• 28/05/2020
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Maraîchage/Fertilisation du sol: Hubert Glin préconise le compost au lieu des engrais chimiques de synthèse

Fertiliser un sol est primordial dans le cas de jardin ou de parcelle à culture répétée et à faible rotation. Et, dans un contexte où la tendance tourne vers l’agriculture écologique gage d’une sécurité alimentaire et nutritionnelle, le choix de la méthode de la fumure s’invite dans les débats. Pour Hubert Glin, le compost reste l’option la plus judicieuse. Le pourquoi, c’est à travers cette interview que ce spécialiste en fertilisation au Centre Songhaï de Porto-Novo nous a accordée. A y lire également, le processus de fabrication du compost.

compost

Quelles sont les dispositions à prendre pour faire le compost?

Avant de faire le compost, on a besoin de matières premières. Dans notre cas, nos matières premières sont les sous-produits des autres unités de production du centre. Ils nous proviennent du jardin, du poulailler, du restaurant, etc. Autrement, nous utilisons les matières premières d’origines végétales (les fruits gâtés ou non mûrs, les épluchures d’ananas, la cendre, les cartons d’emballages) et animales (les fientes, la litière, les plumes des volailles). En somme, tout ce qui est biodégradable. Et, suivant un processus, nous faisons le compost. Lequel préconise de dessiner un cercle. Il s’agit dans ce cas d’un processus de compostage dénommé « compost en cône ». À cet effet, nous faisons premièrement un cercle de diamètre inférieur ou égal à trois mètres. Rappelons qu’il faut arroser l’intérieur du cercle compte tenu du niveau d’assèchement du sol.

Quel est alors le processus de compostage ?

Après les préalables cités précédemment, il faut mettre la première couche qui n’est autre que des matières d’origines végétales. Cela peut être une matière fraîche ou sèche à hauteur de15 cm à 20 cm au maximum et vous l’arrosez. Si vous ne disposez pas d’un produit pour atténuer les odeurs dégagées, vous pouvez utiliser de l’eau directement. 

Ensuite, vous passez à la deuxième couche. Celle des matières d’origine animale, ça peut être des fientes, les bouses de vache, les déjections de porc suivant une épaisseur de 10 cm à 15 cm et vous arrosez aussi. Parfois, ça peut aller à 20 cm, mais 10 cm à 15 cm est mieux.

Enfin, vous commencez une alternance au niveau des couches de matières végétale et animale tout en introduisant tout ce que vous avez sous la main que ce soit les fruits gâtés, le reste des repas et autres jusqu’à ce que votre tas parvienne à une hauteur d’environ 1,50 m.

Quelle la hauteur maximale pour le tas réalisé?

Le tas ne doit pas dépasser 1,50 m pour faciliter la pénétration de l’air. Car, plus le tas est grand, plus la décomposition est lente. Il s’agit ici du compostage en aérobie. Donc, le tas a besoin de l’air de même que les micro-organismes responsables de sa décomposition. Aussi, il est indispensable de pailler et d’étiqueter votre tas afin de programmer les retournements qui permettent une décomposition rapide des matières premières compostées. Ces retournements se font toutes les 3 ou 4 semaines.

Avec quoi peut-on couvrir son tas?

On utilise des branches de palmier, de cocotier, les nattes, les feuilles de bananier, tout ce qui est d’origine végétale afin de favoriser la pénétration de l’air. De ce fait, les bâches et les feuilles de tôles ne sont pas conseillées. Mais avant que vous n’obteniez le compost, il y a une activité biologique qui se produit à l’intérieur des tas.

tas de compost

Quelles sont les phases biologiques d’avant maturité?

Il y a trois phases biologiques essentielles. La première est la phase thermophile que nous appelons souvent la phase d’échauffement où vous allez remarquer qu’il y a un dégagement de la vapeur du tas comme si on y avait mis du feu (à l’image de la fumée issue de la carbonisation, ndlr). C’est la preuve que vous avez fait un bon tas et que c’est bien aéré, arrosé et bien équilibré. C’est d’ailleurs ce qui attire les micro-organismes qui sont en activité. À cette phase, vous avez une température qui avoisine 60 °C voire 70 °C. La deuxième est la phase mésophile qui est la plus sensible. Il ne doit manquer ni d’air ni d’eau dans le tas. Raison pour laquelle en saison sèche par exemple, il est conseillé d’arroser votre tas juste après le retournement deux à trois fois par semaine afin de permettre à certaines catégories de micro-organisme de bien fonctionner. Parfois, comme astuce, il faut introduire des bâtons dans le tas afin de mieux l’aérer. La dernière phase est celle de maturité.

Et quels sont les critères de la maturité d’un tas?

Le premier critère pour un tas à maturité est l’homogénéité des matières premières.  À ce stade, vous ne pouvez plus distinguer les matières d’origine animale de celle végétale. Vous avez tout un produit fini et d’ailleurs quand la décomposition est plus avancée, le tas ressemble à du sable. Là, c’est vraiment de l’humus que vous pouvez déjà commencer à exploiter. Le deuxième critère est la couleur. Elle est brune ou noire. Le troisième critère est l’odeur. Vous n’avez plus l’odeur de départ. Cela disparaît totalement et ça donne l’odeur de l’humus de la forêt. C’est comme l’odeur des champignons, agréable à l’odorat. Et, enfin, la température. Elle varie de 15 °C à 25 ° C. Une température similaire à celle du milieu ambiant. C’est ce qui attire maintenant les micro-organismes tels que les collemboles, les cloportes, les mille pattes, les vers de terre. Car, cela devient un endroit vivable. Ils viennent maintenant accompagner la minéralisation du tas. À cette étape, vous avez un compost bien mûr prêt à être utilisé pour n’importe qu’elle type de culture. Il contient tout ce dont une plante végétale a besoin pour se développer. Que ce soit les légumes feuilles, les légumes racines et les légumes fruits.

Votre mot de fin

Pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle de la population, j’invite les maraîchers à utiliser le compost pour la fertilisation de leur jardin plutôt que les engrais chimiques de synthèse. Par ailleurs, je n’ai pas la prétention d’avoir expliqué au cours de cette interview le processus idéal de fabrication de compost.

Hubert GLIN
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1 commentaire

  1. […] consiste en l’apprentissage de différents types de compost spécifiques. Les objectifs visés par le réseau national Jinukun reste la connaissance théorique […]

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