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Afrique de l’Ouest : Un pionnier mondial de l’agroécologie

Le dernier rapport d’IPES-Food met en lumière « la trajectoire ouest-africaine vers la résilience et les ODD » à travers l’agroécologie. Les experts voient une opportunité unique de transformer les systèmes alimentaires en Afrique de l’Ouest

07 septembre 2020, DAKAR – L’Afrique de l’Ouest a tous les ingrédients pour devenir un « pionnier mondial de l’agroécologie », la double crise du changement climatique et du COVID-19 créant une opportunité unique pour transformer les systèmes alimentaires dans la sous-région.

Telles sont les conclusions d’un rapport publié aujourd’hui par le Panel international d’experts sur les systèmes alimentaires durables (IPES FOOD)

 « Environ 90% de l’agriculture ouest-africaine est constituée d’exploitations familiales », a déclaré l’auteur principal, Mamadou Goïta, ajoutant que beaucoup diversifient déjà leurs cultures agricoles.

 « L’Afrique de l’Ouest bénéficie déjà de mouvements sociaux dynamiques qui défendent l’accès des agriculteurs à la terre, à l’eau et aux semences. La région voit une augmentation des investissements dans le secteur agricole. L’agroécologie et la souveraineté alimentaire ont été inscrites dans de nombreuses politiques nationales et régionales. »

S’exprimant à la veille du 10e Forum pour une révolution verte en Afrique*, Goïta a ajouté: « Il ne nous manque qu’un signal clair de la part des gouvernements, des donateurs et des leaders agricoles que les approches de la révolution verte sont inefficaces, reléguées au passé, et que l’agroécologie est la voie à suivre. “

 Le rapport – s’appuyant sur trois ans de recherche participative avec un large éventail de partenaires régionaux – souligne les vastes défis auxquels sont confrontés les systèmes alimentaires ouest-africains aujourd’hui: les températures augmentent 1,5 fois plus vite que les moyennes mondiales; 70 à 80% de la population en Afrique de l’Ouest vit avec moins de 2 dollars par jour; et la pandémie COVID-19 menace de plonger des millions d’autres dans la pauvreté et l’insécurité alimentaire.

 Le rapport d’IPES-Food démontre que l’agroécologie est bien adaptée aux réalités de l’agriculture ouest-africaine, et apporte une réponse convaincante à ces défis:

  • l’agroécologie renforce la résilience climatique de manière durable et abordable;
  • elle réduit la dépendance aux intrants chimiques coûteux;
  • elle s’appuie sur le partage de connaissances entre agriculteurs et entre générations, et ;
  • elle crée des emplois dans les zones rurales.

Cependant, les experts ont également identifié plusieurs obstacles qui freinent le développement de l’agroécologie en Afrique de l’Ouest. À travers la région, les agriculteurs ont encore des difficultés pour accéder à la terre, à l’eau, aux semences, au crédit, aux marchés et au soutien financier dont ils ont besoin pour passer aux pratiques agroécologiques. Dans un même temps, de puissants acteurs poussent à commercialiser et industrialiser l’ensemble des systèmes alimentaires ouest-africains.

« Parallèlement aux politiques de soutien à l’agroécologie, d’autres politiques promeuvent des couloirs de croissance pour les produits d’exportation, des projets d’irrigation de masse et la mise à l’échelle intensive des produits chimiques», a averti Émile Frison, co-auteur du rapport. «Il est temps de mettre fin à ces incohérences. »

« Mais les solutions sont entre nos mains », affirme Goïta, soulignant les efforts de collaboration de l’Alliance pour l’agroécologie en Afrique de l’Ouest (3AO), lancée en 2018. « Ces obstacles peuvent être surmontés si nous mobilisons un mouvement agroécologique de plus en plus large, audible et unifié. »

Goïta a ajouté: « L’agroécologie est déjà une réalité viable sur le terrain. Elle répond aux demandes de millions d’agriculteurs à travers l’Afrique de l’Ouest. Mais il faut aller plus loin. Nous devons obliger les décideurs à respecter les engagements qu’ils ont pris. Et nous devons montrer que l’agroécologie est la voie de la résilience. C’est la définition d’une réponse systémique au COVID-19 et aux crises climatiques. Et c’est le moyen le plus rentable – peut-être le seul moyen – pour que l’Afrique de l’Ouest atteigne les ODD. »

Source : IPES FOOD

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