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Le coton bio, le dernier challenge du Professeur Talon en Afrique

Le coton bio, le dernier challenge du Professeur Talon en Afrique
Le coton bio, le dernier challenge du Professeur Talon en Afrique

Au Bénin, en 2018-2019, la production du coton a atteint un taux record de 678 000 tonnes. Une prouesse réalisée par le gouvernement de Patrice Talon, Président de la République, lui-même acteur éminent de cette filière. Toute chose qui porte à croire que si l’homme le désire, le coton biologique peut aussi se révéler à la face du monde… Le Président Talon se doit-il de relever ce challenge ? Et pourquoi ?

Talon, le Professeur titulaire en coton 

 En 2006, lors de mes premiers cours à la Faculté des sciences agronomiques (Fsa) à l’Université d’Abomey-Calavi (Bénin), un de nos enseignants d’agroéconomie nous racontait au détour d’un cours, ceci : « Talon, voilà un monsieur ; il est plus qu’un Professeur titulaire en coton ». Se voulant plus explicite, il a signifié qu’ « il maîtrise le coton depuis la graine jusqu’à la fibre dans les moindres détails ». C’était la toute première fois que j’entendais ce nom : Talon. Les récits du Professeur en faveur de cet homme d’affaires dont l’excellente connaissance théorique et empirique du coton était chantée décuplaient en moi mon ambition toujours soutenue de devenir un distributeur d’intrants agricoles.

En 2012, j’obtins un emploi saisonnier à l’Usine de coton (Ucb)de Wassa Péhunco. Nous sommes au Nord du Bénin. Cette expérience m’a permis d’éprouver et d’approuver les récits de l’Enseignant. Mais, ce qui m’avait le plus marqué, c’était l’organisation du système de production mis en place ainsi que les témoignages recueillis auprès des autres employés à divers niveaux de la chaîne de production de coton fibre à l’usine. Comme quoi, le coton béninois a de beaux jours devant lui.  Je me le ressassais.

PATRICE TALON professeur titulaire en coton ZOOM AGRO.vf
PATRICE TALON professeur titulaire en coton ZOOM AGRO.vf

Talon investi, le coton sort du précipice

Malgré l’importance reconnue à la filière coton, la production cotonnière du Bénin connaîtra régulièrement de chute. Après une période de gloire entre 1996 et 2004, période durant laquelle elle a largement dépassé les 350 000 tonnes pour 426 251 tonnes l’an, la filière fera face à une chute brusque pour une production de moins de 200 000 tonnes en 2005. Le volume de production du coton va difficilement décoller pendant les 10 années suivantes. Il faut attendre la campagne 2016-2017, pour que la croissance fasse son come-back avec une production de 451210 tonnes de coton graine.

Elu Président de la République du Bénin en 2016, la recette de Patrice Talon pour le coton commença son expression. Ainsi, plusieurs mesures seront prises pour relancer l’industrie du coton. Bingo ! En trois ans, le Bénin, devient le 1er producteur de coton graine en Afrique. Il détrône le Mali avec à la clef, une production record de 678 000 tonnes sur une superficie emblavée de 656 000 hectares (Campagne cotonnière 2018/2019). Un an après, l’exploit se réédite avec plus de 714 000 tonnes de coton graine (Campagne cotonnière 2019/2020).

De cette production, le coton conventionnel compte pour 712.000 tonnes et le coton biologique pour environ 2.700 tonnes. Le secteur cotonnier a connu une croissance de 222 % en volume par rapport à la campagne 2015-2016. Le rendement à l’hectare a progressé de 4,6 %. Ce qui démontre de l’efficacité des réformes entreprises.

Ce résultat est la conséquence des mesures prises par le gouvernement pour relancer la filière : le rétablissement de l’AIC (l’interprofession) dans ses fonctions, la fourniture d’intrants, de semences de qualité et en quantité aux cotonculteurs, de même que la formation de ces derniers sur les technologies d’amélioration de la fertilité des sols. On se souvient, le candidat Patrice Talon a rêvé grand lorsqu’il écrivit dans son programme de société qu’il va : « porter la production annuelle de coton au-delà de 500 000 tonnes ». C’est dire que la mayonnaise que représente la production du coton conventionnel a pris. Très bien pris. Le rêve à présent, que l’inédit se conte ailleurs, que cet exploit embrase le coton biologiqueTout le mérite s’y trouve.

Le coton bio, une opportunité pour le Bénin

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En effet, la responsabilité sociale des entreprises influence de plus en plus les politiques des marques et des détaillants dans l’industrie des textiles et des vêtements. À mesure que les entreprises prennent conscience de l’impact de la production de coton conventionnel sur les agriculteurs et leurs communautés, elles se tournent vers le coton biologique afin de servir les consommateurs et d’améliorer leur image auprès du public. De plus, sous la pression des consommateurs et des ONG, les principaux fabricants et détaillants de l’industrie textile s’engagent de plus en plus à utiliser du coton biologique et/ou du coton produit plus durablement sous des labels comme Better cotton initiative (Bci), Fairtrade, ou Cotton Made in Africa. Une demande qui devrait donc s’accroître dans les années à venir.

Le nouveau livre blanc du Groupe de travail sur l’approvisionnement panafricain de Textile Exchange « Le coton en Afrique : le développement durable à la croisée des chemins »  invite les pays africains à suivre cette voie. L’Afrique est aujourd’hui un petit producteur de coton biologique avec une part de 4% de la production mondiale en 2019. Toutefois, la production a progressé de 35% entres 2017/18 et 2018/19 et le Bénin dispose d’une énorme potentialité, c’est donc une opportunité de croissance à saisir. D’où l’intérêt pour le Bénin de compétir dans ce secteur.

Le récit d’une nouvelle hymne… 

Et pourtant, dans ce domaine, le Bénin, fait figure de pionnier en Afrique de l’Ouest et l’histoire a pris ses marques en 1994, sous la houlette de l’Organisation béninoise pour la promotion de l’agriculture biologique (Obepab). En terme de revenu, les recherches ont démontré que le coton biologique est aussi (même plus dans certains cas) rentable que le conventionnel produit à base d’engrais et de pesticides chimiques. Une affirmation corroborée par l’étude sur l’Economie de la dégradation des terres (ELD/ProSol 2016) au Bénin. Laquelle a révélé que le « coton conventionnel a des bénéfices nets plus faibles que le coton biologique ».

Par ailleurs, selon les rapports sur le marché du coton biologique de Textile Exchange pour les trois dernières années, le Bénin est le plus grand producteur de coton biologique en Afrique de l’ouest et le troisième au plan Africain avec 998 tonnes de fibre de coton certifié en 2019. Au Bénin, les rendements du coton biologique font partie des plus élevés du continent (643 Kg/Ha en 2019). Ainsi donc, le Bénin dispose aussi d’un système de production performant et optimisé en coton biologique. Ce qui pousse à conclure que « le seul handicap à l’essor de ce sous-secteur serait la volonté politique ».

Aussi, parlant de marché, le bio va souvent de pair avec le marché équitable. Et, c’est sans oublier cette assertion du Président de l’Association interprofessionnelle du coton (Aic), Mathieu Adjovi qui dit : « Quand le coton se porte bien, les autres cultures aussi ». Par conséquent, le développement du coton bio au Bénin va également booster la production bio des cultures comme  l’ananas, le soja, la noix de cajou, le manioc,  la patate douce, le  beurre de karité, le moringa  qui s’exportent déjà, transformés ou non.

Pour rappel, le coton bio équitable est une alternative de production durable qui protège non seulement l’environnement et la santé humaine mais, améliore aussi la situation économique des producteurs. Sur le plan économique, la production du coton bio se fait avec un faible risque financier, des coûts de production réduits et une amélioration du revenu (Il s’achète à un prix majoré de 20% aux producteurs. En 2019, le coton-graine biologique est acheté à 318 FCFA le kilogramme aux producteurs).

En 2019, le Bénin est classé à la  56ème  place en termes d’exportation des produits agroalimentaires bio vers l’Union européenne (UE) complètement derrière le voisin de l’Ouest, le Togo qui occupe la 14ème  place au plan mondial et la 2ème place en Afrique derrière l’Egypte. Par ailleurs, l’objectif du Programme d’action du gouvernement (Pag) dans le secteur de l’agriculture, est d’augmenter le revenu et le pouvoir d’achat de la population et d’assurer la sécurité alimentaire et nutritionnelle, tout en renforçant le flux des produits d’exportation. Un objectif auquel répond entièrement la production du coton biologique.

A quand le déclic ?

Conscient de la problématique de la baisse des fertilités des sols, le gouvernement du Bénin a sollicité l’appui financier de l’Agence française pour le développement (Afd) pour la mise en œuvre du projet de Transition agro-écologique dans les zones cotonnières (Tazco) du Bénin. L’objectif global est l’amélioration durable des revenus des exploitations et des rendements agricoles dans les systèmes à base de coton. Ceci, par la restructuration et l’amélioration de la fertilité des sols grâce à l’adoption de pratiques agro-écologiques. La première phase a travaillé sur des solutions de transition agro-écologique qui seront mises à échelle au cours de la deuxième phase. Ainsi donc, la transition vers un système de production durable de coton n’est plus l’apanage des éco-citoyens.

Pendant ce temps, la demande de fibre de coton bio augmente plus vite que l’offre. La production de coton biologique en Afrique progresse à un taux supérieur, plus 35%, pour atteindre 9527 tonnes en 2019 (Textille Exchange). En Afrique de l’Ouest, l’initiative Coalition coton bio-équitable (Ccbe), lancée en décembre 2017, pourrait changer la donne avec un objectif d’atteindre 40 000 tonnes de coton bio d’ici 5 à 10 ans (cf. l’interview de Tobias Meier).

C’est dire que, si le Bénin a pu détrôner les champions comme le Mali et le Burkina Faso pour la production du coton conventionnel en un laps de temps, l’exploit peut être réédité pour le coton bio où la Tanzanie est toujours la championne avec une production de 5281 tonnes, soit 2,20% de la production mondiale. Un appel est ainsi lancé aux acteurs du secteur coton pour faire du Bénin un ambassadeur du coton bio en Afrique.

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