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Dr Eugène Biadja responsable de l’abattoir de Cotonou au sujet du Coronavirus

« Le danger, c’est la méconnaissance de la menace que représente le Covid 19 par les usagers »

Suite à la confirmation le lundi 16 mars 2020 du premier cas de la pandémie qu’est le coronavirus au Bénin, le gouvernement a pris des mesures drastiques. Lesquelles sont renforcées au fur et à mesure de l’évolution du mal et s’imposent à toute personne physique et morale. A travers cette interview,   Dr Eugène Biadja, vétérinaire, inspecteur, responsable de l’abattoir de Cotonou nous expose les dispositions prises en ce lieu et les difficultés rencontrées.

Dr Eugène Biadja,  que faites-vous au niveau de l’abattoir pour respecter les mesures de prévention contre le Covid-19 prescrites par le gouvernement ?

Je suis l’évolution de cette terrible maladie de par le monde. J’en ai très peur surtout qu’à l’abattoir, nous sommes un milieu très grouillant. Il y a énormément de monde venu d’un peu partout. Cela d’autant plus que les animaux que nous abattons, nous arrivent du Niger, du Burkina-Faso, du Mali, etc. Toutes ces nationalités se retrouvent au Bénin au niveau de l’abattoir pour y vendre les animaux et également pour  récupérer les sous auprès des bouchers. Vous convenez donc avec moi que le milieu abattoir est un milieu extrêmement dangereux  par rapport à cette pandémie. Nous avons alors pris la mesure des choses et nous y avons réfléchi.

Le gouvernement a pris des mesures que je salue d’ailleurs, nous avons déjà commencé par mettre en place un certain nombre de choses notamment les gels hydro alcooliques, les gants et surtout le port de masque. C’est très important. Nous avons sensibilisé aussi bien les bouchers abattants que les usagers, c’est-à-dire ceux qui viennent y abattre leurs animaux et leurs apprentis. Nous avons sensibilisé également ceux qui viennent pour y récupérer les sous issus des ventes des animaux auprès des bouchers.

En dehors de tout ceci, nous avons pris d’autres mesures. Nous pensons mettre des badges à tous ceux qui utilisent les services de l’abattoir et si vous n’avez rien à y faire, vous n’allez pas y entrer. Aussi, à partir du dimanche 29 mars 2020 des tonneaux d’eau sont disponibles aux deux entrées principales : celle en face de la grande voie et l’autre située dans la ruelle adjacente. Ces deux tonneaux contiennent l’eau javellisée et de quoi se laver les mains.

Tous ceux qui doivent accéder à l’abattoir doivent nécessairement à l’entrée se laver les mains. Par rapport à nous, praticiens, qui devons nécessairement nous déplacer dans la période du cordon sanitaire, nous sommes en train de nous organiser pour que ceux qui doivent utiliser les transports en commun puissent arriver au boulot. Parce que nous sommes dans l’alimentaire. Même si on fait du confinement, on doit manger. Il faut nécessairement manger sinon on va mourir de faim. Ce ne sera plus le Covid 19  qui va nous tuer. Voilà les dispositions prises. Elles ne sont pas suffisantes, mais nous continuons de les améliorer.

Il y a-t-il une mesure sur laquelle vous mettez beaucoup plus l’accent ?

Bien sûr, c’est le lavage des mains. Il faut se laver les mains et se désinfecter avec le gel hydroalcolique périodiquement. Pour ce faire, nous avons acheté des gels que nous avons mis à la disposition des agents.

Quelles sont les probables difficultés rencontrées dans l’application des mesures?

Les difficultés sont énormes. Mais celle qui prédomine est surtout la méconnaissance du danger que représente le Covid-19 par les usagers. Ils n’y croient pas. Ils ne pensent pas que ce que nous disons est réel. Ils se disent que ça n’arrivera pas. Ils se disent qu’il suffit de prendre du ‘’sodabi’’ ou encore beaucoup de piment et le problème est réglé.

Comment remédier à cela selon vous ?

Nous avons choisi la voie de sensibilisation pour leur expliquer que c’est cette maladie tue réellement et que l’heure est grave. Nous les convainquons sur le fait que les pays tels que l’Italie, l’Espagne qui ont perdu 3000 voire 4000 âmes ne peuvent pas mentir. Nous en appelons aux médias pour qu’ils sensibilisent davantage les populations.

Votre mot de la fin

Le respect des mesures de prévention est indispensable. Il y va de la vie de nous tous. Mon souhait est que cette pandémie s’arrête très rapidement, qu’elle ne vienne pas jusqu’à nous. Mon souhait aussi est qu’on puisse trouver des molécules actives pour tuer ce virus-là. Les virus de cette famille à l’état naturel n’étaient pas si agressifs. Je n’ai pas compris comment cela se fait que l’un de ces  virus devienne si agressif pour tuer comme si nous étions en guerre. Je souhaite vivement que cette maladie même si des cas ont été enregistrés au Bénin n’évolue pas comme c’est le cas dans les autres pays. Sinon je crains fortement que ce sera extrêmement grave.

Propos recueillis le 28 mars 2020 par Glawdys Hountondji

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