Actualités

Justin Soglo au sujet des alernatives face à la vague de chaleur « Revenons aux anciennes constructions et évitons le bétonnage continu »

Le réchauffement climatique impose aux communautés de nouvelles habitudes de vie, de nouveaux modes de transport mais aussi des habitations adaptées. Face  à la vague de chaleur qui se déverse ces dernières semaines sur le Bénin et d’autres pays de la sous-région, Narcisse Justin Soglo, Président de l’Ordre des architectes et urbanistes propose de donner priorité aux matériaux locaux.

Depuis quelques semaines les populations se plaignent d’une bouffée de chaleur à Cotonou comme à l’intérieur du pays. Ce ressenti dans les maisons est-il influencé d’une manière ou d’une autre par le mode de construction ?

Tout à fait. Quand on veut construire sa maison, pour avoir une meilleure ventilation, il faut veiller à l’orientation. Et pour ça, si vous construisez sans vous référer aux spécialistes, vous aurez un habitat dans lequel vous n’aurez jamais envie de rester. Vous serez toujours amené à rester au  dehors, à vous mettre sous un arbre, pour avoir de l’air. Alors qu’à l’intérieur de votre maison, il vous suffit simplement de faire des ouvertures qui permettent une bonne circulation de l’air. Il faut donc toujours s’adresser à qui de droit. Les architectes seront vos meilleurs conseils.

Quelles sont ces mauvaises pratiques de constructions qui pourraient accentuer la chaleur ?

Il y a le problème de reboisement. Dans nos villes nous n’aimons pas planter des arbres. Là où il y a quelques arbres, on les coupe pour pouvoir construire des maisons. Mais après peut-être avoir érigé votre bâtiment, il faut savoir également qu’il faut planter d’autres arbres pour avoir un peu plus d’ombre. Vous n’êtes pas sans savoir le rôle que jouent les arbres dans notre vie. Nous respirons grâce aux plantes. Un espace vert dans une maison est toujours plus agréable que du béton. Il faut essayer de mieux explorer votre domaine pour pouvoir mettre non seulement le bâtiment, mais aussi l’espace d’agrément, qui est l’espace vert. Il faut créer un mini jet d’eau qui peut vous aider à renouveler l’air. Tout ceci contribue à améliorer les conditions face au réchauffement climatique. Les textes vous obligent à ne pas occuper pleinement votre domaine, respecter des coefficients d’occupation du sol et des coefficients d’emprise au sol.

Donc il n’est plus question de bétonner tout l’espace pour avoir une bonne demeure ?

Non, jamais. Vous avez l’obligation d’avoir le permis de construire. Mais pour avoir le permis de construire, il faut présenter un dossier qui respecte les règles. Si le dossier ne respecte pas les règles, vous n’aurez pas l’autorisation de construire. L’architecte a les connaissances nécessaires pour vous aider à respecter toutes ces normes et disposer du confort. On ne fait pas appel aux professionnels simplement pour dessiner. Les dessins, c’est une chose. Mais avant d’aboutir au dessin, il faut déjà qu’on vous aide à respecter les normes. Si nous avons chaud, c’est parce que nous n’avons pas pris les dispositions qu’il faut pour éviter cela.

Est-ce que même pour construire une chambre et un salon, il faut un architecte ?

Bien sûr, il n’y a pas de construction qui ne nécessite pas la présence du professionnel. Même si vous voulez faire une petite baraque au bord de la voie, vous avez intérêt à aller vers l’architecte pour qu’il vous conseille à économiser. Nos populations n’arrivent pas à comprendre qu’en évitant de payer des honoraires pour l’architecte, ils engloutissent de l’argent dans des matériaux qui ne sont pas utiles.

Parlant de matériaux, lesquels contribuent à rafraîchir une demeure ?

Vous connaissez les blocs en terre comprimée. Nous avons ici une usine au Bénin qui en fabrique. Mais on a l’impression que ces briques coûtent plus cher. Du temps de nos aïeux, on construisait en terre battue, et avec des pailles, des mortiers de terre à la main. C’est agréable d’être à l’intérieur malgré de petites ouvertures. Vous allez au Mali, vous verrez que malgré les petites ouvertures, il y a de la fraîcheur à l’intérieur. Ça vous évite d’avoir nécessairement la climatisation et de payer l’énergie. C’est un ensemble. Au moment où vous n’avez pas besoin d’allumer la climatisation, votre santé n’est pas affectée. Vous n’avez pas à payer des factures exorbitantes pour l’énergie. Les meilleures options de constructions nous amènent à gagner sur beaucoup d’autres choses.

Beaucoup craignent qu’en construisant avec des Blocs en terre comprimée, que ça finisse par s’éroder. N’ont-ils pas raison ?

Je ne suis pas du tout d’accord. Il faut prendre les dispositions nécessaires. Déjà on pense que celui qui construit en terre battue est pauvre. Mais ce n’est pas ça. Au contraire, il vit dans un confort et n’est pas exposé aux produits toxiques. Donc il est plus à l’aise. Quand on réfléchit, on s’aperçoit qu’on se trompe en ayant des idées pareilles. Revenons aux constructions anciennes et évitons le bétonnage continu. Il faut essayer de faire des mélanges dans la construction, et de pouvoir en profiter pour longtemps. Ça va nous permettre peut-être de vivre comme nos grands-parents, qui vivaient au-delà de cent ans. Aujourd’hui on ne vit plus longtemps malheureusement.

Cependant, avec les lotissements, on dispose de très peu d’espace alors qu’il faut construire une dizaine de chambres pour la location. Dans ce cas, que faire ?

C’est vrai que ce n’est pas recommandé d’avoir des lotissements avec des petites parcelles, mais on en a. Les textes prévoient des mesures pour ces petites parcelles, où chaque voisin peut construire sur un mur et dégager l’autre côté. Mais ça peut se gérer. On en a vu ailleurs, au Sénégal, où ils ont de petites parcelles, mais les gens construisent agréablement. On ne peut pas se dire que parce qu’on veut avoir des chambres à louer qu’il faut étouffer ceux qui vont y vivre. Si vous mettez sur une petite parcelle dix logements, en cas de panique, d’incendie, comment les gens vont évacuer ? Il faut tenir compte de tous ces aspects. On ne peut pas accepter que celui qui a sa parcelle puisse faire ce qu’il veut. C’est pour la sécurité des populations que l’Etat prend des textes qu’il faut respecter.

Où trouver les matériaux locaux, puisque les pailles deviennent par exemple rares ?

Il y en a toujours. Les pailles ne disparaissent pas. Dans les campagnes, les gens en produisent. Celui qui veut créer restaurant à ciel ouvert, peut déjà faire des terrasses avec des pailles. Notre culture ne doit pas disparaître. Nous devons utiliser des matériaux qui témoignent de notre identité.

L’entretien de ces matériaux n’est-il pas coûteux ?

Coûteux, peut-être pas.  Il faut évaluer le coût par rapport aux autres matériaux. Ce n’est pas aussi coûteux. Pour que les pailles ne se dégradent pas, il suffit qu’on passe des filets autour. Il y a aussi des produits de traitement. Si vous allez vers de bons conseillers, ils vont vous dire ce qu’il faut faire pour pouvoir bénéficier de votre investissement parce qu’il ne faut pas investir à court terme, il faut investir à long terme. Il faut construire pour des générations.

Dans votre bureau, on retrouve assez de plans avec des aménagements verts. Est-ce possible que dans la prochaine décennie, Cotonou devienne encore une ville verte ?

Tout est possible. On ne peut pas faire des conceptions sans penser à l’espace vert. Ça c’est l’agrément. Et c’est une obligation d’ailleurs, pour tous les professionnels que nous sommes, les architectes et urbanistes du Bénin. Nous sommes contraints à donner les conditions qu’il faut pour que chaque maitre d’ouvrage se sente bien dans l’espace qu’on va lui offrir. C’est pour ça que tous les projets que vous voyez tiennent compte de ce besoin.

Mais pourtant, à la concrétisation des projets, on retrouve encore des rues sans arbres

C’est la mauvaise gestion. Parce qu’on met les plantes, et on ne les entretient pas. Sans pour autant verser dans la politique,  aujourd’hui, il y a des aménagements, des espaces verts, qui se voient. C’est le cas de l’aménagement le long des rails à Houeyiho. Ça agrémente la vie dans nos villes. Je pense que dans le programme d’actions du gouvernement et les projets d’asphaltage, il y a quand même ces aménagements-là qui suivent. Donc nous attendons de voir les réalisations et d’apprécier au moment opportun. Si toutes les études ont été bien suivies, bien réalisées, on va voir le changement que nos villes vont nous apporter. Et ce sont les choses qu’il faut vraiment suivre de près, et pouvoir mieux apprécier ce qu’on nous offre. Parce que si nous n’avons pas de villes vertes, ce n’est pas du tout ce qu’il faut.

  • Au-delà du fait que l’arbre atténue la chaleur, l’arbre aussi permet de limiter le vent. Est-ce qu’il ne faut pas aussi, au-delà de Cotonou, reboiser les villages ?

Nécessairement. On ne parle pas que de Cotonou. Ça doit être appliqué à toutes les villes, les 77 communes de notre pays. On ne peut pas penser à Cotonou et ne pas penser à Porto Novo notre capitale politique. On ne peut pas ne pas penser à Parakou, grande ville de notre pays à statut particulier. Abomey Calavi est connu déjà sur le plan international. Donc vous avez toutes les villes, Bohicon, Abomey, toutes les villes doivent être prises en compte dans ce que nous disons. On ne doit pas offrir de bonnes conditions aux habitants de Cotonou et oublier les gens de Parakou. Ce n’est pas possible.

Pour finir, quelques conseils aux populations

Je crois que face à la chaleur, il y a beaucoup de choses à faire. Il faut que chacun de nous soit conscient que déjà si vous avez autour de vous un arbre, il ne faut pas l’enlever juste pour l’enlever. Ça c’est la première condition. Maintenant si vous voulez construire, il faut également essayer de tenir compte des principes qu’il faut mettre en application pour que vous ayez une ville agréable.

Propos recueillis par Fulbert ADJIMEHOSSOU

Partager
Publicités
PATRICE TALON GREEN NEWS

Publications similaires

Laissez un commentaire