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Derby Afrique coton 2020/2021 : le Mali forfait contre le Bénin

Le coton bio, le dernier challenge du Professeur Talon en Afrique
Le coton bio, le dernier challenge du Professeur Talon en Afrique

Alors qu’il faisait son discours sur l’état de la Nation le vendredi 27 décembre 2019, le Président du Bénin, Patrice Talon, a souligné avec fierté la première place qu’occupe désormais le Bénin (jadis outsider) dans le classement des pays producteurs de coton en Afrique. Une déclaration qui a suscité beaucoup de débat suite à la réaction de son homologue (Ibrahim Boubakar Keita) du Mali, qui annonçait quelques jours plus tard que son pays avait enregistré des statistiques sans précédent en 2019. Confusion… Mais, seulement deux campagnes après (2020/2021), le Mali annonce son forfait…

Le duel, s’est annoncé

 C’est « un motif de satisfaction de relever qu’au cours de la campagne 2018-2019, notre pays est devenu le premier producteur de coton en Afrique, avec 678.000 tonnes », avait déclaré le Président du Bénin devant les députés à l’Assemblée nationale.

Du côté du Mali le chef de l’Etat Ibrahim Boubakar Keita (Ibk) a lui aussi prononcé son discours sur l’état de la nation le 31 décembre 2019. Il indiquait entre autres, que son pays avait enregistré des statistiques sans précédent en 2019. « En forte progression avec 728 600 tonnes durant la campagne écoulée, le secteur cotonnier connaît un véritable essor avec une augmentation de 65, 57% », avait-il ajouté.

Cependant, une comparaison entre les deux chiffres et, on remarque que la production cotonnière du Mali sur la campagne écoulée est supérieure à celle du Bénin. Une divergence entre les chiffres qui, en son temps, avait suscité des interrogations. Sur la toile, la polémique était bien entretenue. De simples internautes aux acteurs politiques, pour ceux du secteur, tout le monde y allait. L’ex-député Guy Mitokpè, lui, avait souhaité savoir lequel des deux pays détenait véritablement la première place dans la production cotonnière en Afrique.  On n’en saura pas plus jusqu’à…

Euripide, le commissaire au match

Comme le disait Euripide, « Le temps révèle tout : c’est un éternel bavard qui révèle tout sans être interrogé… ». En effet, un an après (campagne 2019-2020) cette guerre de leadership sur les performances agricoles réalisées, le Bénin ‘’réédite’’ l’exploit et dépasse légèrement son challenger. Il devient ainsi, le premier producteur de coton en Afrique, avec à la clef, une production de plus de 714 000 tonnes de coton graine. Il devance ainsi le Mali (700 000 tonnes). Un match serré, annoncent les supporters maliens qui promettent de prendre leur revanche lors du derby prochain (campagne 2020-2021). Ce résultat du Bénin, pour rappel, est la conséquence des mesures prises par le gouvernement de Patrice Talon, Président de la République, lui-même acteur éminent de la filière coton. Ce qui lui a d’ailleurs valu le titre de « Professeur titulaire en coton » par le Magazine ‘’Green News’’ du fait de son excellente connaissance théorique et empirique du coton

PATRICE TALON professeur titulaire en coton ZOOM AGRO.vf

Coronavirus, l’arbitre improvisé

Avec la crise économique engendrée par le coronavirus, le prix du coton chute sur le marché mondial. En réponse à cette crise, le Mali baisse le prix au kilogramme garanti aux producteurs. Du coup, les producteurs maliens ont boycotté la campagne en cours (2020-2021). A propos, l’expert en coton, Gérald Estur explique « Dès le mois de mai, après la chute de 30% des cours internationaux, la CMDT annonce aux producteurs une chute brutale équivalente du prix du kilo de coton graine aux producteurs, 200 francs CFA contre 275, le très bon prix de l’année précédente ». Ainsi, il n’est plus question de pomper dans le fonds de soutien tenu par les organisations de producteurs ; il est vide. Poursuit-il. Deuxième coup de massue, la subvention sur les engrais est supprimée. Beaucoup de producteurs décident alors de faire la grève du coton.  Le derby s’annonce mal…

Le Mali outsider, le Bénin part favori

A propos du derby, voici la situation d’avant match présentée par RFI, « la production de coton est en chute libre au Mali. L’ancien champion africain de la fibre devrait récolter le quart de ce qu’il a produit l’an dernier. La mauvaise conjoncture textile, liée au Covid-19, n’est pas seule en cause. Ce sera l’une des récoltes de coton les plus mauvaises de l’histoire du Mali. Moins de 80 000 tonnes de fibre, contre près de 300 000 tonnes l’an dernier. L’épidémie de Covid-19, qui a paralysé l’industrie textile mondiale est à l’origine de ce déclin, mais les autres pays africains ne connaissent pas un tel plongeon de leur production cotonnière : moins 75% ».

Pendant ce temps, le challenger qu’est le bénin à maintenir le prix de la saison passée malgré les menaces qui pèsent sur le secteur. Ainsi donc, le Coton graine conventionnel 1er choix est fixé à 265 FCFA le kilogramme pour la campagne 2020-2021.  De plus, selon les sources de Zoom Agro, en attendant les données officielles de l’Association de l’interprofession coton (Aic), les superficies emblavées déclarées ‘’pour cette campagne ont diminué de 60 000 hectares contre 695 210 hectares, la campagne passée (2018-2019). De ce fait, le Bénin pourra maintenir son niveau de production (700 000 tonnes en moyenne)’’.

L’exploit du coach Patrice Talon

Avec cette tendance, et considérant la situation dans les autres pays comme le Burkina et la Côte d’Ivoire le Bénin demeurera encore champion du coton africain pour cette campagne 2020-2021 en cours, loin devant son challenger au titre, le Mali. Comme quoi, le derby de cette année pour ce championnat n’aura pas lieu. Le classico se jouera une autre fois peut-être avec le Mali. Mais cette fois ci, sans le coach IBK déjà remercié.

Mais avant, rappelons que :

Le Bénin voit sa production régulièrement s’accroître de près de 100.000 tonnes chaque saison depuis 2016, alors que celle de ses concurrents sont en baisse. Désormais, on remarque une synergie exemplaire entre l’Etat et l’Aic pendant que les organisations paysannes sont en crise ailleurs. La cerise sur le gâteau, c’est que le Bénin anticipe sa croissance cotonnière en faisant démarrer de nouvelles usines et en prévoyant d’en installer d’autres, appartenant toutes à des sociétés de droit béninois et à des Béninois, pendant que d’autres pays (Togo…) cèdent leurs opérateurs nationaux à des capitaux étrangers faute de pouvoir se restructurer de l’intérieur. De plus, le Bénin disposera d’une usine de transformation du coton en textile. Patrice Talon aura déjoué tous les pronostics nonobstant une saison secouée par le covid-19. Depuis 4 ans, la filière coton béninois bat des records jamais égalé. Néanmoins, sur quoi sa stratégie est-elle fondée ? A suivre…

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