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Pr. Simplice Vodouhè, le précurseur de l’Agriculture (coton) Biologique au Bénin.

Le premier coton certifié bio est apparu au début des années 1990 en Turquie et aux États-Unis. En Afrique, c’est surtout en Ouganda et en Tanzanie que le coton bio est produit. Le Bénin, fait figure de pionnier en Afrique de l’Ouest et l’histoire a pris ses marques en 1994. Le précurseur, Simplice Davo Vodouhè fait de la promotion de l’agriculture écologique et biologique son leitmotiv. Lisez à propos, l’interview exclusive à nous accorder.

GN: Mr Vodouhè, vous êtes Professeur titulaire en Sociologie et vulgarisation conseil agricole à la Faculté des sciences agronomiques à l’Université d’Abomey Calavi (Fsa/Uac); Coordonnateur de l’organisation béninoise de promotion de l’agriculture biologique (Obépab), Point focal de African forum for advisory service (Afaas), Président du réseau Ouest-africain pour l’Agriculture Ecologique et Biologique (AEB). Un palmarès bien fourni !

GN: Dites-nous, s’il vous était demandé de faire l’historique de l’agriculture écologique et biologique (Aeb) au Bénin, que répondrez-vous ?

L’historique de l’Agriculture écologique et biologique remonte en 1994. C’est suite à une étude sur le développement du commerce durable entre le Bénin et les Pays-Bas, plus précisément sur le coton biologique, auquel nous avons participé, que nous avons eu l’idée de faire l’expérimentation du coton biologique au Bénin. Une expérimentation qui n’a pas intéressé les organismes nationaux en charge de la vulgarisation. Leur réponse était catégorique, niet. Pour eux, on ne peut pas produire le coton sans les intrants chimiques. Pour nous, c’est possible et ça vaut le coup de faire l’expérimentation. Ce qui nous a amené à essayer nous-mêmes, pour comparer les résultats, puis, amener les acteurs tout autour à échanger et voir la faisabilité.

Mais avant, nous avons effectué une visite en Angleterre, en Italie, en Allemagne, et au Pays-Bas où, nous avons constaté qu’il y a une demande forte en produits biologiques surtout le coton. Nous avons rencontré un certain nombre d’acteurs très engagés dans la promotion de l’Aeb. Rappelons que le Sénégal avait commencé le coton biologique, il y a un an de cela. C’est ainsi que, une fois au Bénin, nous avons pris la résolution de commencer. Ceci a reçu un écho favorable de la part de la SNV qui a voulu aussi essayer, d’où son soutien. Pour avoir des résultats qu’on peut comparer et discuter faudrait qu’on étudie le comportement des technologies que nous amenons dans une zone de forte production de coton : kandi, Sinendé, une zone de production moyenne : Glazoué, et une zone de faible production : Djidja.

« Après l’expérience d’un an, nous avons fait une conférence Ouest-africaine pour discuter avec les différents acteurs y compris la recherche et les activistes autour de l’AEB pour statuer sur l’orientation à donner à la production du coton biologique. »

Pr Simplice Vodouhè

Cette conférence a été le point d’encrage de la promotion de l’Aeb, en particulier, du coton biologique. Grâce à nos partenaires anglais, nous avons amélioré dans le temps, notre paquet technologique (Food Spray) de lutte efficiente contre les ravageurs. Les premières productions de coton biologique n’ont pas été vendues, car notre principal objectif était de démontrer qu’on peut faire sa production au Bénin. Après, nous avons commencé par développer le circuit de commercialisation. Au niveau national, les conditions institutionnelles n’étaient pas du tout favorables pour son égrenage et sa commercialisation. On nous mettait des bâtons dans les roues. Dans les années 2000, certaines usines refusaient d’égrener notre production ou nous exigeaient beaucoup d’argent, après que le coton est convoyé vers l’usine, malgré les négociations conclues à l’avance. De 20 000 F Cfa la tonne pour l’égrenage, nous sommes passés à 80000F Cfa. Le coton étant classé comme produit stratégique au Bénin, nous n’avons pas eu d’autres choix que de subir.

GN: Qui sont ceux qui étaient les acteurs à l’origine ?

Au départ, il y a Obépab qui est financé par : Pan Uk, Pan Germany, et les Pays-Bas. Ce sont les premiers acteurs impliqués dans le coton biologique. Il y a aussi, la SONAPRA pour le service d’égrenage et nous faisions l’exportation nous-mêmes. Notons que les graines de coton n’étaient pas vendues à l’époque mais actuellement, oui.

GN: Quelle était l’organisation du marché du coton Biologique ? A-t-elle évolué ?

Suite à la décision du gouvernement d’alors d’uniformiser le circuit de commercialisation du coton, nous étions contraints de vendre notre production à l’État qui paie au prix premium aux producteurs en ajoutant 20% au prix conventionnel. Un prix fixé depuis plus de 15 ans et qui demeure. Sachez que l’Obépab ne gagne rien à part la satisfaction morale. Comme résultats, le rendement varie entre 800 et 1200kg à l’hectare. En terme de revenu, il est plus rentable que le conventionnel, produit à base d’engrais et de pesticides chimiques. Avec le temps, la production du coton biologique s’est épandue dans les communes de Gogounou, Mallanville, Savè, Savalou, etc. En outre, l’organisation Suisse Helvetas, s’y est intéressée et accompagnait ses producteurs dans la production du coton biologique avec l’appui technique de l’Obépab.

« Des impacts dans la sous-région, il y en a eu certainement… »

« Des impacts dans la sous-région, il y en a eu certainement… »

Pr Simplice vodouhè

Dans la sous région, Pan Africa a commencé un an avant nous. Sur invitation de Helvetas, nous sommes allés initier le Mali. Et après, l’Ethiopie, le Niger, le Togo, Etc. Grâce à l’appui des Partenaires techniques et financiers (Ptf), nous influençons indirectement à travers nos conférences internationales pour que les dirigeants africains puissent intégrer l’Aeb dans leur politique de développement agricole. Il y a un grand projet de promotion des produits maraîchers biologiques en cours qui doit démarrer incessamment au niveau du Maep. Il y a aussi l’initiative Eoa qui est un vaste programme et le projet agriculture verte au niveau de la GIZ.

GN: Parlez-nous de l’usage du coton biologique.

« Le coton biologique est beaucoup plus utilisé dans les articles qu’utilisent les bébés,… »

Pr Simplice Vodouhè

Le coton biologique est beaucoup plus utilisé dans les articles qu’utilisent les bébés, dans les lingeries féminines, couches, bikini… Il faut donc les protéger des pesticides chimiques. Un t-shirt 100% coton biologique est agréable à porter et doux. L’effet est facilement senti avec les bébés. Pour les reconnaître, il faut lire sur les étiquettes de ces articles.

GN: Face à ce tableau, si vous étiez ministre de l’agriculture que feriez-vous ?

Sourire ! Je préfère répondre à la question, quel message avez-vous à l’endroit de nos gouvernants. Et là, il faudrait que nos gouvernants s’impliquent davantage dans l’Aeb, qu’ils laissent une place à toutes les formescultures pour qu’elles puissent s’exprimer. Quand on donne des subventions à l’agriculture conventionnelle, qu’on en donne aussi à l’agriculture biologique pour que les gens puissent se développer.

GN: Quelles étaient les autres cultures de rotation sur les champs de coton et quelle place occupaient-elles?

Niébé, Arachide, Pois d’Angole, récemment le soja et on valorisait l’anacarde et le Karité. Ces produits étaient vendus aux prix standards. Actuellement, il n’y a pas un marché organisé pour ces produits, mais les producteurs effectuent des trocs entre-eux. Ils satisfassent aussi quelques commandes spécifiques. Pour ce qui concerne le soja et le karité, la société Africa Green Corporation s’investit pour son exportation.

GN: Vous parliez tantôt des activistes sur le plan régional. Quel était le rôle de ceux du Bénin dans la promotion de l’Aeb ?

Il y avait quelques réseaux qui parlaient de l’environnement à l’époque, je peux citer l‘Ong Redad.

GN: Votre mot de la fin monsieur Vodouhè

Je vous remercie Green News, pour cette opportunité que vous m’offrez. Que votre objectif de développer le marché de niche du bio au Bénin à travers cet outil soit une réalité.

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