• 03/08/2020
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Agribusiness : Le marché de l’anacarde en Afrique

La campagne cajou 2020 se poursuit encore dans certains pays d’Afrique. A travers ce dossier issue du Bulletin su service N’kalo, nous vous présentons la situation cette première semaine de juillet 2020 sur les marchés de la Côte d’ivoire, du Mali, de la Guinée, la Guinée Bissau, et le Sénégal. Elle sera suivie de l’analyse de Pierre Ricau sur le marché international.

Le marché de l’anacarde en Côte d’Ivoire

En Côte d’Ivoire, le marché de l’anacarde est toujours quasiment calme. La subvention de 35 Milliards de Francs CFA (60 Millions de Dollars US) aux acheteurs pour atténuer l’impact économique du COVID 19 qui permettrait de garantir le prix bord de 400 FCFA/kg aux producteurs, tarde à se mettre en place.

En effet, la subvention de 100 FCFA/kg à tout exportateurs qui accepterait d’acheter aux prix de 484 FCFA/kg au port, ne permettrait pas selon les exportateurs de supporter les charges et d’avoir une marge au vue de ce qui se passe sur le marché international. Les discutions entre les exportateurs et le gouvernement sont en cours afin de trouver une solution. Pendant ce temps, le manque de liquidité sur le terrain reste d’actualité.

Par conséquent, on note un véritable blocage des échanges dans les zones de production dans un contexte où les pluies diluviennes s’abattent sur le pays provoquant des inondations dans certaines localités. Quant à la qualité, elle continue de se dégrader avec la saison des pluies.

Dans les zones de production, les besoins urgents d’argent se posent et certains producteurs libèrent leurs stocks résiduels chez des acheteurs locaux qui achètent pour stocker dans l’espoir de vendre plus tard quand le marché sera relancé. Les prix bord-champ observés cette semaine pour ces échanges sont toujours stables entre 200 et 400 FCFA/kg avec une majorité des ventes entre 200 et 250 FCFA/kg selon les localités et les quantités livrées.

Les prix gros oscillent entre 225 et 425 FCFA/kg et les prix portuaires varient entre 285 et 484 FCFA/kg. Le blocage actuel pourrait avoir une incidence sur le reste de la campagne si rien est fait alors que les stocks restant aux mains des producteurs sont encore importants autour de 350 000 tonnes selon le CCA. Avec la saison des pluies, certaines zones pourraient être inaccessibles rendant le processus d’exportation encore plus lent et compliqué qu’il ne l’ait déjà.

 Le marché de l’anacarde au Mali

Au Mali, la campagne de commercialisation de la noix de cajou est presque arrivée à terme. Les stocks résiduels au niveau des zones de production sont quasiment épuisés. La qualité des noix s’est fortement dégradée avec les pluies qui sont de plus en plus abondantes et généralisées. Les transactions sont au ralenti car l’offre est très faible et localisée. La plupart des acheteurs locaux ou étrangers se sont retirés du marché. Par conséquent, on a assisté cette semaine à une légère baisse des prix aussi bien à Sikasso, Kadiolo, Loulouni, Bougouni qu’à Kolomdièba, Yanfolila, Dioïla et Kati.

Cependant, quelques intermédiaires sillonnent encore les villages et les marchés hebdomadaires pour se disputer les derniers stocks. Les prix bord-champ varient cette semaine entre 150 et 200 FCFA/kg tandis que les prix de gros se situent entre 225 et 275 FCFA/kg. Le marché de l’anacarde en Guinée par Mandjou DOUMBOUYA En Guinée, le marché de l’anacarde cette semaine, est à l’image de la précédente. Les activités de commercialisation sont toujours ralenties à cause des difficultés de financement. Les commerçants disposent des stocks importants dans des magasins et peinent à les écouler . Dans la région de Kankan, certains acheteurs grossistes se sont tournés vers l’usine Diaoune Agro Industrie qui profite de cette situation d’impasse pour finir de s’approvisionner en noix brute.

Le marché de l’anacarde en Guinée

Le gouvernement guinéen dans son plan de riposte économique et sociale contre les impacts négatifs du COVID-19, a injecté 15 milliards de francs guinéens dans la filière anacarde pour une subvention directe des producteurs. Cet appui devrait permettre aux producteurs qui disposent encore des stocks de pouvoir les vendre. Les prix maintiennent leurs niveaux de la semaine dernière. Pour les marchés villageois de la région de Kankan, les prix varient toujours dans une fourchette de 3 000 et 4 000 francs GNF/kg avec la plupart des échanges à 3 000 francs GNF/kg. Les prix en gros rendu magasin sont entre 4 000 et 4 100 francs GNF/ kg. A Boké les prix villageois sont entre 5 000 et 5 500 francs GNF/kg tandis que les prix en gros rendu magasin se situent toujours autour de 6 000 francs GNF/kg. À Sinko, les prix d’achat oscillent entre 3 800 et 4 000francs GNF/kg.

Le marché de l’anacarde en Guinée-Bissau

En Guinée-Bissau, après une campagne de commercialisation de quatre semaines de noix de cajou, le premier chargement de noix de cajou brute a quitté les ports de Bissau, à destination de l’Inde. Le deuxième navire des trois prévu pour cette première phase est en cours de chargement. A ce jour, 21 450 tonnes ont été autorisées à l’exportation, contre 96 775 tonnes de noix exportées l’an dernier à la même période. Les prix FOB, déclarés par 19 entreprises sur 32 titulaires de licences d’exportation, varient entre 900 et 1200 USD / tonnes. On estime qu’environ 55 000 tonnes de noix de cajou sont déjà à Bissau, prêtes à être exportées.

Tout au long de la semaine, à Bissau (au niveau du pont bascule), la noix brute s’est échangée à des prix compris entre 375-380 FCFA / kg. Ce prix, qui résulte des stratégies commerciales des différents acteurs de la chaîne, notamment des exportateurs, a été contesté par l’association des intermédiaires, qui les jugent bas, compte tenu de la nécessité de respecter le prix au producteur de 375 FCFA / kg annoncé par le gouvernement.

Influencé par l’évolution du marché de Bissau, dans la région de Bolama, les prix maximums ont baissé de 50 FCFA et fixés à 300 FCFA / kg, dans les régions de Bafata et Oio, les prix sont entre 300 et 325FCFA / kg et dans les régions Biombo, Cacheu, Gabu, Quinara et Tombali, des variations de prix entre 300 et 350 FCFA / kg ont été enregistrées. Le troc de riz avec la noix est resté à 1 kg de riz pour 1 kg de noix.

Le marché de l’anacarde au Sénégal

Le marché du cajou au Sénégal reste actif malgré l’installation de l’hivernage en Casamance et à Sokone. Les pluies ont incité les producteurs à céder leurs stocks pour éviter une détérioration de la qualité et aussi avoir des revenus pour acheter des intrants destinés aux cultures pluviales. L’offre reste bonne malgré l’avancement de la campagne. Elle fait face à une forte demande des acheteurs et des intermédiaires locaux qui ont encore reçu de l’argent de leurs partenaires. Dans la zone de Sokone, les échanges sur le marché restent fluides. L’offre est caractérisée par des noix de moindre qualité ayant subi les effets de la pluie et les noix sèches bien stockées détenues pour la plupart par les revendeurs.

Les prix bord champ ont encore connu une baisse relative cette semaine surtout pour les noix de qualité moindre. Elles s’échangent à 400 FCFA par kg/bord champ et en gros. Les prix des noix de bonne qualité varient entre 450 et 500 FCFA/kg bord champ selon le volume et le niveau de qualité.

En Casamance (Ziguinchor, Sédhiou et Kolda), le marché reste dynamique malgré les pluies qui sont devenues assez régulières. L’offre et la demande restent bonnes. La baisse de la qualité des stocks s’est faite ressentir. C’est pourquoi les prix ont connu une baisse au niveau bord-champ et gros car les acheteurs ont commencé à porter une attention particulière à la qualité des stocks. Dans cette zone, les prix bord-champ tournent de 350 FCFA/kg. Les prix de gros varient entre 400 et 425 FCFA/kg selon le volume et le niveau de qualité.

Le marché international de l’anacarde

Le marché international est toujours très calme et certains transformateurs vietnamiens ont encore baissé leurs prix de vente des amandes de cajou proposant contre toute attente des prix encore plus bas qu’en pleine crise du Coronavirus. Dans le même temps la demande pour la noix de cajou brute d’Afrique de l’Ouest reste toujours limitée et les prix des dernières origines disponibles ont également légèrement baissé.

Le point de vue de l’analyste par Pierre RICAU

Une nouvelle baisse de prix alors même que l’offre est très limitée et que la Côte d’Ivoire n’exporte presque plus en ce moment semble vraiment difficile à comprendre et prend tous les acteurs à contre-pieds. Plus que jamais, nous conseillons aux producteurs de ne pas spéculer et aux transformateurs africains d’être moins exigeants pour les livraisons à court terme mais de continuer à limiter les ventes à long termes (dernier trimestre 2020) étant donné que cette baisse pourrait être très ponctuelle.

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