• 21/10/2019
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Comparateur agricole : « L’agriculteur de demain est celui qui commercialise »

 mar. 2 juillet 2019 à 17:23 •  CC • Terre-net Média

Alors que les marchés agricoles sont toujours plus volatils, la législation plus stricte et les pressions sociétales plus prégnantes, la plateforme de négoce en ligne Comparateuragricole.com a encouragé, lors de sa réunion de fin de campagne à Châteaudun en juin, les agriculteurs à « reprendre le contrôle de leurs exploitations » en vendant eux-mêmes leurs récoltes.

C’est un fait que personne ne conteste : les marchés agricoles sont de plus en plus instables et difficiles à prévoir. « Nous évoluons dans un marché mondial et complexe où de nombreux facteurs, tels que les conditions météo, la géopolitique et la réglementation, évoluent sans cesse et influent sur les cours des céréales », a expliqué Thibaud Pesquet, analyse marché chez Comparateur agricole, devant 300 agriculteurs rassemblés pour la réunion de fin de campagne céréalière, organisée en juin à Châteaudun (Eure-et-Loir) par la plateforme de négoce en ligne.

Voir également :
Comparateuragricole.com élargit son offre pour couvrir l’ensemble de la filière

Par exemple, « les USA produisent actuellement moins de maïs. Il va donc y avoir un déficit et une diminution des stocks de la céréale. Mais ce déficit sera comblé par une demande en blé plus forte, a-t-il poursuivi d’après un communiqué de la start-up. Or, la récolte de blé russe devrait être bonne. D’autres pays, comme l’Argentine, talonnent de près la France. Donc le blé français va être pénalisé. Toutefois, le potentiel marché est encore à la hausse même si celle-ci reste modérée. » Ainsi, une moindre production de maïs aux États-Unis a des répercussions sur les cours mondiaux de la céréale et la compétitivité du blé français.

Le blé est de moins en moins rentable

En plus de l’extrême volatilité et complexité des marchés agricoles, « la rentabilité des exploitations françaises sur la production de blé se dégrade, avec des marges de moins en moins importantes », a ajouté Vincent Bouteleux, directeur des territoires Eure-et-Loir et Essonne et du développement au CerFrance.

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Les producteurs présents ont en effet constaté que leurs produits n’ont pas couvert leurs charges durant 4 à 6 ans sur les 14 qui viennent de s’écouler. Ces 4 à 5 dernières années, « les produits ont tendance à stagner, d’où des marges moins élevées », a détaillé l’expert. Après deux creux en 2009 et 2016, ils « ont augmenté entre 2017 et 2018 mais la courbe générale est descendante depuis 2012. Le prix moyen du blé est de 140-150 €/t, ce qui n’est pas toujours au-dessus du prix d’équilibre. »

Pour 70 % des agriculteurs ayant communiqué cette donnée lors de la réunion, le seuil de rentabilité du blé est compris entre 130 et 170 €/t. Ainsi, le rapport prix d’équilibre/cours du blé se tend et pèse sur l’efficience économique de nombreuses fermes.

Durcissement de la réglementation
et perte de compétitivité

Parallèlement, la législation se durcit (suppression des remises, rabais, ristournes et séparation du conseil et de la vente pour les produits phytosanitaires, imposées par la loi alimentation, interdiction du glyphosate en 2021), ce qui « rend le marché plus instable et va faire augmenter le prix des intrants », et donc les charges, « pour les utilisateurs finaux », a indiqué Paul Robert, fondateur et gérant de Novalis Terra, société de conseil en agronomieagriculture de conservation des sols et biosolutions. Conjugué à la baisse de rentabilité des exploitations agricoles, ce durcissement risque d’accentuer la perte de compétitivité de l’agriculture française, sur laquelle un rapport du Sénat vient d’alerter. 

« Le Brésil entre autres a une capacité de production de plus en plus conséquente et l’Union européenne ne fait rien pour contrôler les importations de produits agricoles. Résultat : en 10 ans, la France a perdu deux points sur le commerce agricole mondial, a fait remarquer Thibault Pesquet. Face à une sur-réglementation sur le plan environnemental pour les agriculteurs français, on s’aperçoit qu’entre 20 à 25 % des produits agroalimentaires importés ne répondent pas aux normes sanitaires de notre pays. »

Changer de pratiques et vendre ses grains :
deux leviers d’action

Dans un tel contexte (fluctuation des marchés, renforcement des contraintes réglementaires, dégradation de la rentabilité des exploitations, agriculture française de moins en moins compétitive), et avec la stagnation des rendements, l’un des principaux leviers d’action dont disposent les producteurs, pour diminuer le recours aux phytos, donc les coûts de désherbage et de mécanisation, semble être de changer leurs pratiques culturales, en se souciant notamment de la fertilité biologique des sols et s’orientant vers l’ACS et le semis direct sous couvert végétal. 29 % des exploitants participant à cette rencontre de fin de campagne se sont en tout cas déclarés prêts à y réfléchir.

Un moyen, selon Comparateur agricole, « de reprendre le contrôle de leurs exploitations » qui va de pair avec la prise en main de la commercialisation de leurs grains via des plateformes de vente en ligne comme comparateuragricole.com. « Il y a trois ans, il était impossible de vendre des céréales sur internet », a rappelé Pierre-Antoine Foreau, président fondateur de la start-up qui vient de fêter sa 3e année d’existence quand seulement 10 % des “jeunes pousses” atteignent cet âge. Aujourd’hui, 5 000 agriculteurs sont inscrits sur ce site web, qui a enregistré un record de vente hebdomadaire de 15 000 t de céréales la semaine dernière, soit la quantité totale collectée en 2016 par l’entreprise. Cette dernière s’est fixée un objectif de 300 000 t annuelles et compte, pour y parvenir, développer un service logistique.

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