• 15/06/2019
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François Acakpo Eboué, promoteur agricole: Itinéraire d’un soldat reconverti à la terre

 Par Claude Urbain PLAGBETO   07 Jui 2019

Major des Forces armées béninoises (Fab) à la retraite, François Acakpo Eboué, 62 ans, a assuré avec succès sa reconversion en promoteur agricole. Du champ de bataille au champ de cultures, il constitue un exemple pour les jeunes.

Agovédon, commune de Comè. Sur un espace verdoyant, s’étendent à perte de vue des cultures de riz, de palmiers à huile, de canne à sucre. Dans ce vaste bas-fond partiellement viabilisé (électrifié avec l’appui de l’Agence béninoise d’électrification rurale et de maîtrise d’énergie – Aberme), sont érigés des bâtiments en dur où se pratique l’élevage de plusieurs espèces : coquelets, porcs, dindons. Il s’y trouve également deux unités de transformation : l’une pour le riz et l’autre pour l’huile de palme et l’huile palmiste, et ce que le promoteur désigne par « étang-pièges », ces bassins qui retiennent des poissons lors de la crue du fleuve Mono.
« Bienvenue à la ferme ‘’La Cité de Jésus-Christ’’ », nous souhaite l’homme à la taille moyenne, cheveux grisonnants,sortant de la boue où il s’adonnait au semis indirect de riz, avec cinq autres compagnons plus jeunes.« François Acakpo Eboué, major des Forces armées béninoises (Fab) où j’ai passé 35 ans avant d’aller à la retraite le 1er janvier 2014 », se présente-t-il. Puis, il présente son complexe agricole avec fierté et gratitude à Dieu. Tout au long de notre conversation pendant plus de trois quarts d’heure, le chrétien évangélique n’alignera pas trois phrases successives sans invoquer le Tout-Puissant. « C’est un miracle si je suis encore debout et vous parle », conçoit-il, au cours de la randonnée à travers quelques points stratégiques du domaine de 100 hectares, sa propriété qui accueille chaque année des lycéens agricoles en stage de production animale et végétale.« La dernière vague de stagiaires, ils sont formidables ; ils suivent tout de près et sont très passionnés ; je sens qu’il y a un changement dans leur éducation et dans leur formation », apprécie au passage l’exploitant agricole et encadreur des jeunes apprenants.
Revenant à sa personne, le retraité laisse entendre : « C’est une grâce d’être en pleine forme. Sinon quand je suis allé à la retraite, la première année, je suis tombé sérieusement malade. Je ne savais pas si j’allais m’en sortir. Mais par la grâce de Dieu, je suis là aujourd’hui ».
De son feu père gendarme qui était très attaché, lui aussi, à la terre, François Eboué a hérité sa double passion pour le corps kaki et l’agriculture. « Mon papa aimait et travaillait beaucoup la terre avant d’être enrôlé dans l’Armée française. De son retour, il s’est beaucoup donné dans l’agriculture jusqu’à sa retraite. Il a fait quarante ans de retraite », nous apprend le promoteur agricole. Il enchaîne : « J’étais élève et je le suivais déjà. Je voulais faire comme lui. Pendant que je travaillais, j’avais déjà l’ambition de me consacrer à la ferme que j’ai construite petit à petit. Si Dieu vous donne la passion de quelque chose, il faut le remercier et l’exercer avec tout votre engagement.»

A cœur vaillant…

« J’ai commencé petitement depuis que j’étais en fonction dans l’armée. La parcelle, je l’achète à petits coups. J’ai commencé par 6 ha. C’est un domaine de mon aïeul que j’ai racheté petitement auprès de la famille », dévoile le retraité. Il se fait plus précis : « Je suis un débrouillard. Je faisais mes affaires depuis toujours. Quand le temps était très bon, j’allais au port où j’achetais des marchandises au dépôt ou je remets de l’argent aux bonnes dames pour aller acheter puis on revendait cher ». « Une fois par exemple, se souvient-il, j’ai investi 175 000 F et après, j’ai vendu à plus de 7 millions ; c’est un secret que les gens ne connaissent pas ». « J’étais aussi démarcheur pour l’achat et la vente des parcelles », ajoute-t-il.
« Ce que vous voyez, ce n’est qu’une petite partie de notre ambition. Il nous manque un peu d’appui pour la concrétiser mais j’y parviendrai », lâche M. Eboué, tout optimiste.« C’est tout dernièrement que j’ai eu un petit tracteur sous subvention du ministère de l’Agriculture. Je dois payer 8,5 millions sinon le coût global c’est 17 millions. On a payé 4,25 millions et le reste sera soldé en deux tranches », informe-t-il.
Quoique le rendement ait été faible l’année dernière, à cause de la pluviométrie qui a joué sur les cultures, il ne se décourage pas et ambitionne d’aller à 50 hectares de riz contre 35 hectares la saison passée. Il cultive une variété d’origine indienne peu connue au Bénin et dont il entend garder jalousement le label : le « Béris » qui aurait, en plus de son parfum naturel, un goût particulier.
Mais cela n’est qu’un projet à court terme. « Je voudrais faire d’ici un site touristique ; je suis dans le projet de construire des bungalows et un restaurant tout bio, autrement dit un cadre reposant où l’on mange sain », 
ambitionne François Eboué. Pour ce faire, le militaire à la retraite qui vit sobrement malgré les moyens dont il dispose, n’entend pas s’adonner à une vie d’extravagance. « Etre bien formé, être très endurant et surtout avoir une hygiène de vie, telle a toujours été ma devise », confie-t-il. 
« Il ne faut pas qu’à la retraite, vous vous livrez aux vices : l’alcool, le tabac, la femme », tel est son secret pour se maintenir en forme et poursuivre la réalisation de ses rêves. Son seul regret, c’est qu’il n’arrive pas encore à transmettre sa passion pour la terre à ses deux enfants qui, comme la majorité des jeunes, penchent pour autre chose. Peut-être comprendront-ils que le chemin du bonheur passe essentiellement par la terre, espère-t-il !

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