• 19/01/2020
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Pour une gestion efficiente, il faut repenser les organisations interprofessionnelles agricoles du Bénin

Comme annoncé dans une publication précédente, l’interprofession est le modèle d’organisation retenu par le Plan Stratégique de Relance du Secteur Agricole (PSRSA) pour la gestion des filières agricoles au Bénin. Force est de constater que les organisations interprofessionnelles déjà créées ont de la peine à décoller véritablement et pour cause.

« Faute de ressources, aucune activité ne se mène depuis plus de deux (2) ans que l’interprofession a été lancée » a déclaré M. X qui assume les fonctions de Secrétaire Permanent par intérim de l’une des organisations interprofessionnelles et pas des moindres. En dehors de l’Association Interprofessionnelle du Coton (AIC) qui est précurseur dans cette forme d’organisation, les autres ont été créées dans le cadre de la mise en œuvre du PSRSA (2010-2015) et ceci en l’absence des règles qui doivent régir ce type d’organisation. En effet, pour concrétiser le souhait de voir les treize (13) filières porteuses identifiées par le PSRSA sur la base des critères bien définies, le Ministère de l’Agriculture de l’Elevage et de la Pêche (MAEP) a élaboré un « avant-projet de loi portant constitution, mission, organisation et fonctionnement des organisations interprofessionnelles agricoles en République du Bénin ».

Ce document qui, depuis ce temps, n’a pas franchis les portes de l’Assemblée Nationale n’en est pas moins la seule référence au Bénin en matière de structuration des OIA. Cependant et puisque qu’il n’a pas encore acquis force de loi, il est tout simplement mis de côté. Entre 2015 et 2017 plusieurs organisations dites interprofessionnelles ont été créées par des acteurs qui n’ont pas connaissance ou qui tiennent très peu compte des règles contenues dans l’avant-projet.

Résultats, il y a au Bénin des OIA qui ne savent pas par quel bout démarrer les activités et surtout avec quel moyen. Le président de l’interprofession de la filière cajou est récemment monté au créneau pour fustiger le nom respect par les collecteurs des noix du prix fixé par l’Etat. Le Secrétaire Permanent d’une autre OIA a souhaité que l’Etat aide à préserver l’existence des petites unités de transformation, suite à une opération de reprise par une société de la place des deux plus grandes industries de transformation de riz. La liste est longue.

Ces déclarations totalement incompréhensibles dans le cadre d’une organisation interprofessionnelle, suscitent quelques interrogations. Sommes-nous en face de véritables OIA créées suivant les règles en cette matière ? Que devons-nous comprendre par Organisation Interprofessionnelle Agricole ?

L’interprofession est un modèle intégré de gestion des filières agricoles qui met en relation d’affaires des acteurs regroupés en familles professionnelles. Une organisation interprofessionnelle agricole doit regrouper au moins deux familles professionnelles. Professionnelle parce que la famille se doit d’offrir des services de meilleure qualité et au moindre coût possible. En gros, l’efficience est le maître mot en matière d’interprofession. Les fonctions assumées par chaque famille doivent être clairement définies de sorte qu’aucune famille n’empiète sur les rôles d’une autre. Par exemple, le rôle d’un producteur de riz s’arrête à la fourniture du paddy. La transformation du paddy en riz pour la consommation relève de la responsabilité de la famille des transformateurs. Il n’est cependant pas exclu qu’une personne physique soit propriétaire de deux sociétés (personnes morales) bien distinctes qui font la production et la transformation. Dans ce cas, la même personne ne peut assumer au sein de l’organisation, que des charges au nom d’une seule société relevant d’une seule famille, celle de son choix. Pour l’autre société, il délègue ses pouvoirs à une autre personne.

Les interprofessions fonctionnent sur la base des accords professionnels (au sein d’une même famille professionnelle) et interprofessionnels (entre deux familles professionnelles). Le Secrétariat Permanent joue le rôle de régulation de toutes les fonctions et gère l’ensemble des accords. Entre autres fonctions, c’est le contrôle de qualité, la gestion des flux physiques et financiers et surtout la communication.

Il est absolument important que toutes les dispositions préalables soient prises avant la création d’une interprofession. Si toutes les conditions sont bien réunies, les ressources pour le fonctionnement d’une interprofession ne constituent pas un problème puisque l’avant-projet de loi prévoit un prélèvement obligatoire pour le financement des fonctions critiques que sont : le fonctionnement du secrétariat permanent, le financement de la recherche, le financement du mécanisme de gestion des flux (physiques et financiers) et la communication.

Pourquoi les interprofessions de mon pays continuent de végéter dans l’immobilisme ? Pourquoi cette absence totale de visibilité ? Pourquoi cette quête permanente de ressources etc… Il faut repenser les organisations interprofessionnelles agricoles de mon pays.    

Par Joachim N. SAIZONOU

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