoire en charge du dossier. Mais elle aurait suggéré une contre expertise parce qu’il s’agit là d’un cas très grave et une seule expertise ne saurait clarifier sur ce dossier. Selon ses dires, un tel dégât est sûrement dû au phénomène d’eutrophisation.

En effet, l’eau de ruissellement emporte les produits phytosanitaires utilisés dans les champs par les producteurs, qui sont déversés dans les rivières et cours d’eau. Leur dégradation enrichit rapidement ces eaux, puis des sédiments. Ces produits étant très toxiques, polluent les eaux et sont capables de tuer les poissons et les autres espèces aquatiques.Intensifier la recherche… « Je pense que c’est un épisode qui révèle nos faiblesses et limites en matière de recherche en situation d’urgence. Il révèle aussi notre incapacité à apprendre de ce qui nous arrive», se désole Finagnon F. Fadonougbo, Agronome et Anthropologue, Chercheur au Ladyd/Fsa.

Pour lui, dans un système normal, ce drame aurait permis d’actualiser et ou d’édicter de nouvelles règles en matière de conduite de fermes piscicoles/aquacoles, de procédures en cas de mortalité anormalement élevée et en matière de procédure de recherche en situation de crise. Le drame aurait donc révélé à l’en croire, l’incapacité des chercheurs à œuvrer ensemble pour aboutir à des résultats plausibles : « Il a révélé notre incapacité à travailler ensemble et notre propension à plus nous attaquer aux autres plutôt que de nous attaquer aux problèmes que nous avons », déplore-t-il. C’est triste que nous n’ayons véritablement rien appris de cet épisode », conclura Finagnon F. Fadonougbo.

_Les derniers résultats sur la recherche de probables molécules sulfureuses pour la confirmation ou non d’une intoxication aiguë par contamination chimique ne sont toujours pas connus. Jusqu’à quand devra durer encore le suspense sur l’origine du drame…_Entre les spécialistes du secteur public (Lcssa …) et privé (Prof Boko et Al…), à qui se fier donc ?

Un appel à la mobilisation« Ce sujet est sensible et dans des pays comme le nôtre, quelque soit la probité des responsables des laboratoires et des techniciens, les vrais résultats ne seront jamais connus du fait des gouvernants pour diverses raisons. Mais toute bonne analyse sans être spécialiste, peut émettre des hypothèses de ce qui pourrait être à l’origine de ce drame », laissait entendre Fiacre Adifon, Doctorant en science du sol. Il en appelle à la mobilisation de tous : « Une société civile éveillée, une association de consommateurs dynamique, des organes de presse professionnels et une justice qui a à cœur le droit de tous à un environnement sain auraient fait bouger les lignes sur cette affaire », lancera-t-il.

Et pour le Greffier Hermann Kékéré, il faut que les ONG béninoises de défenses de l’environnement sollicitent l’expertise d’une structure internationale spécialisée pour analyser la situation, Greenpeace par exemple.

Anicet SEMASSA

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