• 30/09/2020
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Didymella lycopersici : L’ennemi redoutable des plants de tomate, piment…

(Mode de transmission, infection et dissémination)

Par Abèny Roukayatou AROUNA

La tomate (Solanum lycopersicum, L. 1753) est l’une des cultures maraîchères les plus importantes dans le monde. En Afrique et au Bénin en particulier, c’est le légume fruit le plus fréquemment consommé par la population (Toni et al., 2018) . Elle est produite un peu partout sur toute l’étendue du territoire avec une production de 244.742 tonnes pour une superficie emblavée de 37.968 hectares (Aboudou., 2012 ; INSAE., 2018).

Cependant, outre les contraintes abiotiques, la production de la tomate est affectée par l’attaque des pathogènes qui entraînent des pertes considérables (Mensah et al., 2019). Aux nombres de ces pathogènes, la maladie du « Pied noir de la tomate » causée par un champignon appelé Didymella lycopersici. Ce dernier est aussi bien présent dans les champs qu’en serres et affecte la production de la tomate (Massomo., 2019).

Description

Didymella lycopersici Kleb ou chancre de Didymella est une maladie cryptogamique, due à des champignons pathogènes qui touchent les plants de tomate au niveau du collet des pieds. Ce champignon se développe au niveau du collet formant un anneau empêchant la plante de s’alimenter. D’autres plantes sont sensibles à ce champignon telles que aubergine, poivron, piment etc. C’est l’un des pathogènes les plus graves transmises par les graines de tomate. Les pertes en cours de germination et dans la période post-levée sont considérables et estimées à plus de 50 à 90% (Khulbe et al., 1991 ; Assured Produce 2007 ; CSANR 2007).

Le champignon survit d’une saison à l’autre dans le sol contaminé (c’est la forme de conservation) et dans les débris végétaux infectés ou sur des hôtes intermédiaires. La pourriture de la tige survient dans les conditions optimales (20 ° C) accompagnée d’éclaboussures d’eau de pluie ou d’irrigation aérienne, les conditions humides, et persistance de l’humidité dans le substrat entrainant ainsi le développement et la diffusion de la maladie.

La pénétration du champignon est favorisée par des blessures liées aux opérations culturales et à une forte humidité. Les éclaboussures de terre, le ruissellement d’eau ainsi que l’eau d’irrigation contaminée (réserves d’eaux ouvertes) représentent les voies de dissémination par lesquelles les spores peuvent passer des plants malades aux plants sains. La transmission peut se faire également par les semences infectées et par la présence de déchets de cultures malades, d’outils et matériels non désinfectés. Les plantes deviennent également plus sensibles à mesure qu’elles mûrissent, et la carence en azote et en phosphore du sol peut contribuer à la gravité de la maladie. Cette pathologie peut se manifester aussi bien en serre qu’en plein champ (Simon & Minatchy, 2009 ; Khulbe et al., 1991).

Symptômes

Les premiers symptômes apparaissent sur la tige au niveau du sol sous forme de lésions brune foncée et déprimées. L’épiderme et le cortex s’altèrent et le brunissement du xylème progresse vers le haut de la tige. La tige demeure verte au-dessus des lésions. Néanmoins tous les organes de la plante peuvent être affectés (Shankar, Harsha et Bhandary., 2014). Ces lésions brunes formées à la base de la plante vont s’élargir pour ceinturer la tige, ce qui entraîne un jaunissement et un flétrissement des feuilles plus âgées ainsi que la mort de la plante.  Des pycnides (taches noires) qui sont les structures fructifères du champignon se forment sur les parties infectées. Les éclaboussures d’eau propagent les spores fongiques des pycnides vers les fruits, les feuilles et sur d’autres plantes entraînant des infections et la propagation de la maladie.

L’infection des fruits se produit le plus souvent au niveau du calice et commence comme une lésion imbibée d’eau qui évolue rapidement en une lésion noire enfoncée avec des anneaux concentriques. Sur les feuilles, l’infection commence par les petites lésions brunes à anneaux concentriques. De nombreuses pycnides peuvent se développer au centre de ces lésions avec la feuille prenant soit une apparence brune pâle ou ocre et peut provoquer des trous dans la feuille. (Williams, Sheard & Read, 1953 ; Kasselaki, Malathrakis, Goumas, Cooper & Leifert, 2008).

Figure n°1: Lésions brunes foncées et déprimées en bas de la tige

Généralement, les symptômes de cette maladie sont difficiles à distinguer par rapport aux lésions provoquées par Botrytis cinerea (un champignon causant des moisissures grise sur les plants de tomates) ;ce qui rend le diagnostic à l’œil nu difficile et délicat. Les lésions provoquées par la pourriture grise sont normalement d’un brun plus pâle, génèrent des conidiophores aériens et provoquent le jaunissement de la tige au-dessus des lésions, contrairement aux lésions causées par Didymella lycopersici. Cependant, deux champignons peuvent se trouver dans la même lésion. Au bout de 2 à 3 jours, les plants de tomate attaqués par ces champignons meurent (Kasselaki, Malathrakis, Goumas, Cooper, & Leifert, 2008 ; Simon & Minatchy, 2009).

Sources : ephytia.inra.fr

Méthodes de luttes

  • Pratiques culturales :
  • Respecter les mesures prophylactiques strictes et l’élimination des résidus de plantes malades, surtout en fin de saison, est très importante.
  • S’assurer d’une nutrition minérale adéquate en azote et en phosphore.
  • Effectuer la rotation des cultures
  • Évitez l’irrigation aérienne ou par aspersion qui favorisent la germination, le développement et la sporulation de Didymella lycopersici
  • Jeter les plantes infectées dans des sacs de plastique, sans toucher aux lésions
  • Les débris végétaux devront être sortis des parcelles et détruits. Ils ne devront en aucun cas être enfouis dans le sol
  • Nettoyer et désinfecter les outils de travail après utilisation
  • Lutte chimique
  • L’application de toutes les mesures préventives (prophylaxie et lutte chimique) limite l’installation de cette maladie. Les traitements avec des fongicides peuvent être réalisés

(Knox-Davis, 2001; Munkvold, Sweets & Wintersteen,1999)

Références Bibliographiques

Aboudou, F. (2012). Compétitivité des filières pomme de terre et tomate. Consulté le 13/04/2020 de http://www.slire.net/document/1568

Assured Produce (2007) Crop specific protocol – tomato (protected). Available at: http://www.assuredproduce.co.uk/ resources/000/237/994/Tomatoes_protected2007.pdf.

CSANR (2007) Organic Seed – Information Washington State University – Centre for Sustainable Agriculture and Natural Resources Organic Seed website. Available at: http://csanr.wsu.edu/Organic/OrganicSeed.htm

INSAE (Institut national de la Statistique et de l’Analyse Economique), 2018. www.insae-bj.org (Consulter le 21/03/2020).

Kasselaki, A. M., Malathrakis, N. E., Goumas, D. E., Cooper, J. M., & Leifert, C. 2008. Effect of alternative treatments on seed‐borne Didymella lycopersici in tomato. Journal of Applied Microbiology ISSN 1364-5072 105(1), 36-41

Khulbe, R. D., Dhyani, A. P., & Sati, M. C.  (1991). Seed-borne Didymella lycopersici and Diaporthe phaseolorum: Their location in seed, transmission and pathogenic importance in red pepper and bell pepper. Indian Phytopathology 44(4), 480-486.

Knox-Davis, P. S. (2001). Diseases of above-ground parts: Specific control measures in more detail. In: Diseases of plants, their development and control. SASPP, 19p.

Massomo, S. M. S., (2019). Vegetable Pest Management and Pesticide use in Kigoma, Tanzania: Challenges and way Forward. Huria Journal Vol 26 (1), March 2019 195-227

Mensah A. C. G., Sikirou R., Assogba Komlan F., Yarou B. B., Midingoyi S-K., Honfoga J., Dossoumou M-E., Kpéra G. N., & Djinadou A. K. A, (2019). Mieux produire la tomate en toute période au Bénin. Référentiel Technico- Economique (RTE). MAEP/INRAB/FIDA/ProCar/PADMAR/World Vegetable Center/Bénin. Dépôt légal N° 11553, du 26/08/2019, Bibliothèque Nationale (BN) du Bénin, 3ème trimestre. ISBN : 978-99982-53-13-1. 56p

Munkvold, G., Sweets, L. & Wintersteen, W.  (1999). Fungicides. Iowa Commercial Pesticide Applicator Manual. Iowa State University. 21 p.

Shankar, R., Harsha, S., Bhandary, R., (2014). A practical guide to identification and control of tomato diseases. Tropica seeds, 54, 15p

Simon, S., Minatchy. J., (2009). Guide de la tomate hors sol à La Réunion. CIRAD, FDGDON, La Réunion, France 162-163 p. ISBN CIRAD : 978-2-87614-663-1.

Toni, H.C., Djossa, B.A., Teka, O.S. & Yédomonhan, H., (2018). Les services de pollinisation des abeilles sauvages, la qualité et le rendement en fruits de la tomate (lycopersicon esculentum mill.) dans la commune de kétou au sud bénin. Rev. Ivoir. Sci. Technol., 32, 239 – 258.

Williams, P. H., Sheard, E., & Read, W. H. (1953). Didymella Stem Rot of the Tomato. Journal of Horticultural Science, 28(4), 278–294. doi:10.1080/00221589.1953.11513793

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10 comments

  1. Lewis-Spencer dit :

    Vraiment intéressant comme article, riche en information sur cette maladie qui représente une menace pour la production des cultures maraîchères

  2. AHOUANDJINOU dit :

    Merci miss AROUNA …c’est vrai que cette maladie n’est pas connue de tous … principalement au Bénin…on en tiendra compte désormais.
    Vraiment merci pour cette information
    Courage

  3. GBEMENOU dit :

    Très édifiant, du courage !

  4. Mahuna dit :

    Merci pour le partage de l’information

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