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Bénin- Marché agricole : « Pour acheter le gari en gros, il faut venir sur le parc à gari de Savalou » Justin Houéto

JUSTIN HOUETO

Faire de Savalou un grand pôle de commercialisation du gari dans le département des Collines. Cet objectif que vise le programme ACMA2 se réalise peu à peu. Ceci, à travers la mise en service du parc à gari de Lewo. Deux mois après, ce marché s’impose déjà comme site de vente en gros de ce dérivé du manioc. A propos, le gestionnaire du parc, Justin Houeto, nous édifie. Lisez…

Zoom Agro:  M. Justin Houeto présentez-nous le parc à gari

Justin Houeto: Le parc à gari de la Commune de Savalou est un marché thématique ou les produits dérivés du manioc sont commercialisés notamment le gari. C’est un marché qui s’anime tous les jours au même titre que le grand marché de Savalou. Dans ce marché, toutes les catégories qui interviennent dans la chaîne de valeur s’y trouvent : les coopératives de production du manioc, les coopératives de transformation du manioc, l’association des commerçantes de gari de Savalou et les intermédiaires localement appelés « gbatèxoto ». Tous ces acteurs se retrouvent pour effectuer leur business sur le parc. Lequel parc est constitué d’un magasin d’une capacité de 500 tonnes, 02 hangars qui servent d’étalage pour l’écoulement des produits. On y retrouve aussi des garages, des bureaux et salles de réunion, etc…

Racontez-nous un peu le début…

Les activités ont démarré le 10 octobre 2020. En effet, de l’analyse de la gouvernance de la chaîne de valeur gari dans la Commune de Savalou, on a constaté que les acteurs dominants sont les revendeuses de gari. Bien vrai que les producteurs de manioc et les coopératives transformatrices produisent du gari mais chaque jour, ces revendeuses sont dans les campagnes pour collecter le gari que ces derniers produisent. De ce fait, ils produisent le gari mais ils n’ont pas le gari pour amener ça sur le parc. Les commerçantes ont même développé une approche ou elles préfinancent la production du gari pour s’assurer de la disponibilité du produit. Eu égard cela, notre stratégie a été de ramener ces revendeuses sur le parc afin de réunir facilement tous les autres acteurs. Ce qui fut fait.

Mode de fonctionnement du parc

Les organes de gestion du parc à gari sont à deux niveaux. Nous avons le comité multi-acteur et le comté technique. Ce dernier est composé d’un représentant du Groupement intercommunale des collines (Gic), d’un représentant de la Mairie, d’un représentant de l’ATDA et du gestionnaire du parc.

Circuit de commercialisation et prix du gari

Quand le producteur transforme son manioc en gari, il y a des revendeurs majoritairement constitués de femmes qui achètent chez ces producteurs et amènent le produit sur le parc. Néanmoins, les producteurs (Union des coopératives de transformation de manioc, etc…) qui ne veulent pas vendre aux revendeuses viennent également sur le parc avec leur gari. Les acheteurs viennent d’un peu partout du Bénin notamment du Sud Bénin (Cotonou), de Glo dans la commune d’Abomey- Calavi. Dans le département des Collines, on peut citer Dassa, Paouignan, Savè, et tchetii un arrondissement de Savalou et frontalier au Togo et Malanville au Nord Bénin. Au niveau sous régional, les acheteurs viennent également du Togo, du Niger, de la Mauritanie etc…

Par rapport au prix, il tient compte surtout de la qualité. De façon générale, nous avons trois types de gari. Par ordre d’importance, nous avons le sonhoui, l’ordinaire et le atinka. Le prix est fixé après discussions entre l’acheteur et le vendeur. Donc, il ne s’agit pas d’un prix fixe encore moins uniforme. C’est un marché libéral. Le gestionnaire que je suis joue le rôle de facilitateur. Actuellement, le sac de gari sonhoui oscille entre 40 000 F Cfa et 42 000 F Cfa pour une masse moyenne de 145 kg ce qui revient à un prix moyen de 280 F Cfa le kilogramme. Rappelons que le marché s’anime tous les 5 jours. Ainsi, du 10 octobre au 29 décembre 2020, la quantité de gari commercialisée sur le parc est de 3766 sacs. Ce qui équivaut à 540 tonnes pour un chiffre d’affaires de 132 064 450 F Cfa.

Les recettes du parc 

Comme tout marché, la Marie perçoit la Taxe de développement local (Tdl) qui s’élève à 100 F Cfa par sac vendu  et le parc perçoit 50 F Cfa par sac qui rentre sur le site. Par contre, la taxe de chargement (1000 F Cfa) est copartagée (50%) par les deux structures.  Au-delà de ces recettes, nous disposons d’autres services comme le transport des marchandises pour engranger des ressources financières afin de rendre pérenne la gestion du parc surtout pour supporter les charges fixes (salaire des employés, entretien et réparation, etc).

Les Impacts, il y en a eus ?

Le parc à gari contribue à l’amélioration des revenus des acteurs surtout les producteurs. Avec cette infrastructure, les producteurs amènent leur gari sur le parc même les jours ordinaires (par opposition aux jours de marché qui est tous les 05 jours…Ndlr). Ils vendent en même temps leurs marchandises et ils prennent leur argent en cash. Du coup, ils ne sont plus contraints d’attendre le jour du marché.  Puisque, si le prix ne l’arrange pas, il peut attendre le lendemain. Des fois, le vendeur est tranquille chez lui et c’est l’acheteur, intéressé par son produit, qui l’appelle au téléphone pour les négociations de prix. Après, ce dernier vient le rencontrer sur le parc pour la finalisation.  Souvent, c’est les revendeuses qui attendent sur le parc les producteurs pour leur payer leur produit en même temps et cash.

Difficultés et défis

Les acteurs ne sont pas encore bien organisés pour définir les clauses de fonctionnement de ce marché et surtout les rôles spécifiques qui incombent à chaque acteur. Ce qui conduira à une harmonisation du processus d’achat (comportement d’achat) sur ce marché. Aussi, les commerçantes de gari disposent de mini magasin dans le marché central de la ville et vendent aux clients suite aux prix retenus après négociations loin des oreilles des concurrentes autrement dans la discrétion. Une fois sur le parc, celles-ci disposent des palettes sur lesquelles elles entreposent leurs marchandises. Ce qui contrarie avec leur mode habituelle.

Le défi c’est de passer à l’uniformisation des prix sur le marché suivant les différentes qualités de prix et surtout passer à la vente au kilogramme. Autre chose, il s’agit aussi pour nous de mobiliser de financement additionnel pour la construction d’un mini magasin d’environ 10m2 de superficie en complément sur le parc, afin de combler le déficit qui s’observe. Un projet auquel adhère le Maire de Savalou. A en croire ses dires, cela peut être amorcé en 2021.

Votre conclusion…

Merci au programme ACMA2 qui a vu juste. J’exhorte les autres Programmes à une synergie d’action et à emboiter si possible le pas à ACMA2 en réalisant des infrastructures et équipements marchands qui permettront aux acteurs de la même chaîne de valeur de regrouper leur produit en un lieu fixe où divers services sont disponibles facilitant l’accès au marché sécurisé. Je pense que cela va favoriser le développement territorial des filières.

Chaque jour que Dieu fait, dans l’exercice de ma fonction, j’œuvre à ce que l’ambition du Maire de Savalou soit une réalité. Celle de faire de ce parc un marché de référence du gari en Afrique de l’Ouest.

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