• 25/02/2020
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Insalubrité le long des berges à Cotonou: Une matinée de dédain sous le Pont de Dantokpa

Au cœur du marché Dantokpa, dans la capitale économique du Bénin, le long des berges est répulsif. Sous le nouveau pont, dans un taudis indescriptible, la vie suit son cours. Reportage.

A peine le soleil point à l’aurore, que Dantokpa reprend vie. Ce mercredi, comme d’habitude, il faut être patient pour traverser le flux de véhicules en direction de la ville. Une vue panoramique du Chenal de Cotonou donne envie d’un côté d’aller à la rencontre de l’océan. Mais de l’autre, le regard vers le Nokoué laisse voir une rivière noire bordée de déchets. Plus on descend par un contournement pour rejoindre la berge, mieux Dantokpa révèle son vrai visage. 

Sous le pont, les déchets étalent leur siège. Ils pleuvent de partout ce matin, après les nettoyages des lieux par les usagers. La présence d’une pancarte de la Société de Gestion des Marchés (Sogema) pour interdire le jet de déchets en ces lieux n’inquiète guerre. « Toutes ces ordures proviennent du marché. Et c’est surtout les bonnes dames chargées de l’entretien du marché qui viennent les déverser tard dans la nuit », confie Raphaël Dahoui, chef du parc des tricycles érigé en cet endroit. À l’en croire, aucune disposition ne marche pour le moment pour lutter contre ce comportement malsain. Au nombre des mesures, la plaque posée en guise de sensibilisation devient un ornement. Au milieu des déchets, elle devient progressivement invisible.

La vie suit son cours

Dans ce milieu insalubre, impossible de respirer sans pincer les narines. Le dédain que présente le dépotoir situé sous le pont fait  presser les pas aux moins habitués. L’infrastructure elle-même paraît vieille. Ces piliers plongent dans le chenal devenu du coup, à la fois verdoyante et noirâtre.  Le milieu pue. 

Pourtant, à quelques mètres du parc, deux commerçantes de feuilles médicinales apprêtent leurs marchandises pour la vente ambulante. Ces produits devant servir de tisanes sont d’abord étalés à même le sol avant de rejoindre le plateau de vente. Elles n’ont guère l’air préoccupées de leurs pieds nus ni ceux de leurs enfants qui déambulent sur ce sol. Tout juste à côté d’elles, une femme enceinte dans une tenue délavée se repose. C’est dans cette atmosphère qui suscite mille interrogations que nous avons surpris un vendeur de friperies en pleine miction. Nous foudroyant du regard, il nous intime l’ordre de quitter les lieux. Visiblement, toute porte à croire qu’ils se plaisent dans leur milieu et une présence étrangère s’apparente à une violation d’intimité.

Dans un atelier de couturier jouxtant ce milieu, une marmite de 8 kg est sur le feu. Les ouvriers attendent que le contenu soit prêt pour être servis. Pour eux, même les odeurs presque suffocantes ne peuvent les empêcher de satisfaire leur ventre. Pourtant, les risques de maladies sont nombreux. « Les éboueurs sont employés dans le marché, mais comme il n’y a pas de dépotoirs à notre niveau, ils n’arrivent pas à collecter les ordures », se désole Eric, un conducteur de tricycle. Celui-ci est très inquiet de l’état de ce lieu. Il espère vivement le renforcement des actions sanitaires surtout la mise à disposition des poubelles afin  d’assainir ce cadre de vie. Nul ici ne sait ni le jour ni l’année où les berges de Dantokpa cesseront d’être répulsives pour s’offrir des visages accrocheurs. Mais on y croit.

Fraternité: Numéro 5015 du jeudi 19 Décembre 2019

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