• 28/05/2020
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Coton : le marché mondial aux arrêts, le Bénin risque l’impasse

L’une des conséquences du confinement afin de circonscrire la transmissibilité du coronavirus, est le quasi arrêt de l’industrie mondiale du textile. Du coup, le coton ne se vend plus. Les coûts de la fibre sont au plus bas depuis la crise de 2008. Le Bénin premier pays producteur du coton en 2019 en Afrique risque de subire de plein fouet cette crise avec de graves impacts socio-économiques.

Au Bénin, la campagne cotonnière 2018/2019 a atteint 678 000 tonnes de coton graines inscrivant ainsi le Bénin dans l’histoire de la filière. Il passe de ce fait devant le Mali, la Côte d’ivoire, le Burkina, le Sénégal, le Togo et s’octroie la 1ère place dans le classement des meilleurs producteurs du Coton en Afrique. Il s’agit là d’une position méritée au regard des efforts fournis par les acteurs de la filière coton au Bénin.

Ces chiffres illustrent le succès des réformes engagées dans le secteur, des mesures d’assainissement prises aux fins de la relance de la filière de même que la formation des producteurs sur les techniques d’amélioration de la fertilité des sols.

Cette production correspond à près de 180 milliards F CFA répartis entre acteurs (cotonculteurs, égreneurs, distributeurs d’intrants, transporteurs, Institutions de microfinances, banques etc). Le coton contribue en moyenne à 6% du PIB global et participe entre 14% et 24% du PIB du secteur agricole. Il rapporte à l’Etat 12,8 milliards de francs CFA et représente 40% des entrées de devises. Première culture d’exportation, le coton génère plus de 40% des emplois en milieu rural et fait vivre plus de 50% de la population. C’est en substance, ce que révèle l’étude sur « l’importance socioéconomique du coton et développement des chaînes de valeurs à partir des co-produits ».

Coronavirus et ses corollaires

Au cours d’une interview accordée à Jeune Afrique en janvier 2019, Mathieu Adjovi, Président de l’Association de l’interprofession du coton (Aic) du Bénin estimait pour la campagne 2019/2020, « une production de 800 000 tonnes…et 1 million de tonnes dans deux ou trois ans ». Seulement, au regard des faits, toutes ces performances risquent d’être plombées. Le covid-19, cette pandémie est entrain de faucher le marché mondial du coton bien plus que les autres matières premières. « La fibre est au plus bas de la décennie.  Le coton a perdu un tiers de sa valeur en un peu plus d’un mois. Même le coton déjà vendu au filateur ne part plus ». Annonce, Claires Fages sur la Radio France international (Rfi).

Quand le coton va, tout va 

« Quand le coton se porte bien, les autres cultures aussi » martelait Mathieu Adjovi, au cours de cette interview. Et, poursuit-il, « depuis que le Président Talon est arrivé au pouvoir, nous avons décidé d’apporter des intrants vivriers et de les mettre à la disposition des producteurs d’or blanc pour qu’ils cultivent à la fois du coton et du vivrier. Cela a été vraiment important car cela permet d’assurer la culture de rente tout en assurant la subsistance ». Pris dans ce sens, avec les prévisions actuelles ou le prix aux producteurs devrait baisser la saison prochaine, qu’adviendra-t-il de l’agriculture béninoise qui tient sa subsistance de la production du coton?

A propos du Coton, lire le verbatim de Claires Fages, reporter Rfi.

« 49 cents de dollar, la livre à la bourse de new York, la fibre est au plus bas de la décennie.  Le coton a perdu un tiers de sa valeur en un peu plus d’un mois. Les prix pourraient, selon certains experts se contracter encore jusqu’à 45 cents dollar contre 70 dollar au début de l’année quand l’accord sino-américain laisse espérer une embellie de l’industrie textile.

Une industrie textile désormais anéantie par le coronavirus. Les grandes enseignes de l’habillement ont été surprises par l’extension de la pandémie hors de la chine. Beaucoup avait redirigé leur production en Turquie au Bangladesh, au Pakistan, ou au Maroc. Du jour au lendemain certaines marques du top 10 européens ont non seulement annulé leurs commandes mais ont refusé de prendre livraison des produits déjà fabriqués. Maintenant toute l’industrie rebascule vers la chine, mais ce pays a déjà importé beaucoup de coton. Et pékin va plutôt favoriser la production de polyester avec un pétrole à 20 dollar.

Dans ce contexte, le commerce du coton est au point mort. Même le coton déjà vendu au filateur ne part plus. Il y a du coton qui devrait être sur l’eau et qui était à l’origine en inde ou en Afrique témoigne un négociant. Le négoce s’est pris entre le marteau et l’enclume. Entre les pays producteurs qui ont besoin d’évacuer leurs fibres et les clients qui ne veulent pas prendre livraison.   Il va en outre falloir stocker ce coton alors que la saison des pluies approche ; par exemple en Afrique de l’Ouest.Des pertes financières en perspectives pour le négoce et les sociétés cotonnières. Certains acteurs du négoce pourraient disparaitre tant le choc est fort sur le marché à terme dans les pays africains qui n’ont pas vendus toute leurs récoltes. Les sociétés cotonnières devraient être au contrainte de baisser les prix aux producteurs pour la prochaine campagne. Le prix mondial de la fibre ne couvre même plus les coûts de reviens ».

www.rfi.fr
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