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A nos actes manqués

Et nous revoilà réveillés dans un monde déconfiné. Les baignades ont repris dans les Amériques. Les rues bondent à nouveau de véhicules en Occident. Au-dessus de nous, les avions font perdre à nouveau le sommeil à la Terre et font une chaîne de gloire. Chez nous, en Afrique, ayant vaincu l’hécatombe prévu par l’OMS et compagnies, on est tenté, avec l’ouverture des bars, de jeter nos masques et de danser « A nos actes manqués ».

Parue au tout début de la décennie 90, cette chanson entraînante pousse à se trémousser sur nos regrets et nos remords. Maintenant que le monde prend une nouvelle allure, ces soldats blancs, les soignants, à qui Jean-Jacques Goldman rendaient encore hommage le 27 mai dans une lettre, pourraient eux, craindre qu’on les réquisitionne à nouveau du fait d’une nouvelle vague de pandémie.

A dire vrai, on a eu tort de penser que la pandémie est venue du fait d’une vengeance de la nature. Si vengeance, il y a eu vraiment, elle serait encore moins maîtrisable de sorte à nous faire vraiment prendre conscience que la dégradation vertigineuse des écosystèmes nous expose de plus en plus à des virus jusque-là loin de notre portée, à des zoonoses qui sont peu connues de la science.

Il vaut mieux s’interroger sur ce à quoi ont servi ces dernières semaines de stress, d’horreur avec des centaines de mort au quotidien et ces mises en garde rigides des scientifiques. A pas grand-chose, sinon  à ralentir nos vies sur terre pour penser à nos actes manqués, les empires qu’on aurait voulu bâtir en 2020  si ce n’est la Covid, ces projets de développement à qui l’on tient ici et ailleurs, ces chiffres d’affaires qu’on aurait pu faire sur le dos de la nature, etc.

Malheureusement, bien que déconfiné, le monde n’est pas sorti de l’auberge. Avec le réchauffement climatique, les pollutions, les catastrophes écologiques, sanitaires ne sont jamais loin. L’Afrique devrait maintenant commencer à puiser dans sa biodiversité des ressources pour construire sa résilience. A cette pharmacopée qu’on aurait pu valoriser, aux années perdues à tenter de ressembler aux autres, à ces maux profonds qui nous gangrènent mais qui ne nous touchent plus, à ce code d’hygiène publique qu’on aurait dû actualiser, à cette loi sur les sachets plastiques qu’on aurait pu appliquer, au secteur de l’assainissement à qui on aurait dû accorder une priorité ; à l’agriculture écologique et biologique qu’on aurait due promouvoir, et à l’adoption d’une politique de mix énergétique écoresponsable. La liste est longue. Evitons qu’ils ne deviennent nos prochains actes manqués.

Fulbert ADJIMEHOSSOU (col)

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