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Glyphosate et processus d’éradication d’un pesticide: «Il faut qu’il y ait des incidents documentés, reportés par un pays», dixit professeur Simplice Vodouhè

Green News N°2 Décembre 2018

Au Bénin, comme dans la plupart des pays d’Afrique, la lutte chimique est la méthode la plus couramment utilisée pour protéger les cultures et les récoltes contre les ravageurs et les maladies des plantes. D’importantes quantités de pesticides dont le glyphosate sont importées chaque année de manière légale pour satisfaire la demande des agriculteurs surtout ceux du coton.

 Autrefois exclusivement produit par Monsanto (à partir de 1974, sous la marque Roundup), son brevet est passé dans le domaine public en 2000, de sorte que d’autres entreprises le produisent désormais. Le glyphosate est classé depuis le 20 mars 2015 comme « probablement cancérogène » par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ). Cette agence de l’OMS précise que ce classement est uniquement une estimation du danger, et que l’estimation du risque pour la population générale est du ressort des agences de sécurité sanitaire. Le sujet a fait couler beaucoup d’encre au Bénin lorsqu’un tribunal de San Francisco a condamné (10 Août 2018) Monsanto à payer près de 290 millions de dollars de dommages pour ne pas avoir informé de la dangerosité de son herbicide Roundup à l’origine du cancer de Dewayne Johnson, une victoire pour ce jardinier américain qui espère un effet boule de neige. A ce titre, votre magazine Green News s’est penché sur la question pour comprendre  le processus d’éradication d’un pesticide. C’est à cet exercice que nous vous invitons une fois encore le professeur Simplice  D. Vodouhè.

Green news : Mr le Professeur, quelle est votre analyse des débats autour du glyphosate au Bénin?

Le professeur Simplice  D. Vodouhè : Ces débats qui avaient animé les médias et réseaux sociaux  ne devraient pas être. C’est un élément qui existait depuis des années et des gens sont entrain de se battre, sur le plan international et nous devrions contribuer à ce débat. Ce que nous n’avons pas  fait.

Quel peut être alors le processus d’éradication d’un pesticide ?

Ce qu’il faut savoir, pour retirer un produit, il faut qu’il y ait des incidents documentés, reportés par un pays. Quand il y a un nombre de cas inquiétants, (déjà à partir d’une décade environ), dans ce cas, on soumet le dossier à la convention, et celle-ci fait des investigations autour.  C’est ça qui a conduit  les  pays européens à vouloir sursoit à la fabrication du glyphosate, il y a quelques mois environs. Mais, c’est un problème économique aussi, puisque le grand bailleur de l’union européenne est allemand et le grand fabricant de glyphosate est allemand. Donc, ils ont dû donner un moratoire, et pendant tout ce  temps avec les cas qu’il y a eu au Bénin, on a rien dit.

Est-ce une ignorance des scientifiques, journalistes, et ceux en charge de la défense des droits des consommateurs ?

Non, les gens savaient. Je trouve ça beaucoup plus politiques que scientifiques.

Et vous qu’avez-vous fait ?

Je n’avais pas eu l’occasion de documenter les effets du glyphosate sur le terrain sinon, je rendrais compte directement à la commission, et si on doit faire des études complémentaires on le ferait. Au niveau national, qu’est que nous avons fait, quelle documentation existe-t-il aujourd’hui pour tracer les discussions sur le glyphosate ? Ceux qui écrivent, les journalistes, doivent forcer les scientifiques à leur donner des informations très précises sur le glyphosate. Un journaliste m’a confié « qu’il a voulu écrire sur le sujet mais aucun scientifique n’a voulu lui répondre ». Les gens sont venus à un moment ou c’est une situation critique, ou les gens se méfient de parler. Si, tu es scientifique et tu ne t’es pas documenté, tu ne peux rien dire. Il faut disposer des données de terrain et faire des analyses pour en discuter. Je me rappelle lors des conventions, les fabricants amènent des avocats pour défendre leur business mais en ce moment, nos dirigeants qui sont sensés porter haut notre situation font les magasins. Et les gens prennent les décisions. Au moment où, on citait le Bénin pour le cas de l’endosulfan, les nôtres n’ont rien fait. Nous qui sommes sur le terrain, qui collectons les données pour le cas de l’endosulfan, on ne nous a pas associé.

Que faire alors ?

Nous allons nous y  mettre, pour nous documenter un peu sur ce qui se passe sur le terrain. La dernière fois, il y avait une équipe qui est venue pour évaluer  la situation des pesticides chimiques au Bénin. Nous sommes allés dans les hôpitaux pour demander s’il y a un système qui informe sur les accidents liés aux pesticides. Il n’y avait pas d’éléments de ce genre permettant de dire, nous avons reçu un tel nombre de cas liés aux pesticides. Ce sont les symptômes qui sont seulement enregistrés. On ne va pas plus loin pour les causes probables.

Propos recueillis par Anicet SEMASSA

Mais avant, rappelons que :

En 2009, le Bénin a interdit l’importation, la distribution et l’utilisation de l’endosulfan, un polluant organique persistant (Pop) posant des risques sur la santé publique et l’environnement. Néanmoins, l’inventaire des pesticides existant au Bénin (2011) a révélé l’existence d’environ 780 tonnes de pesticides obsolètes (dont 350 tonnes d’endosulfan), ainsi que 12  tonnes de matériel contaminé, 3  tonnes d’équipement contaminé, 8 tonnes d’emballages vides et 143 tonnes de sols contaminés. Quatre sites sont déclarés pollués Djassin, Oganla, Malanville et Bohicon. http://www.fao.org/3/a-bd510f.pdf

Les approches de solutions…

Outre les bio-pesticides,l’utilisation des films polyéthylènes représente aussi une alternative à l’utilisation du glyphosate (pesticides). Ce film qui empêche le développement de mauvaises herbes, accroît le rendement de la production…De même certaines plantes, en forte densité créent suffisamment d’ombrage qui ne permet pas à certaines herbes comme le  chiendent de faire développer ses rhizomes d’où la baisse de vigueur et la mort qui s’ensuit. Par exemple l’acacia auriculiformis. Le Justicia anceliana empêche aussi le niébé de pousser. C’est pour dire que les solutions sont possibles à moyen et à long terme. En somme, c’est par la recherche que nous pouvons trouver solution de remplacement à l’utilisation des pesticides chimiques. Donc, allons à la recherche. (Source : Bénin Infos Agri)

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