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Hubert Glin, spécialiste de la fertilisation des sols « Les légumineuses sont précieuses pour la culture bio »

Beaucoup de Béninois ont marre des produits chimiques de synthèse. Pour se préserver de potentiels risques sur la santé, ils préfèrent cultiver eux-mêmes, dans un jardin des produits de première consommation comme la tomate et les légumes. Mais comment y parvenir sans avoir recours aux produits chimiques ? La réponse dans cette interview de Hubert Glin, spécialiste en fertilisation du sol.

Peut-on utiliser les déchets ménagers pour enrichir son jardin ?

D’abord, je n’aime pas trop le mot « déchet ». Je préfère « sous-produit ». Alors, ils comportent aussi bien des matières dégradables et non dégradables. Le premier réflexe, c’est de commencer à faire le tri à la source. Il faut séparer les sachets, les bouteilles des matières organiques par exemple. Ensuite, nous allons transformer les déchets organiques en compost. Ca nous permettra non seulement de nourrir nos fleurs, d’enrichir notre jardin mais aussi d’être conscients que nous sommes en train de produire nous-mêmes ce que nous mangeons.

 Dans nos concessions, nous avons des arbres qui laissent tomber des feuilles que nous considérons comme déchets, en les nettoyant sans cesse. Ne peuvent-elles pas être utiles à quelque chose dans son jardin ?

Normalement, c’est ce qu’il y a mieux de faire. La fertilisation a tiré son origine de la fertilité du sol. Lorsque vous allez en forêt, vous voyez des feuilles, des plumes d’oiseaux, des coquilles et des fruits qui tombent. En plus de l’eau, il y a tout un mécanisme qui se met en branle. Les microorganismes viennent. Il y a de la décomposition et nous obtenons de l’humus qui nourrissait la plante. Nous devons copier ce modèle. C’est-à-dire tout ce qui est biodégradable, même quand nous taillons les gazons et les fleurs, les feuilles doivent être exploitées dans le jardin. On ne doit pas les jeter. C’est ce qui va nourrir le sol. Nous prenons non seulement soin de nos cultures mais aussi du sol. Ce qui ne se fait pas malheureusement aujourd’hui. On ne pense plus à la propriété physique du sol. Donc, quand on parle de la fertilisation, la première de tout le monde, c’est comment nourrir la plante. Ça ne devrait pas être ainsi.

Parlant des déchets produits dans le ménage, est-il possible d’utiliser l’eau issue des travaux domestiques  dans son jardin ?

Tout à fait. Mais ce n’est pas l’eau savonneuse. Le reste peut être exploité. Et si nous avons horreur de l’odeur qu’elle peut dégager, avec nos charbons, nous pouvons filtrer et exploiter facilement ces eaux usées domestiques dans le jardin.

Il y a quelques jours, nous avons célébré la Journée mondiale des légumineuses. En quoi sont-elles importantes pour la fertilisation du sol?

Il n’y a rien qui ne soit naturel. Aujourd’hui, quand on parle de la fertilisation, on pense à l’azote. Savez-vous que l’air que nous respirons contient de l’azote, mais qui n’est pas activé ? Il y a certaines plantes qui ont la capacité de capter l’azote atmosphérique  et de les transformer en azote assimilable pour le sol. C’est le cas des légumineuses. Parmi ceux que nous consommons, il y a le haricot et le niébé  par exemple. En dehors de ça, il y a des plantes comme les Leucaena. Nous avons aussi les Fabaceae qui ont cette capacité. Les cultivateurs connaissent bien l’herbe du Laos « Agatounma ». Lorsque vous les utilisez en paillis, vous faites le fauchage et que vous le laissez sur le sol, quand vous semez du maïs après le labour, c’est comme si vous avez utilisé de l’engrais chimique. Ce qui veut dire que nous pouvons utiliser ces plantes dans nos exploitations agricoles. Etant donné que ça fait partie de la famille des Fabaceae, c’est riche en protéines. Le sol est un milieu vivant. Tout ce que nous avons comme microorganisme est à la recherche de protéine et du sucre.  Lorsque vous laissez des fruits au sol, vous allez constater après qu’ils se sont décomposés. Les microorganismes sont à la recherche du sucre pour l’énergie et de la protéine pour la croissance et la multiplication. Alors, lorsque vous fauchez par exemple les Leucaena dans votre champ, les microorganismes viendront s’installer. Nous sommes dans un monde où nous voulons que tout aille vite. C’est pourquoi les gens ont du mal à utiliser les engrais organiques.  Par exemple, les peaux de banane sont riches en potassium, en matière d’éléments minéraux majeurs. Si vous mangez la banane, découpez la peau et mettez ça dans l’eau. 72 heures après, vous pouvez l’utilisez pour la production même de la carotte, la tomate et certains légumes racines.

Que faut-il faire contre les ravageurs, quand on se refuse d’utiliser les pesticides de synthèse ?

Il y a par exemple le Conivari qu’on utilise pour chasser les moustiques. De Porto-Novo jusqu’à Dassa, vous allez en trouver le long des routes. C’est une plante qui est un insectifuge. Elle peut être valorisée dans nos bios pesticides afin de faire repousser les ravageurs. De la même façon, le neem a la spécificité d’avoir quatre principes actifs. Quand vous l’appliquez, vous êtes à l’abri. Seulement, il faut faire toujours la prévention. C’est ce qui nous manque.

Propos recueillis par Fulbert ADJIMEHOSSOU

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