Actualités

Bénin: Emballages Vides de Produits Phytosanitaires dans nos milieux ruraux, que deviennent-ils ?

La production cotonnière du Bénin a atteint un record de 732 373 tonnes au terme de la campagne 2019-2020, soit une progression de 8 % par rapport à la campagne précédente. Cette production lui a valu la place de premier producteur de l’or banc dans la sous-région ; une place que le Bénin a maintenue sur deux campagnes cotonnières. Ce record est atteint grâce aux réformes entreprises par le gouvernement, mais aussi grâce aux performances du département de l’Alibori et plus encore de la Commune de Banikoara qui, à elle seule fourni habituellement plus de 40% de la production nationale (Gouda et al.2018). Cette performance n‘est pas sans conséquence sur les écosystèmes aquatiques, et terrestres du bassin de l’Alibori.

En effet, situé au cœur du bassin cotonnier qu’il draine, la rivière Alibori est le réceptacle final d’un grand nombre de polluants émis par les activités humaines, dont la source importante et chronique est représentée ici par les résidus d’intrants agricoles, et particulièrement les pesticides issus de la coton-culture (herbicides et insecticides) dont les impacts sur ce milieu récepteur sont encore très peu élucidés. Par exemple, de 2001 à 2016, plus de 16 millions de litres d’insecticides ont été utilisés pour la seule culture du coton (Aquatox, 2018).

Plusieurs études montrent que moins de 1% des pesticides appliqués dans les champs atteignent réellement les ravageurs, tandis que la majorité (soit environ 99 %) restant finissent dans les divers compartiments de l’environnement (sol, air et eau) par différents mécanismes (sédimentation directe, dispersion atmosphérique ou ruissellement) (Adégbidi, 2000 ; Soclo, 2003 ; Pimentel, 1995). Plusieurs travaux scientifiques ont déjà signalé des niveaux inquiétants de DDT (6,45–100 μg/L), d’endosulfan (58–746 μg/L), de dieldrin (1–48 μg/L), et d’heptachlor (34–83 μg/L) non seulement dans les écosystèmes aquatiques du bassin cotonnier, mais aussi dans le Parc W voisin traversé par la rivière Alibori (Agbohessi et al., 2012).

Ainsi, si la question des résidus de pesticides est peu abordée, celle des emballages de pesticides est encore beaucoup discutée malgré son importance. En réalité, si les pesticides sont dangereux, les Emballages Vides de Produits Phytosanitaires (EVPP) le sont certainement encore plus sous les tropiques du fait des usages qu’y sont associés. Dès lors, on en droit de se poser la question de savoir où passent les millions d’emballages de pesticides déversés chaque année dans nos villages ? Que deviennent-ils ? Il ne faut certainement pas chercher plus loin pour se rendre compte qu’ils finissent dans la nature et dans les assiettes des ménages peu sensibilisés sur les risques.

En l’absence d’une politique nationale de collecte et de recyclage des EVPP, des centaines de milliers d’emballages vides sont rejetés chaque année dans les écosystèmes aquatiques ou recyclés dans les ménages pour le stockage de l’eau de boisson, de sel, d’huile et bien d’autres produits alimentaires. Comme plusieurs autres auteurs déjà, Gouda et al., (2018) rapportent que dans l’Alibori, 73% des producteurs abandonnent souvent les EVPP dans la nature, pendant que 25% les utilisent à des fins domestiques pour le stockage de l’huile pour la cuisine, comme récipient pour transporter la bouillie ou l’eau de boisson des enfants qui vont au champ ou à l’école. Ceci n’est pas sans conséquences directes sur l’environnement et surtout sur la santé humaine.

À titre indicatif, une enquête de l’Organisation Béninoise pour la Promotion de l’Agriculture Biologique (OBEPAB) en 2000 révèle déjà dans les départements de l’Alibori et du Borgou, 241 cas de maladies et 24 décès liés à la contamination due aux pesticides notamment chez les enfants de moins de 10 ans (45 % des cas de décès) et les jeunes de 21 à 30 ans (Ogouwalé, 2015). Les conséquences sur l’environnement, les poissons, les reptiles (Crocodylus niloticus, Python sebae, Actinemys marmorata, etc.) et l’avifaune, qui constituent les maillons terminaux des chaînes trophiques aquatiques, sont variées et peuvent aller de la perturbation des fonctions physiologiques vitales à la disparition de certaines populations, voire l’extinction complète de certaines espèces ou groupes d’espèces de cette zone écologique d’importance mondiale.

Et pourtant le Bénin a signé et ratifié plusieurs conventions pour une meilleure gestion des POPs. Il s’agit notamment de la :

  • Convention de Rotterdam du 10 septembre 1998 ratifiée par le Bénin 05 janvier 2004 ;
  • Convention de Bâle entrée en vigueur en mai 1992 pour le contrôle des mouvements transfrontières de déchets dangereux et de leur élimination ;
  • Convention de Stockholm, adoptée le 22 mai 2001 et ratifiée en Janvier 2004 par le Bénin ;
  • Convention sur la Diversité Biologique (CDB ;
  • Convention de Bamako sur les déchets dangereux adoptée le 11 janvier 1991. Celle-ci aborde entre autres la question des déchets dangereux produits en Afrique.

C’est donc convaincu que la question des EVPP est une question de santé publique et de développement durable que l’ONG Aquaculture et Développement Durable (AquaDeD ONG) grâce au Programme de Petites Initiatives du FFEM / Petites Subventions 5.4 de l’UICN France (https://uicn.fr/wp-content/uploads/2019/12/liste-projets-ppi-5.4.pdf &), a initié l’opération de collecte des emballages vides de pesticides dans les Communes de Kandi et de Banikoara. À peine lancée, cette initiative en phase pilote a permis de collecter et de sécuriser plus de 4 500 EVPP dans 2 points de collecte.

Dans l’ensemble, les emballages d’herbicides (le KILLER 480 SL, MEGA SUPER, ATRAZILA 500 SC, COTOCHEM G 560, COTTONEX PG, CALLIFOR G, KUMER AGRO, DEAL) et d’insecticides (THALIS 112 EC, PYRO, BELT-EXPERT, COTTONIX) sont les plus décomptés. L’initiative est expérimentée dans les villages de Batran et Gambané et doit pourvoir s’étendre rapidement à d’autres villages de l’Alibori au regard de l’engouement qu’elle suscite auprès des agriculteurs et de l’ouverture des Mairies notamment celle Banikoara qui co-finance le projet de « Gestion durable du bassin de la rivière Alibori (Nord Bénin) », porteur de l’initiative.

 Si la collecte et la sécurisation sont déjà des réussites, le recyclage des EVPP est quant à lui une question qui doit susciter l’intérêt au plus haut niveau des responsables du MAEP et du MCVDD, mais plus encore de l’Association interprofessionnelle du coton (AIC), des politiques, des opérateurs économiques et des citoyens. Une des pistes de solutions les plus adaptées pourrait être par exemple de mettre les importateurs et les distributeurs d’intrants devant leurs responsabilités comme l’exige la Loi n° 98 – 030 portant loi-cadre sur l’environnement en République du Bénin qui, en son article 15 stipule : « […] Quiconque se rend coupable d’une pollution de l’environnement est tenu d’en réparer les conséquences conformément aux dispositions de la présente loi et des règlements y afférents  et sans préjudice de l’application à son encontre des dispositions du Code pénal ».

Fidèle SOSSA

AquaDeD ONG

Partager
Publicités
Le coton bio, le dernier challenge du Professeur Talon en Afrique

Publications similaires

2 comments

  1. tchaakomi77@gmail.com dit :

    Je ne suis pas abonné à ce site

    • Glawdys HOUNTONDJI dit :

      VEUILLEZ CLIQUER SUR LA CLOCHE DE NOTIFICATION ET VOUS RECEVREZ DE MANIERE INSTANTANEE LES INFORMATIONS SUR ZOOM AGRO. MERCI DE NOS DIFFUSER DANS VOS RESEAUX

Laissez un commentaire