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Périmètre hydroagricole de Itagui : 19ha aménagé par ACMA2 pour produire du piment à Dassa

AIME GUEDOU

Au Bénin, le programme Approche Communale pour le Marché Agricole, (ACMA2), dispose depuis mars 2020 d’un périmètre hydroagricole pour la production du piment à Itagui, dans la commune de Dassa-Zoumé. Gestionnaire du site, l’ingénieur agronome Sènan Aimé Guédou explique son fonctionnement.

Pourquoi aménager un périmètre hydroagricole à Itagui ?

Les acteurs et autorités locaux en ont exprimé la demande. Le Programme ACMA2 débutait en 2017, dans le département des Collines. Un diagnostic initial des filières par Commune a donc révélé un fort potentiel de production du piment à Dassa-Zoumé, et des difficultés d’accès aux facteurs de production comme l’eau. La requête a alors été acceptée et grâce au financement de l’Ambassade des Pays-Bas, 19 hectares (ha) ont été mis à disposition précisément à Itagui dans l’arrondissement de kèrè.

Périmètre hydroagricole de ITAGUI << 19ha aménagé par ACMA2 pour produire du piment >>

Comment ont été exploités ces 19 hectares ?

Pour produire, il faut plus que la terre. L’eau est indispensable. Ainsi, il a été premièrement réalisé trois forages équipés de pompes solaires, cinq supports tanks de capacité 20m3, et un système de canalisation avec 46 points de puisage étendus sur tout le site. D’autres infrastructures nécessaires sont : un bâtiment administratif avec Parking, des latrines à double cabine pour les usagers du site. Enfin, un magasin de 200 tonnes pour le stockage du piment sec et une aire de séchage du piment de 343,71m² subdivisée en 06 compartiments. Le tout pour une valeur de130 356 980 FCFA financé à hauteur de 95% par l’Ambassade du Royaume des Pays-Bas et 5% par la Mairie de Dassa.

Qu’en est-il du fonctionnement du site ?

Chaque producteur bénéficie d’une parcelle de 450 m2 d’eau, la qualification (formation) et un suivi rapproché. Aussi, un mécanisme permet d’accéder au financement agricole et intrants de production ainsi qu’au marché agricole. Ce mécanisme allie Africa Green Corporation SA, une Structure d’appui à l’entrepreneuriat (Sae) et prestataire du programme ACMA2 à l’Union communale des coopératives maraîchères (Uccm), RENACA-Bénin comme Système financier décentralisé (Sfd), des fournisseurs d’intrants et transporteurs. Ainsi, avant chaque début de campagne, les besoins en intrants des producteurs organisés en coopératives sont évalués. Et les fournisseurs d’intrants sont identifiés.

Les dossiers de crédits pour les coopératives sont alors montés, étudiés et une fois les crédits demandés validés, les responsables des coopératives signent une ordonnance au Sfd autorisant le transfert des fonds. Les “fournisseurs d’intrants” identifiés et les transporteurs acheminent les différents produits que la Sae se charge de conserver. Lors d’opération culturale, le gestionnaire de stock (Sae) distribue alors les intrants aux producteurs pour utilisation. La campagne touchant à sa fin, le piment est récolté et la quantité fournie par producteur est notée. Puis, vient la commercialisation.

Comment avoir accès au site, les parcelles de 450m2 ?

L’accès au site est réservé aux coopératives formellement enregistrées et non à des individus. L’idéal serait pour les jeunes formés en agriculture qui ont besoin de terre d’intégrer ces coopératives ou se mettre eux aussi en coopératives pour avoir accès au site. Dans le mécanisme du fonctionnement du site, c’est au conseil d’administration de l’Uccm à qui revient la charge d’octroyer les parcelles aux coopératives demandeurs. Il y a des demandes à l‘heure actuelle des parcelles qui ne sont pas encore satisfaites. Les 300 parcelles (450m2) disponibles sont toutes occupées déjà sur le site.

Quelle est la capacité de production de piment pour cette phase pilote.

Pour cette phase pilote, et avec la réticence des acteurs, au début, nous estimons une production de 90 tonnes pour cette phase pilote. Or, la production optimisée peut aller jusqu’à 190 voire 200 tonnes de piment. Actuellement nous sommes en train de faire la pré récolte sur les Champs de démonstration pédagogique (Cpd) et sur les premières parcelles qui ont repiquées.

Quelles sont les difficultés rencontrées dans cette phase pilote ?

Il y a la gestion du grand nombre d’acteurs pendant la pandémie. On pouvait observer chez les travailleurs une banalisation de la maladie. De même, le réseau d’eau a posé quelques problèmes. Comme tout ouvrage en début d’utilisation, on peut se heurter à de petites difficultés de fonctionnement. Et un retard de constitution des dossiers pour accéder aux prêts a freiné l’obtention des intrants pour la production. De plus, des comités de gestion ont été créés suivant les 05 blocs auxquels le site a été subdivisé pour la gestion des acteurs. C’est quand même, 300 acteurs dont 206 femmes… Si tout le monde devrait venir vers moi, pour les petits problèmes, ce n’est pas évident que je sois très efficace…sourire. 

Les défis à relever…

Au plan organisationnel, il faut poursuivre l’appui au bon fonctionnement des coopératives à la base, de leur organe faîtier (Uccm) ainsi que des comités de gestion. Il faut que les producteurs eux-mêmes prennent en charge la gestion de leur site afin de se passer à court terme d’un gestionnaire externe comme moi. La recherche de marché reste un défi. Elle doit s’orienter vers les contrats de livraison, même pour l’exportation. L’accessibilité au périmètre en toute saison, sa visibilité et sa sécurisation contre la transhumance, les vols et finalisation des documents officiels sur le statut foncier du site. Au plan opérationnel, nous devons aller vers l’installation d’un système d’irrigation goutte à goutte pour plus de précision, de biosécurité et moins de pénibilité, même si en milieu rural l’arrosage à une fonction sociale.

Aussi, il faut un système énergétique mixte, car nous dépendons des panneaux et pompes solaires, or en période pluvieuse, ce n’est pas évident que le taux d’ensoleillement puisse permettre d’avoir l’autosuffisance énergétique. Par durabilité du système, le tandem qui doit exister entre Africa Green Corporation, l’ATDA à travers le CCEC n’est pas encore ça. Il ne faudrait pas que les producteurs soient laissés pour compte après le retrait de la Sae.

Par ailleurs, la formation des jeunes autochtones recrutés par la Sae pour aider au suivi des activités sur le site, est à encourager.

Votre mot de fin

J’apprécie l’intérêt de Zoom Agro, surtout en ce moment où le site de Itagui passe à l’attaque, où nous avons beaucoup de piment à vendre. Je remercie ACMA2 et tous ses partenaires, sans oublier les acteurs qui ont soulevé un problème fort des producteurs de Dassa: l’accès à l’eau. Ensemble, nous veillerons à ce que le travail se poursuive.

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PATRICE TALON GREEN NEWS

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