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Vente de poissons au Bénin : Le tourment des mareyeuses de l’embarcadère de Ganvié

Connues pour leur fougue et leur promptitude, les mareyeuses ont essentiellement pour activité la vente du poisson. Ayant comme sources de revenus l’approvisionnement en marées, elles perdent de plus en plus du terrain à Abomey-Calavi notamment à l’embarcadère de Ganvié, un site qui repousse par son insalubrité. A l’occasion de la Journée internationale de la femme (Jif 2020), incursion dans l’univers de ces femmes souvent oubliés dans les politiques de promotion du genre.

En cet après-midi du mercredi 4 mars 2020, alors que le soleil est au Zénith, des touristes sont positionnés à l’embarcadère et s’impatientent de découvrir l’autre bout du Bénin. Au porte de la ‘’Venise d’Afrique’’, un marché de poissons fort animé par les poissonnières ne laisse personne indifférent. Ces bonnes dames, qu’elles soient au soleil ou sous un parasol de fortune, discutent avec les clientes, devant des paniers remplis de crabes, de poissons fraîchement pêchés.  « Le panier de poissons est à 8000 francs », peut-on entendre d’une vendeuse. « Je le prends à 5000 francs », répond sa cliente de la trentaine d’âge environ, sacoche à la main. Elles négocient. La vendeuse écaille, découpe et surtout, elle jette ce qui ne lui semble pas utile. Malgré cette ambiance de joie et de convivialité palpable, elles ne manquent pas de se plaindre de la morosité économique qui sévit dans le pays.

« On ne vend plus comme avant… »

Ici, tout semble normal à vue d’œil. Dame Juliette, la quarantaine environ, le regard hagard, les mains sous le menton et les coudes sur ses genoux, porte un chapeau en paille évasé et fait face à son tas de poissons, aucun client en visuel. « On ne vend plus comme avant alors qu’on a payé cher le poisson chez les pêcheurs. Il n’y a pas l’argent dans le pays. Quand on n’arrive pas à vendre tous les poissons étalés, on achète de la glace pour les congeler et on les ramène sur le marché le lendemain. Et le prix auquel on les vend est très bas », déclare Juliette. A cela s’ajoute les difficultés d’approvisionnement en poissons qui semble -t-il est un supplice. « A mon âge, je pagaie encore la pirogue pour aller prendre du poisson, et ce n’est pas chose facile. Parfois, tous ce que tu achètes retombent dans l’eau. C’est avec de la chance qu’on parvient à en récupérer un peu. Des fois, nous nous disputons entre nous mareyeuses pour savoir qui achètera le premier ou qui prendra tel ou tel type de poissons. Ce n’est vraiment pas facile, c’est tellement compliqué », souligne-t-elle. Selon ses propos, le métier de mareyeuse n’est pas rentable mais pour ses enfants elle n’a pas le choix. « Ça fait 25 ans déjà que je fais ce travail. C’est un choix que j’ai fait pour mes enfants. Mais cela ne me permet pas tellement de payer la scolarité des enfants ou de subvenir correctement à leurs besoins alimentaires », confie Juliette. A l’en croire, elle se consacre malgré elle à ce métier pour éviter d’être au chômage. « Même quand je m’aventure à faire autres choses, je ne m’y sens pas, et en plus cela ne marche pas comme je l’aurais voulu», précise-t-elle. Mareyeuse oui, mais qu’en est-il de l’environnement dans lequel sont installés, femmes et enfants ?

Quid de la propreté de l’environnement.

L’air frais, le ciel bleuté, tout laisse à croire que nous sommes dans l’un des lieux les plus sains d’Abomey-calavi. Un petit tour au fond du marché change notre vision des choses. Une odeur désagréable de résidus de poissons fait dévier de direction. Une femme surprise en train de jeter de l’eau sale s’explique : « J’ai toujours jeté mes eaux sales à cet endroit, tout comme toutes les femmes du marché », ajoute Philomène, mareyeuse et écailleuse. A la question de savoir si l’odeur est gênante, Pulchérie, une mareyeuse en train d’égoutter ses poissons pour la vente, affirme : « On n’a pas le choix, on est là. Comme il n’y a pas d’espaces réservés aux déchets, on fait avec les moyens du bord. On attend que la Mairie d’Abomey-Calavi nous propose un endroit mais depuis là, rien », soupire la jeune dame. Néanmoins, Jacques, un habitué des lieux peut facilement nous confirmer que les sensibilisations ne manquent pas. Pour preuve, les poubelles qui sont disposées de part et d’autres du marché et au sein de l’embarcadère. Mais tant leur nombre que leur taille paraissent bien ridicules pour accueillir tous les déchets du marché. Il faudra alors trouver une solution pour l’assainissement du site pour un espace plus vivable, frais et agréable à la vue.

08 mars 2020, quelles perspectives pour ces dames battantes ?

‘’Je suis de la génération égalité : Levez-vous pour les droits des femmes’’, c’est le thème retenu par la communauté internationale pour célébrer la Journée internationale de la femme (Jif) 2020. Cette journée, tant médiatisée, en l’honneur de la femme, semble retenir l’attention de tous au Bénin. Christie, une cliente fidèle des mareyeuses de l’embarcadère de Ganvié défend la cause de ses vendeuses. « Tous les réseaux des femmes se retrouvent pour célébrer cette journée spéciale de la plus belle des manières par le port de pagnes en uniforme et autres. Mais que peut-être le 08 mars quand les mareyeuses, celles-là qui se chargent de garnir nos plats ne sont pas mise en lumière ? A mon humble avis, rien, », se désole la jeune dame. A l’entendre, il ne faut oublier aucune couche lors de la valorisation de la femme.

Anatole France, célèbre écrivain français disait : « Pour mettre en valeur le globe terrestre, il faut d’abord mettre l’homme en valeur ». Il est bien de se réunir pour commémorer avec ferveur le 08 mars mais quand nous rentrons, nous devons cuisiner et manger ou déguster un repas dans un restaurant. Il est donc un impérieux devoir de penser à ces femmes guerrières que constituent les mareyeuses .

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PATRICE TALON GREEN NEWS

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