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Fulbert Adjimehossou, sur la crise environnementale: « La Covid-19 n’est qu’une alerte parmi tant d’autres banalisées »

Journaliste, spécialiste des questions de l’Environnement et de Santé, Fulbert Adjimehossou attire l’attention sur la recrudescence des zoonoses du fait de la dégradation de la biodiversité. Le lauréat du Prix africain du reporter sur le climat et l’environnement en 2018 appelle à la consolidation des acquis liés à l’hygiène et assainissement.

Y a-t-il un lien entre la Covid-19 et l’Environnement ?

La crise sanitaire liée à la Covid-19 met en exergue les liens entre la biodiversité et la santé humaine. La Covid-19 n’est qu’une conséquence de la dégradation de ce que le Pape François appelle « Notre maison commune », c’est-à-dire la Terre. Le coronavirus n’est pas nouveau. Il a déjà fait, sous d’autres formes moins virulentes, des victimes par le passé. Ce sont des virus qui se retrouvent chez des animaux. Mais en procédant au trafic de ces espèces, en manipulant à notre aise ces animaux, on devrait s’attendre à repartir avec les batteries, les virus qu’ils contiennent. D’où les zoonoses. Si le virus est en pleine mutation ou évolution, l’Homme en est pour beaucoup parce qu’ayant contribué à sauter les barrières qui existent entre ces porteurs et lui. Il faut davantage travailler à comprendre les liens entre la protection des espèces de la biodiversité, la prévention des pandémies et leur gestion efficace. La Covid-19 n’est qu’une alerte parmi tant d’autres banalisés.

Quels sont les effets de cette crise sur l’Environnement ?

Les effets sont à la fois positifs et négatifs. Je voudrais commencer par énumérer tout le bien que la Covid-19 fait aujourd’hui à notre planète. Même si c’est limité, et on le sait. D’abord, il y a une prise de conscience de la part d’une masse considérable de citoyens du monde, même si les décideurs et les industriels font la sourde oreille. Ce que nous n’avons pas pu obtenir avec les accords internationaux et les Cop est devenu possible. Il y a eu la réduction des pollutions atmosphériques et industrielles.

C’est énorme pour ces quelques semaines où les avions ont été plaqués au sol par un individu non armé, invisible, plus redoutable que les terroristes. Des navires qui polluent les écosystèmes marins ont un tant soit peu été contraints de réduire leurs navettes. Avec les mesures de confinement, les émissions des gaz à effet de serre par les automobilistes dans les grandes villes ont diminué. Et même, du fait de l’absence des touristes, les animaux ont poussé dans certains milieux un ouf de soulagement. Tout ça, c’est éphémère. Mais ce n’est pas non plus négligeable. La Terre a respiré pour un temps. Face aux dommages collatéraux qu’engendre la gestion de la crise sur l’environnement, il faut craindre encore le pire.

Et pourquoi craignez-vous des dommages collatéraux ?

D’abord, les dommages collatéraux, c’est une formule trouvée par les armées pour fuir leurs responsabilités. Par euphémisme, ce sont des conséquences annexes d’une opération militaire, touchant des biens ou des victimes civiles. Ici, en voulant lutter contre la Covid-19, on a trouvé des barrières de protections, comme des masques, des gants, des combinaisons, etc. Ce qui préoccupe le plus, c’est la pollution par les masques, notamment les masques à usage unique.

En réalité, le masque chirurgical, contrairement à son apparence, n’est pas fait de papier mais de polypropylène, qui fait partie de la famille des thermoplastiques. Ce qui explique pourquoi il pourrait mettre plusieurs siècles avant de se décomposer dans la nature. Pendant ce temps, vous en retrouvez dans la rue, dans les autres déchets collectés par les éboueurs, dans les eaux pluviales. Il est à craindre qu’une mauvaise gestion de ces masques ne devienne des sources d’autres problèmes à gérer. Les masques usagés sont probablement des objets contagieux. Ce n’est pas pour rien qu’on demande de ne point le toucher. Chaque fois que l’on touche un masque usagé, Il faut se laver les mains à l’aide d’une solution hydro alcoolique ou à l’eau et au savon.

Puisque nous sommes appelés à vivre avec le virus, que faut-il faire ?

Il faut apprendre à transformer les menaces en des opportunités. Le simple fait de se laver les mains à l’eau potable et au savon nous protège, non seulement contre le coronavirus mais aussi contre plusieurs autres maladies liées à l’eau. En portant le masque en circulation, nous évitons d’inhaler les métaux lourds qui nous rendent silencieusement malades. Il faut rehausser le profil du sous-secteur de l’hygiène et de l’assainissement en mettant les ressources, en capitalisant les acquis de la crise sanitaire et en actualisant la Loi n° 87-015 du 21 septembre 1987 portant Code d’Hygiène Publique.

Il faut éduquer à la préservation de l’environnement, à la protection de la biodiversité et surtout promouvoir la recherche sur les liens entre la biodiversité et la santé humaine. D’autres crises pourraient être en vue pendant que nous nous concentrions sur la Covid-19. Le Professeur Achille Massougbodji l’a dit : « Dans les deux dernières années, il y a eu au moins deux alertes qui ont fait objet de publication scientifique et qui évoquaient l’imminence d’un passage à l’Homme de ces virus. Donc il ne s’agit pas d’un phénomène tout à fait nouveau. C’était un phénomène connu et relativement prévisible »

Glawdys HOUNTONDJI

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