• 23/09/2019
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Lutte contre les changements climatiques: La consommation des insectes comme solution


GREEN NEWS, Magazine de l’économie verte
N° 06 Août 2019

L’utilisation des insectes dans l’alimentation humaine et animale comporterait de nombreux avantages tant pour la santé que pour  l’environnement. Dr Gil Germain Padonou et Pr Elisabeth  Zannou entomologistes et enseignants-chercheurs à la Faculté des Sciences et Techniques de l’Université d’Abomey-Calavi nous renseignent davantage sur le sujet.

Les insectes sont utiles dans tous les domaines de la vie. Ils contribuent par ailleurs au développement de la végétation. Du point de vue écologique, au niveau de l’écosystème,  les insectes ont des fonctions importantes et utiles allant au-delà de l’alimentation pour les hommes et les animaux. En effet, non seulement ils interviennent dans les chaînes alimentaires mais aussi, restent d’importants fournisseurs de services écologiques. Ils servent de nourriture pour d’autres animaux et sont des nettoyeurs (des décomposeurs).

Rôles de pollinisation…

Les abeilles par exemple jouent un rôle vital dans la pollinisation des plantes, dans la lutte biologique et dans la biodégradation des déchets organiques. Elles  sont testées pour réduire le fumier, tel que celui généré par les bœufs, les porcs, et pour atténuer les mauvaises odeurs. Aussi, les larves de mouches peuvent être utilisées pour transformer le fumier en engrais et protéines consommables. Les insectes font partie de la médecine traditionnelle depuis  des millénaires. À titre d’exemple, les asticots sont utilisés pour nettoyer les tissus morts des plaies. Les produits apicoles comme la propolis, la gelée royale et le miel sont exploités pour leurs propriétés curatives.

Du carnassier à l’entomophagie, le choix s’impose de lui-même

A la place de la viande, l’idée que pour sauver la planète du réchauffement climatique, les insectes passeront bientôt dans nos assiettes, se précise de plus en plus. Elle paraît absurde pour d’autres et pourrait être un effet de mode. Certains ne trouveront rien à dire parce que, croquer quelques insectes, fait partie déjà de leurs habitudes alimentaires. En effet, l’entomophagie (consommation d’insectes par l’être humain)  est pratiquée dans de nombreux pays et  n’est pas réservée aux seuls chasseurs-cueilleurs de l’Amazonie ou aux survivalistes prêts à tout essayer.

En réalité, les insectes représentent 80% du règne animal et complètent les régimes alimentaires d’environ 2 milliards de personnes.  Le bœuf, le mouton, l’élevage en un mot, intensifie le changement climatique. Une partie du méthane, le plus dangereux des gaz à effet de serre provient de cette activité. Réduire donc la consommation de la viande devient donc un impératif pour la sauvegarde de notre environnement et par ricochet, pour notre santé.

Ils ont dit…

Pour l’entomologiste Gil Padonou, «Les insectes contiennent beaucoup de substance dans la fabrication des médicaments  et des antibiotiques. Ils fournissent des protéines et des nutriments de haute qualité en comparaison à ceux que fournissent la viande et les poissons… Les insectes sont deux fois plus nourrissants que la viande ordinaire du mouton et du bœuf ».  Selon ses propos sur la radio nationale dans l’émission ‘’Terre d’ici et d’ailleurs’’ de Didier Hubert MADAFIME, les insectes sont particulièrement importants en tant que compléments alimentaires pour les enfants sous-alimentés. La plupart des espèces d’insectes étant riches en acides gras. Les insectes poursuit-il, sont également riches en fibres et oligo-éléments tels que le cuivre, le fer, le magnésium, le manganèse, le phosphore, le sélénium et le zinc. Pour l’enseignant-chercheur, au vu de ces avantages, « Il faudrait initier des projets dans les milieux dans lesquels on consomme les insectes au Bénin pour généraliser cette habitude alimentaire…».

Insectes à consommer

Toutefois, précise-t-il, tous les insectes ne sont pas à manger. Il y en a, en fait, qui contiennent des substances toxiques, alerte-t-il. «Les espèces de chenilles consommées ne sont pas toxiques. Néanmoins, Il existe dans la nature des chenilles plus venimeuses que la vipère et qui n’ont rien à voir avec nos assiettes », renchérit le Professeur Elisabeth  ZANNOU, enseignant-chercheur, responsable du laboratoire d’entomologie agricole. Sur le forum Whatsapp ‘’Tribune verte’’, elle a confié que les espèces consommées sont des espèces qu’elle qualifie souvent d’espèces « très propres » puisqu’elles ne se développent pas pour autant dans un environnement pollué ou rempli de pesticides ou de métaux lourds. «Ce sont pour la plupart du temps des êtres Xylophages c’est-à-dire qui se nourrissent du bois. Et, c’est d’ailleurs pour cela que l’élevage de certaines de ces espèces est encouragé pour empêcher la population rurale de détruire les palmiers et les raphias de nos marécages à la recherche de ces larves dont elle connaît mieux qu’un scientifique, les vertus et les bienfaits alimentaires

Les insectes dans les assiettes

Les chenilles consommées ne sont pas des pollinisatrices. La plupart sont des espèces phytophages qui détruisent nos cultures, et beaucoup d’espèces végétales. C’est d’ailleurs pourquoi la consommation de ces espèces invasives comme le criquet, a été valorisée dans les pays saheliens », explique-t-elle. «Dites moi de consommer la viande de bœuf ou ces “conneries” de produits congelés (poissons surgelés, ailerons, croupignons de toutes sortes et d’origine inconnue ) déversés sur nos marchés, moi je vous dirai que c’est avec plaisir que je consomme ces vers blancs du bois appelés TRAN (langue locale) au Bénin », peut-elle  s’en extasier. Tout est question de mentalité, de culture, d’habitude alimentaire et surtout du niveau d’ignorance des merveilles alimentaires dont regorge la nature, estime sans ambages, Elisabeth  ZANNOU pour conclure.

Valorisation des insectes et préservation de l’environnement

L’entomophagie comme susmentionnée,  est une habitude alimentaire retrouvée dans presque tous les pays du monde y compris le Bénin. Dans les départements du Plateau, du Zou, du Couffo, des Collines, de la Donga, de l’Atacora, de l’Alibori et du Borgou, des espèces d’insectes continuent d’être allègrement consommées pour le bien-être des peuples qui reconnaissent sa valeur. L’appeler entomophagie, là, n’est pas le problème. Là où réside le problème, «c’est plutôt comment valoriser cette ressource alimentaire non ligneuse au Bénin dans une dynamique d’équilibre et de préservation de l’environnement », s’interroge  l’enseignante-chercheur. La collecte de ces espèces consommées, apprend-t-elle, se faire par la méthode traditionnelle de cueillette qui pour certaines espèces détruit systématiquement une bonne frange du couvert végétal. Tout chose qui n’est pas non plus sans préjudices sur l’environnement. Et voilà qui relance un autre pan du débat.

Fabrice AVOCEVOU

Anicet SEMASSA

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2 comments

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