Actualités

Inondation de 2019 : la violence des pluies très remarquable à Zagnanado

« Comparativement aux six années antérieures, les terres ont été immergées sur une période plus longue » Aimé Guédou

Zagnanado fait partie des communes vulnérables aux inondations, surtout avec les conséquences sur le plan agricole. Cette situation provoquée par la crue du fleuve Ouémé fait souvent enregistrer aux agriculteurs d’énormes pertes. Sènan Aimé Guédou, ingénieur agronome en service dans la localité décrypte et fait des suggestions.

Comment peut-on expliquer le phénomène des inondations à Zagnanado ?

L’inondation est une problématique importante pour une commune à fort potentiel agricole comme Zagnanado située au Centre du Bénin. C’est une zone caractérisée par de plaines argileuses, un engorgement dans le sud et des plateaux sur sols ferrugineux lessivés. Le dénivelé entre le point le plus haut (au Nord) et celui le plus bas (au Sud) est estimé à plus de 250 m. Aussi, un important réseau hydrographique arrose l’ensemble du territoire : 66 plans et cours d’eau hormis le fleuve Ouémé et son affluent le Zou.

Comparativement aux six années antérieures, l’inondation de 2019 a été moins importante en termes de niveau des eaux, mais ces dernières ont immergé les terres sur une période particulièrement plus longue. L’année passée en quatre ou cinq semaines la crue a fait d’énormes dégâts et les populations ont subi et repris leurs activités, mais cette année nous sommes à plus de neuf semaines de submersion des terres. Depuis le mois de septembre, la plupart des champs dans les zones de Banamè (Agbladoho), Kpédékpo (Agonvè, Ahlan, Kpoto, Womèto, Glonzoumè, Loko-Alankpé), Agonli-Houégbo (Bamè), Dovi (Dovè, Zounou, Klobo, Lègbado, Sagbovi) et Zonmon étaient inondés. Même en mi-novembre, certaines parties de Bamè, Klobo et Zounou sont encore inondées. Il s’agit essentiellement de zones de cultures maraîchères et céréalières. 

Quelles sont les cultures les plus touchées ?

Il s’agit surtout du maïs, du riz, du coton et dans une moindre mesure des cultures maraîchères. Des champs de piment très bien entretenus, que je suivais personnellement avec des producteurs dans le cadre d’un programme, sont devenus quasiment infructueux dès que la submersion s’est prolongée et les pluies régulières. Du coup, un exploitant agricole sur cinq a dû faire des dépenses supplémentaires pour sécuriser les fruits attaqués par des maladies comme l’anthracnose. Quand il s’agit du maïs, base de l’alimentation des populations, certains producteurs risquent leurs vies en allant récolter dans les zones déjà inondées ; une activité qui peut durer plusieurs jours voire des semaines. Mais pour le riz, le coton, ils sont sans mesure d’adaptation.

Pour la population, il s’agit de phénomènes naturels, cycliques et immaitrisables. L’inondation est un phénomène normal dans le fonctionnement des cours d’eau qui peuvent déborder lentement ou rapidement de son lit habituel ou encore appelé lit mineur. Le problème chez nous est qu’on ne cesse pas d’implanter des champs dans les zones inondables qui sont en réalité le lit majeur du fleuve. Et il faut ajouter que dans notre contexte actuel de changements climatiques, les prévisions quant au moment précis et à l’ampleur des inondations deviennent de plus en plus compliquées.  

Quelles sont vos propositions au regard de toute cette situation ?

Nous encourageons les producteurs à adopter des variétés à cycle court et à ne pas plus produire sur le lit des cours d’eau. Des offres de services météo sont aujourd’hui disponibles et les producteurs pourront être renseignés sur la période de semis idéale en tenant compte des conditions pédoclimatiques de la zone où ils se trouvent. Ce qui leur permettra de récolter et de jouir des fruits de leurs efforts avant la montée des plans d’eau et le débordement du fleuve Ouémé avec son affluent le Zou. En dehors des communiqués d’alerte faits aux moments opportuns, cela relance le débat sur l’assurance agricole quand on sait que les producteurs fonctionnent sur des prêts contractés auprès des structures de financement décentralisées.

Votre mot de la fin

Des progrès de la communauté scientifique locale et internationale sont aujourd’hui nécessaires et même urgents en ce qui concerne les modélisations hydrauliques pour définir le comportement du fleuve en crue et mieux définir les stratégies à utiliser. Ceci dans le but d’assister les paysans.

Partager
Publicités
PATRICE TALON GREEN NEWS

Publications similaires

Laissez un commentaire