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Faustin Dahito à propos du mixage énergétique au Bénin « l’Etat a affiché de bonnes politiques avec une grande amélioration »

Le précurseur du système solaire photovoltaïque au Bénin

GREEN NEWS, Le Magazine de l’économie verte

N° 3 Février 2019

L’énergie solaire photovoltaïque est devenue « une composante incontournable des politiques énergétiques » (Ademe 2013). Au Bénin, la part des énergies renouvelables dans l’approvisionnement électrique est de 3,42 % dont 0,51% pour le solaire photovoltaïque. Longtemps considéré comme un mythe par certains cadres énergéticiens béninois, il a fallu beaucoup de volonté et de patience (1985 à 1988) pour  le « jeune magicien »  Faustin Dahito pour la démystification de cette innovation qui date pourtant de 1954. Il en a fait la source d’énergie fiable  pour l’alimentation des stations télécoms  et de pompage d’eau au Bénin, dans les zones CEDEAO et CEMAC. Ceci, à  travers la société  Enerdas.Lisez à propos, l’interview exclusive qu’il nous a accordée.

logo ENERDAS GROUPE

Green News : Mr Faustin Dahito, vous êtes Ingénieur du génie électrique, spécialiste  en  énergie  et  automatique, Doctor of business  administration (Dba), Doctor honoris causa  en administration de la paix (Dpa) du cercle de réflexion des nations, PDG du Groupe Enerdas, Vice-président Uniafrica (treviso – Italy). Père fondateur de l’université Wanilo, vous assurez également la présidence de l’Association interprofessionnelle des spécialistes des énergies renouvelables (Aiser) et  de la Fédération de rugby du Bénin (Fébérugby). Un parcours riche d’expériences ! Et si l’on vous demandait l’idée qui sous-tend la création de Enerdas, que répondrez-vous ?

Faustin Dahito : L’idée de la création de Enerdas est venue depuis que j’étais étudiant à l’école polytechnique de Montréal. Après mes études, j’avais des opportunités au Canada mais je me suis dit qu’il y a quelque chose à faire au Bénin et en Afrique. Je connaissais le contexte énergétique de l’Afrique. J’ai compris qu’il vaut mieux aller servir le Bénin (Afrique). Donc, j’ai décidé d’y retourner pour contribuer à la concrétisation des initiatives des pays de la zone CEDEAO et CEMAC en matière d’autonomie énergétique. J’ai fais les formalités administratives qu’il faut, d’où Enerdas : Energies Dahito et Systèmes. C’était le 06 Février 1985. La société est spécialisée dans la conception et l’ingénierie des systèmes d’Energies Renouvelables  – Développement industriel. 

Pourquoi les Energies Renouvelables (EnR) ?

Les EnR, parce qu’il y avait  déjà des menaces sur le climat depuis des décennies. Etant donnée que l’Afrique a un fort taux d’ensoleillement, et c’est  d’ailleurs la  plus naturelle source d’énergie qu’il faut pour  propulser son développement, nous nous sommes dits que ça nous servirait certainement. Quand vous analysez bien la dynamique économique des nations, les pays qui maîtrisent l’énergie, sont les plus avancés sur le plan économique.

ENERDAS :

Votre parcours n’a certainement pas été sans difficultés…racontez-nous !

Au début, les difficultés étaient au niveau de l’administration. Il y a 30 ans au Bénin, le secteur de l’électricité était dominé par les énergies conventionnelles (Thermique et Barrage). Les décideurs en charge de l’électricité de l’époque étaient encore réticents vis-à-vis du système solaire photovoltaïque (EnR). Quand les ministères de tutelle prenaient des décisions en faveur du développement des EnR, les cadres en charge d’appliquer ces décisions, n’étant pas préparés à ces nouvelles technologies, constituaient les goulots d’étranglements. En effet, ils ont été formés dans l’énergie conventionnelle, ils ne maîtrisaient pas les EnR. Ce qui fait qu’ils ont peur de s’aventurer et  de perdre peut-être leurs  privilèges. Cependant, il y a des exceptions qui s’intéressaient à l’innovation et qui ont permis de démarrer certains projets. Je dois témoigner, l’Office des postes  et télécommunications (Opt) d’alors. Elle a réagi promptement : « on va essayer pour voir ». Cette dernière a dit non aux agissements des réfractaires du secteur énergétique. Contrairement à ceux ci, J’ai pu bénéficier du soutien du Feu Générale Barthélemy Ohouens qui m’a permis d’avoir « l’autorisation » malgré les blocages de mes paires, et de Ali Houdou ministre de la communication à l’époque. Je lui tire toujours chapeau ; il  m’a appelé  un jour pour me dire  « on a des problèmes, va me régler ça on va voir ». Mais avant, l’Opt m’a demandé de faire un essai sur un central téléphonique de la direction générale à Ganhi (Cotonou). De la réussite de cet essai, le ministre a décidé qu’on nous confie le projet d’alimentation des stations relais. C’est ainsi que nous avons pu faire la conception et la réalisation de 13 centrales solaires pour l’alimentation des systèmes de télécommunication de l’Opt  en zones rurales dans les Collines, le Borgou et l’Alibori. Et ça a été un succès. De ce fait, l’Agence française de développement (Afd) s’est intéressée, et a financé beaucoup de ces stations. D’autres Partenaires techniques et financiers (Ptf) aussi. Sur une décennie, ce fut des installations des centrales solaires dans le Nord-Bénin pour l’Opt (Gorobarni, Birni, Porga) et en Afrique centrale (Celtel Gabon, Onatel Burundi…).

Après le succès enregistré dans le domaine des télécoms, l’Afd s’est intéressée à la conception et à la réalisation de projets en Hydraulique villageoise, c’est-à-dire, pompage photovoltaïque ou thermique, adduction d’eau, construction de château d’eau. Elle a financé une vingtaine de ce système  dans les villages lacustres, Sô-Ava, Ganvié, etc. Les vestiges y sont encore sur le lac. Cela a fonctionné  pendant plus de 15 ans. A partir de 1993, le président Nicéphore Soglo a lancé les  premiers villages solaires. Il s’agit de : Sêdjê-Dénou, Béroubouay, Ouassa-Tobré, Soclogbo, Dédékpoé, Towé et Houédo-gbadji…Tout fonctionnait bien.

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faustin dahito & soglo nicephore.jpg 2 village solaire 1995 berouboy


Et qu’est-ce qui s’est passé par la suite ? Je veux parler du suivi

II y en avait eu pendant un certain moment. Les  batteries (Opzs) de ses systèmes ont été changées 11 ans après. Et, ce n’étaient pas des batteries lithium.

Vous savez, dans le pays, l’entretien fait souvent défaut, et d’un ministre à un autre, les priorités changent. On a fait beaucoup de choses mais l’entretien a fait défaut. C’est le cas par exemple, de la porte du non retour et des monuments  de Zoungbodji à Ouidah. Les systèmes solaires ont fonctionné pendant plus d’une décennie, mais après, pas d’entretien. J’ai sollicité plusieurs fois la mairie d’alors. Enfin de compte, elle a sollicité un devis. Ce qui fut fait. Mais après pas de suite favorable.

beroubay 1995, premier village solaire
faustin dahito
village solaire benin

Peut-être à cause du coût des panneaux!

Le watt-crête, unité de puissance des panneaux solaires, était à 5 dollars. Aujourd’hui, c’est autour de 0, 3 dollar (1$=576 F Cfa). Le problème n’est donc pas à ce niveau. Il faut aller le chercher ailleurs.

Comment gériez-vous la concurrence ?

J’étais le seul. On m’appelait même le  magicien car beaucoup n’en croyaient pas de leurs yeux. Chez moi à Fidjrossè à l’époque, certains employés de la Société béninoise d’électricité et d’eau (Sbee) rôdaient pour voir si je n’avais pas piqué un fil quelque part sur une de leurs installations. Sourire ! Ils ne pensaient pas que c’était possible tout  ce que je disais. Les gens n’y croyaient pas. Aujourd’hui, je peux dire que je suis content d’être le précurseur dans mon pays, d’un secteur d’avenir et qui  aujourd’hui, devient une évidence  pour son avenir énergétique.

Il y a 02 types de réalisations qui m’ont marqué. Il s’agit des centrales télécoms et de pompage d’eau. Quand je passe et je vois ces installations, je sens vibré en moi la fibre de l’émotion. En outre, il y a  aussi, la centrale solaire de 70 kilowatts du village S.O.S de Dassa et le montage d’un système solaire dans un conteneur pour le compte de l’Ong Kinderdoff en Autruche, qu’on a livré à Monrovia au Libéria en 2015. J’en suis fier Enerdas  a évolué et est devenu un groupe. Nous  intervenons, outre le Bénin,  au  Gabon, Togo, Cameroun et en centre Afrique. « Le siège de Enerdas est à Cotonou ainsi que ma résidence. Ils sont alimentés uniquement au système solaire depuis plus de 10 ans ».

De nos jours, comment se porte le secteur des EnR au Bénin ? des avancées ?

Il y a une généralisation de ces technologies au niveau national. L’état a manifesté la volonté politique nécessaire avec de grandes ambitions. Donc, il y a vraiment une transformation qui se fait avec le secteur privé accompagné des Partenaires techniques et financiers, je veux citer, MCA, Union Européenne, GIZ, AFD, SNV, PNUD. Moi, j’appelle ça, la révolution des EnR au Bénin. Le mixage énergétique va se concrétiser avec tout ce qui est annoncé. Jusqu’en 2020, le MCA va mettre en place 45 mégawatt, 15 mégawatt  à Bohicon et à Parakou, 10 mégawatt  à Djougou et 05 mégawatt à Natitingou. L’Afd va installer 25 mégawatts à Pobè, sans compter les mini réseaux installés par le régime Yayi Boni. Et, il y a encore beaucoup de mini centrales qui vont être déployées (appels à projet). En somme, on aura plus de 100 mégawatts injectés sur le réseau sans compter le secteur hors réseau. Les Ptf sont une chance pour le pays. Ils essaient de dynamiser l’ambition de l’état. 1000 milliards sont potentiellement disponibles pour les EnR. Le tout dépend désormais de l’organisation de nous les acteurs, et de notre expertise pour capter ces fonds. Il faut noter aussi, le décret présidentiel sur le hors réseau  pour rendre le secteur libéral. Ce qui permettra  aux producteurs d’électricité Indépendants (Ipp) de venir investir…

Intéressons-nous à présent à votre modèle de management

C’est le management organisationnel. Avec mes expériences, j’ai compris que nous sommes dans un environnement très vulnérable, avec beaucoup de pressions sociales. Il faut trouver un mécanisme de gouvernance ou vous-même, vous êtes employé de votre propre business.

Et quel est votre modèle de leadership ?

L’éthique, et après la solidarité. Un bon leader ne doit pas se compromettre, même si ça  vous crée quelques problèmes. Ça  fait qu’il y a des marchés qu’on ne gagne jamais. Ce n’est pas grave ! « Si vous réussissez seul parmi les faibles, vous êtes très vulnérable ». Ma vision, en effet, s’articule autour de l’utilisation  rationnelle des sciences de l’ingénieur, du management moderne pour promouvoir la  création de richesses pour un développement durable en Afrique, tout en assurant le respect de sa positivité socioculturelle.

Si donc vous aviez une baguette magique que feriez-vous pour le Bénin ?

Rire. Voilà une très bonne question.Si, j’avais une baguette magique, elle me servirait à sécuriser notre pays sur le plan financier parlant des crédits immobiliers, crédits scolaires. Pas comme ce qui se fait aujourd’hui. Il faut créer un plan de carrière qui mette les cadres à l’aise pour qu’ils ne soient pas vulnérabilisés par la politique afin qu’ils puissent assumer leur dignité.

Nous allons conclure cet entretien. Quel est votre mot de la fin ?

D’abord, je remercie Green News et son manager.

Aujourd’hui, il faut qu’on redynamise les marchés publics à la taille des entreprises béninoises. Il faut que l’Etat  régalien assume son rôle de renforcement de capacités pour que les entreprises béninoises soient à même de donner les résultats attendus. On ne peut pas concevoir que, 60 ans après l’indépendance, qu’on soit dans un schéma où ce sont les étrangers qui gagnent les marchés publics importants et  viennent travailler à notre place. On doit combattre ça. Ce n’est pas qu’on rejette les autres. Ceux qui savent le faire, ils le feront pour nous, et on va les payer, mais il n’est pas question qu’ils prennent nos places. Les partenaires vont venir en appui, mais pas devant. Mon seul défi actuellement, c’est de développer les applications solaires, des modèles technologiques, pour répondre aux besoins des secteurs de l’agriculture et de l’agro-industrie au Bénin.

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