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Assainissement des espaces publics: Une bataille sans fin contre l’incivisme sur les plages

Depuis décembre 2016, une dynamique est en cours sur les 125 km de la côte béninoise. Plusieurs fois dans la semaine, des équipes procèdent au nettoyage des plages. Mais derrière ces efforts, se cache une autre réalité : l’incivisme. A la rencontre des brigadiers.

De loin, tout près des vagues, une silhouette frêle bouge sans cesse. Sous le soleil de plomb de cet après-midi de février, Akakpovi Yaovi est occupée à nettoyer à Togbin, une partie de la plage. A pas lourds, fredonnant une chanson populaire, cette quarantenaire évolue et emporte avec elle plastique et algues déposés par les vagues. « Je suis brigadière depuis environ deux ans déjà. On s’occupe du nettoyage de la plage. Il y a une équipe qui vient à 8 heures. La mienne vient à 12h, mais commence à travailler à 14h », confie-t-elle. Avant d’être brigadière, cette quarantenaire produisait du sel à Togbin. Aujourd’hui, c’est avec le cœur plein de joie qu’elle contribue à l’opération de nettoyage et de sécurisation des plages du Bénin, lancée par le ministre du cadre de vie, Didier Tonato le 12 décembre 2016.  

« Ils te diront que tu es payée pour ça »

C’est donc une alternative prometteuse pour cette dame qui  a l’air de moins se tracasser qu’avant pour gagner 40.000 Fcfa le mois. Mais dans son discours, il y a un bémol qui revient sans cesse. L’incivisme des populations riveraines. « En dépit de notre présence, des pêcheurs de retour de leur aventure jettent des déchets sur la plage. C’est très énervant. On a beau se plaindre, mais ça ne change pas. On ne dirait pas que cette plage a été balayée hier seulement. D’autres mêmes viennent en plein jour se positionner à quelques mètres plus loin pour faire leurs besoins. Si tu les interpelles ils te diront que tu es payée pour ça », fulmine la vieille brigadière.

Bien qu’elle semble isolée, cette ancienne vendeuse de sel n’est pas seule. De son doigt, elle parvient à nous faire voir sur près d’un kilomètre plus loin, d’autres brigadiers à l’œuvre. A chaque poste, de Togbin à Fidjrossè, les discours sont parfois identiques, surtout en ce qui concerne les difficultés. Thérèse Houénou est une vendeuse d’amuse-bouche convertie depuis deux ans en agent de nettoyage de la côte. « A Fidjrossè ce sont les ordures ménagères qui occupaient la plage. Mais après qu’on leur a fourni des poubelles, l’insalubrité est réduite. Ce travail est destiné aux hommes. Mais le constat est que quand ils viennent, la paresse aidant, ils ne font plus le travail comme cela se doit », se plaint-t-elle.

« On interpelle les indélicats »

Le travail est encore plus pénible les lundis, du fait de la ruée des populations vers les plages le week-end. « Les gens viennent découvrir la plage, ils s’amusent, et ils salissent. Ils ne laissent pas la plage propre comme ils l’ont vu, alors en revenant le lundi matin c’est du fardeau. Les tenanciers de bar à qui le ministère a dit qu’il faut prendre soin des alentours, ne le font pas. Et comme nous nous sommes contrôlés, nous ne pouvons pas laisser les zones insalubres », déclare Tchéhouéa Sonon, Directeur Exécutif de l’Ong Amshart.

Face aux cas de résistance, l’équipe de salubrité est parfois obligée de faire appel aux autorités locales, ou encore à la Police Environnementale. « En dehors des brigadiers, des inspecteurs de la Police environnementale font des tours pour interpeller les indélicats. On les convoque et on poursuit la procédure. Il y a une veille permanente à notre niveau. Dès qu’il y a un petit souci, les responsables d’Ong n’hésitent pas à appeler la Direction départementale. J’envoie dans ce cas des inspecteurs ou je me déplace personnellement », rassure Rosaire Attolou, Directeur départementale du cadre de vie et du Développement durable Atlantique-Littoral. Plus de deux ans après, les plages présentent désormais un air beaucoup plus attrayant que par le passé. Les usagers rencontrés à Fidjrossè se disent satisfaits. « Beaucoup d’efforts ont été faits par le ministère du cadre de vie. La plage est vraiment plus propre que par le passé », martèle Rosaire Attolou.

Cependant, les usagers au niveau des plages attendent encore mieux. « On retrouve peu de déchets. Ce qui manque, ce sont des arbres, des cocotiers pour avoir de l’ombre. La plage est trop nue. On ne peut y séjourner à midi. Ensuite, il faut surtout des poubelles pour que les gens ne soient plus obligés de jeter les déchets sur place », confie Simone, venue se divertir avec son jeune garçon. Et même si les vœux de Simone sont exaucés, il faut davantage de surveillance, car dit-on, la peur du gendarme est le commencement de la sagesse.

Fulbert ADJIMEHOSSOU

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PATRICE TALON GREEN NEWS

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2 comments

  1. SONON Tchehouea dit :

    Je loue l’effort que vous faites de temps
    en temps à descendre à la plage pour investiguer.
    Ça nous encourage à faire plus d’effort dans notre mission pour accompagner ce que fait le ministre du cadre de vie à travers son directeur départemental qui nous assiste en personne ou en déployant ses impecteurs.

  2. […] encore la problématique de la politique de verdissement des milieux urbains. À titre illustratif, Fulbert Adjimehossou a évoqué les infrastructures socio communautaires telles que les centres de santé, les maisons […]

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