• 28/05/2020
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Cajou 2020 : Les marchés particulièrement imprévisibles

La volatilité du marché de la noix de cajou atteint des sommets cette année avec une épidémie qui rend les marchés particulièrement imprévisibles. Lisez à propos le point de vue de l’analyste Pierre RICA de Plateforme d’information agricole en Afrique N’kalô.

Au Bénin, au Ghana et au Burkina Faso, les prix ont augmenté à une vitesse inattendue cette semaine. Avec une production 2020 qui semble décevante à laquelle s’ajoute une rétention massive des producteurs les semaines passées, encouragée par des prix minima très élevés fixés par les gouvernements, l’offre ne répond pas rapidement à la reprise de la demande. 

Les prix remontent mais pour combien de temps… difficile à dire. D’ores et déjà, les prix élevés dans ces 3 pays combinés avec les besoins de financements des mises en culture et du mois de Ramadan qui vient de démarrer ont commencé à favoriser une libération importante des stocks par les producteurs. Même en Côte d’Ivoire où les prix restent pourtant nettement plus bas mais où les producteurs sont confrontés aux mêmes problématiques.

Dans le même temps les exportateurs africains obtiennent difficilement des crédits de leurs banques et des Lettres de Crédits de leurs clients asiatiques, leur capacités d’achat est donc limitée. Le seul point positif de la situation est le faible encombrement des ports qui favorisent une mise à FOB et une expédition relativement rapide.

Il est également probable que certains exportateurs qui ont signés des contrats d’exportation sous les 1000 USD/t les semaines passées vont rapidement se retrouver en défaut, incapables de suivre la hausse des prix en cours. En Côte d’Ivoire, ces exportateurs n’auront aucun mal à justifier leurs défauts vis-à-vis des autorités locales (si les importateurs voulaient chercher le contentieux) puisqu’ils ont signé des contrats sous les prix minima officiels…

Bref, la chaine d’approvisionnement qui reprend actuellement est encore très précaire et risque de fonctionner en stop & go, avec des phases de concurrence brutales entrainant des pics de prix mais aussi peut-être des phases d’arrêt et de baisse car avec les prix des amandes de cajou actuelles et les pertes que beaucoup ont subi ces derniers mois voire ces 3 dernières années, les transformateurs asiatiques n’ont pas non plus la capacité d’acheter de grosses quantités à des prix élevés. 

Rien n’est très sûr si ce n’est que la volatilité risque de continuer à compliquer la vie de tous les acteurs au cours de l’année qui vient.

 A court terme, nous pensons que la demande devrait rester forte, au moins jusqu’à la mi-mai car les transformateurs asiatiques sont clairement sous-couverts et ne peuvent plus attendre pour importer, d’autant plus que les exportateurs ne vont pas pouvoir leur livrer des milliers de tonnes d’un coup étant donné les problèmes de financements qu’ils rencontrent.

A moyen terme (Juin), la situation est plus incertaine. 

D’ici là on pourra peut-être commencer à mesure la baisse de la production en Côte d’Ivoire et au Ghana (légère ou importante ?), l’évolution de la consommation en occidents pendant la phase de « déconfinement », l’évolution de l’économie mondiale en général : effondrement déflationniste ou bien relance inflationniste, les économistes sont partagés et s’accordent seulement sur leur incertitude). C’est pourquoi nous recommandons :

– Aux producteurs : de ne pas prendre trop de risque et de vendre la majorité (+/-75%) de leur production dès que les prix qui leur sont proposés atteignent : 350 FCFA/kg au Bénin et au Burkina, 4.5 GHS/kg au Ghana, 300 FCFA/kg en Côte d’Ivoire et au Mali, 4500 GNF/kg en Guinée, 400 FCFA/kg au Sénégal et en Guinée-Bissau, 40 GMD/kg en Gambie. De continuer de prendre un soin particulier à bien sécher, bien trier et bien stocker les noix en attendant que ces prix soient proposés.

Aux commerçants et exportateurs : de ne pas s’engager sur de trop gros volumes, de ne pas trop stocker, pour ne pas subir la volatilité haussière comme baissière.

– Aux transformateurs : de continuer à accélérer votre approvisionnement, si les prix baissent dans en juin la qualité le fera aussi, donc autant prendre la bonne qualité aujourd’hui. De ne signer des contrats d’exportations d’amande de cajou pour les prochains mois que dans la moitié haute de la fourchette de prix actuelle (Minimum 3 USD/lb pour le grade WW320).

SOURCE N’kalo

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