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Assainissement des plans d’eau au Bénin: Le Lac Ahémé reprend progressivement du souffle.

Une semaine après le démarrage des opérations d’enlèvement des engins prohibés sur les plans d’eau au Bénin, le lac Ahémé s’offre progressivement un nouveau visage. Le constat après une descente aux larges de Comè, où les populations nourrissent l’espoir d’un lendemain meilleur.

Sur l’eau, la barque glisse doucement, puis fonce vers les larges. En ce début de soirée du mercredi 21 août 2019, le courant est moins perturbant sur cet écosystème où une embarcation a chaviré en début de mois, avec plusieurs pertes en vies humaines. En face, pas de nasses pour faire obstacle à la barque, pas de branchages non plus pour freiner son élan. Notre conducteur, Jean, la quarantaine prend du plaisir à voguer sur l’eau pendant que Achille Kakpo, notre guide assis à bord, nous dit sa fierté de voir un paysage dégagé « Qui l’eût cru ? Cette opération, nous l’avons voulu depuis plus d’une décennie. Nous avons lutté nous-mêmes contre le phénomène d’Acadja et des filets à mailles fines en vain », relate-t-il.

La pratique en question consiste à former des frayères aux poissons avec des branchages. Chacun a presque sa ‘’parcelle’’ sur le plan d’eau. « C’est une pratique que nos parents ont copiée chez les Blancs. Mais ils ont fini par en abuser et le lac est aujourd’hui dégradé. C’est avec fierté que je prends part à l’avènement de ce nouveau jour tant attendu », précise Achille Kakpo.

Un travail de fond

Cette opération pensée en Conseil des Ministres du  11 janvier 2017 est devenue une réalité depuis quelques jours sur les plans d’eau, après moult tractations. Elle concerne le lac Ahémé, la lagune côtière, le lac Nokoué, la lagune de Porto-Novo. L’action est appréciée à Comè, à 65 km de Cotonou, plus précisément dans les villages de Zounta, Guézin et Ouèdèmè-Pédah que nous avons parcourus. Mais pour en arriver là, il a fallu un travail de fond pour une adhésion des acteurs. « Nous sommes passés dans toutes les communes concernées pour sensibiliser les populations. Nous leur avions fait comprendre qu’au regard de la loi ils ne peuvent plus utiliser ces engins prohibés », Herman Gangbazo, Chef service aménagement des pêches.

Et même si maintenant, certaines parties du plan d’eau paraissent moins encombrées, l’opération n’est pas si aisée. La manœuvre est délicate. Ces agents plongent, nagent vers leurs cibles,  s’efforcent de les déterrer puis les chargent dans la barque. « C’est assez délicat», nous confie un des plus de 150 agents mobilisés qui venaient d’accoster avec plus d’une trentaine d’embarcations. Dans ces conditions, l’expérience de pêcheurs compte beaucoup. Mais ce qui retient l’attention, c’est la quantité impressionnante de branchages et de bois qu’ils venaient d’enlever et qui témoigne de l’ampleur de l’encombrement du Lac Ahémé.

Un lac essoufflé…

Encaissé entre les plateaux de Sègbohouè et Dékanmè au niveau de la rive est et celui de Comè et de Bopa au niveau de la rive Ouest, le lac a très tôt fait de suffoquer du phénomène de l’érosion hydrique. Ceci ajouté aux Acadjas, faits à base de la végétation qui servaient de  protection pour les berges, le plan d’eau a été comblé de tout.

Christian Viaho, Directeur des Ressources Halieutiques de l’Agence pour le Développement intégré de la zone économique du lac Ahémé et ses Chenaux (Adelac) pense que l’écosystème est dans une situation critique. « La profondeur moyenne est de 0,5 m en période d’étiage. En période des hautes eaux, nous atteignons 1,5m. Le lac a donc perdu de profondeur. Au-delà de ça, il y a certaines espèces de poissons qu’on retrouvait dans le plan d’eau et qu’on n’y retrouve plus du fait de la dégradation de l’écosystème due à ces pratiques prohibées. Si rien n’est fait, le lac va disparaître».

Le regard vers l’avenir

Comè n’oublie pas ce qu’elle endure du fait du comblement. Adrien Kponhossinton, Chef de village de Sèhomè ne cache pas son amertume. « Nous avons vraiment été peinés de vivre cette situation depuis 2006. Nous étions les premiers à vouloir de l’enlèvement d’engins. Imaginez que nous soyons obligés de payer des poissons congelés importés ». Ainsi, pour lui, il n’est plus question de laisser le mal s’enraciner dans le plan d’eau. « Nous allons y veiller strictement », martèle ce sexagénaire. Veiller, c’est aussi le défi de la Direction de la Production Halieutique. « Nous allons renforcer la surveillance des plans d’eau pour contrer les récidivistes », promet Bernard Samé Tossi, Chef de division Police des Pêches, autochtone de la région. Il est prévu la mise en place des frayères communautaires pour remplacer les parcs à poisson et servir au repeuplement des plans d’eau.

Aux indélicats, la loi cadre n°2014-19 du 7 août 2014 relative à la pêche et à l’aquaculture en République du Bénin prévoit une peine d’emprisonnement de 3 à 12 mois et une amende de 500.000 à 3 millions de Fcfa. La nuit tombe maintenant à Zounta, commune de Comè. Assis, avec quelques proches sur une pirogue renversée, Hervé T, a son regard fixé vers le lac. “C’est beau. C’est propre. D’ici, vous pouvez voir maintenant l’autre bout du lac. Avant, ce n’est pas le cas. Les acadjas sont tellement nombreux que la vue était réduite ».

Tout comme lui, beaucoup croient à un renouveau du lac que chantait le Guitariste Poète Gustave Gbénou, alias GG Vickey. Mais ils veulent surtout croire que les mauvaises pratiques ne seront plus de retour pour hanter la reproduction des poissons.  Pendant ce temps, sur le lac Nokoué, selon des confidences, il faut un peu plus de temps et d’efforts pour mettre fin à l’ère des acadjas.

Fulbert ADJIMEHOSSOU/ fraternité Bénin

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4 comments

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  2. […] A l’appui de tout ceci, une action majeure mérite d’être soulignée. C’est l’assainissement, attendu depuis des décennies, des plans d’eau et pêcheries sur le Lac Ahémé, le Lac Nokoué, […]

  3. […] forment-ils un grand royaume qu’ils couvrent de leur dôme ? Est-il toujours gai de voguer sur le lac Ahémé quand le temps est serein ? Déjà, qu’il perd bon nombre de ces qualités éco-systémiques.Ne […]

  4. […] Cette mesure fait suite à l’ opérations d’enlèvement des engins prohibés sur les plans d’eau au Bénin initié en aout 2019 par le ministère de l’agriculture (MAEP). Une opération pensée en Conseil des Ministres du 11 janvier 2017. L’objectif, est de préserver les plans d’eau afin de favoriser le développement de ses espèces halieutiques. […]

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