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Semence Paysannes et Agroécologie pour la souveraineté alimentaire du Bénin

Les semences hybrides et les OGM ne constituent en rien la solution contre la faim ou le moyen pour atteindre la sécurité alimentaire

Chers frères et sœurs représentants des différents ministères et des organisations de la société civile,

Chers frères et sœurs agriculteurs, transformateurs et tous les autres acteurs du secteur agricole.

Nous sommes honorés d’être avec vous ce jour à l’occasion de cette foire semencière et de dégustation de mets anciens initiée par le CEVASTE – Centre d’Expérimentation et de Valorisation de l’Agroécologie; des Sciences et Techniques Endogènes pour échanger autour de ce qui est indispensable à notre existence c’est à dire l’Agriculture.

En effet, Malgré la diversité de nos secteurs d’activité, nous sommes tous concernés par l’agriculture puisque nous devons nous nourrir chaque jour. A un instant donné de notre vie, nous pouvons nous passer d’un comptable, d’un avocat et même d’un médecin mais nous ne pouvons jamais nous passer de l’agriculteur. L’Agriculture est tel un carrefour qui nous rassemble tous, et à la base de l’agriculture il y a la semence JINUKUN Tout commence par elle.

Qu’est-ce que la semence?

Une semence c’est l’ADN des végétaux, le code génétique de la vie encrypté dans une microcapsule naturelle. De nos jours la semence est devenue un enjeu mondial. De grands groupes internationaux privatisent et modifient les semences et donc leur impact sur notre vie. La semence  représente aujourd’hui un secteur d’activité financier florissant. Les deux tiers 2/3 des semences mondiales sont gérées par trois firmes multinationales dont l’objectif principal est le gain monétaire, Monsanto, DupontDow et Syngenta.

Peut-on privatiser et modifier les semences ? La réponse paysanne à cette question est non. Nous avons l’obligation de protéger, valoriser et de préserver notre patrimoine semencier tel que nous  l’avons reçu pour les générations qui viennent.

Avant même de parler de la qualité des semences industrielles, nous savons, par expérience, que tout ce qui est privatisé peut faire l’objet de pression, chantage et de manipulation. Notre souhait, est que la semence ne soit pas un jour l’objet de chantage pour nos producteurs.

Les recherches technologiques telles que l’hybridation ou les OGM organismes génétiquement modifiés visent à dénaturaliser la semence donc  à modifier sa contribution à notre santé. L’objectif est le gain financier.  Elles ne sont donc pas motivées par la recherche d’une meilleure sensation gustative ou mieux d’un meilleur apport nutritionnel. Le bien-être de l’homme est mis de côté dans la quête de profits financiers.

Le devoir de tout gouvernement est d’assurer la sécurité alimentaire du peuple. Les groupes de lobbying présentent les semences modifiées comme étant la solution pour atteindre cet objectif de sécurité alimentaire. Les semences hybrides et les OGM ne constituent en rien la solution contre la faim ou le moyen pour atteindre la sécurité alimentaire au-delà des promesses et des concepts alléchants les résultats sont là et la faim continue à tuer plus que la pandémie.

Ces semences servent de point d’entrée aux pesticides et aux engrais chimiques qui sont indissociables de leurs cultures. Ce mode de culture détruit le sol et la biodiversité. 75 % de la biodiversité a déjà disparu en raison de l’abandon des fruits et légumes naturels au profit des fruits et légumes sélectionnés dans des catalogues.

Depuis l’avènement des cultures conventionnelles chimiques, les fruits et légumes ont perdu 16% de calcium, 27% de vitamine C, et 48% de fer. Les aliments que nous consommons se vident progressivement de leur teneur en nutriment. L’agriculture conventionnelle est basée sur l’utilisation des sous-produits dérivant du pétrole. Elle génère des gains pour deux (02) secteurs : l’industrie pétrolière qui écoule les produits dérivés dans l’agriculture et l’industrie pharmaceutique qui réalise de gros chiffres d’affaire grâce à l’augmentation des cas de maladies, malnutritions et carences en vitamine.

Un mouvement national, continental et planétaire œuvre à apporter solution par la promotion des semences endogènes et l’Agroécologie, c’est-à-dire l’agriculture qui respecte les cycles et l’harmonie avec la nature.

L’objectif de sécurité alimentaire poursuivit par nos gouvernants est louable. Toutefois, nous ne saurions être en sécurité tant que notre territoire est ouvert aux cultures conventionnelles. La seule manière d’être en sécurité, c’est d’être souverain sur le plan alimentaire. C’est-à-dire de produire ce que nous consommons en utilisant les ressources de notre environnement pour  fertiliser ou traiter notre terre.

Les organisations de la Société civile telles que le CEVASTE, la FAEB, la Convergence reconnaissent trois principes de bases pour définir l’orientation des approches politiques agricoles et alimentaire: assurer la souveraineté alimentaire, favoriser les échanges intercommunautaires et nationaux et privilégier l’agriculture paysanne.

 La véritable sécurité alimentaire est la souveraineté alimentaire. La sécurité ne saurait être basée sur la volonté des autres à nous fournir des semences ou des vivres, elle ne saurait se faire au détriment de l’environnement. Elle ne pourra être durable que si elle respecte la vie. Elle est synonyme de non dépendance.

Pour atteindre cette véritable souveraineté, il conviendra dans un premier temps, de décoloniser l’agriculture. La priorité ne doit plus être de produire pour les industries européennes, asiatiques ou américaines mais,  pour couvrir les besoins de nos peuples. Il est essentiel que l’agriculture  soit d’abord adaptée au besoin réel de nos populations.

 « Alors que le COVID fait rage dans le monde entier profitons de l’occasion que nous offre cette pandémie pour souligner l’importance d’une alimentation saine, diversifiée et sure au contraire des toxines synthétiques ainsi que l’importance de cultiver des aliments sur des sols sains et plein de vie. La nutrition peut jouer un rôle important dans notre lutte contre le Covid et contre bien d’autres maladies évitables. Célébrons nos cuisines traditionnelles et toutes les connaissances qu’elles renferment et enrichissons-les.

De nos jours, le taux de chômage des jeunes  est grandissant. L’entreprenariat reste en général la seule voie qui leur est offerte. Les startups sont en ce sens une aubaine. Mais il n’y a pas plus grande entreprise que la terre. C’est la  raison pour laquelle le dicton affirme que « la terre ne ment pas ». En mettant une graine en terre, on récolte après 3 mois entre 300 à 1000 graines soit un taux de rendement compris entre 30.000 % et 100.000%. Une graine de mangue en terre assure des récoltes de plusieurs milliers de mangues pendant des générations. C’est donc évident qu’il n’y a pas meilleures entreprises pour nos jeunes. Mais Justice doit être rendue à l’Agriculteur, son niveau de vie relevé à sa juste valeur,

Le moment est arrivé pour qu’il y ait plus de personnes dans les champs que dans les bureaux, pour que nos enfants, élèves, étudiants ne soient plus déconnectés de la nature. Il est temps pour nous de valoriser l’esprit et les techniques de culture agroécologique, d’apprendre à nos enfants l’entreprenariat agricole et de traiter nos terres  comme un organisme  vivant qui mérite soin et attention en nous souvenant que nos ancêtres l’avaient divinisé.

Il est temps de revoir l’échelle des valeurs sociétales, de s’émanciper de l’esclavage mental enfin de faire comprendre à nos enfants que l’humanité égarée a besoin d’entendre la voix originale de l’Afrique Ainé de la création. Il est impératif de redonner son importance à l’agriculteur dans une société où être agriculteur est encore synonyme de pauvreté alors que la richesse se trouve dans la terre. « Un pays qui devient autosuffisant par le développement de l’Agriculture, peut regarder de-l’avant et marcher avec confiance vers son future. » Son Impérial Majesté HAÏLE SELASSIE.

Chers membres du secteur agricole, chers agroécologistes, vous participants issus de différents autres secteurs, il est fondamental de savoir que la Mère Nature est notre Mère et que tout ce qui lui arrive nous impacte. La sagesse vaut plus que l’or et l’argent nous terminerons sur ce dicton : « La terre n’appartient pas à l’homme, mais c’est l’homme qui appartient à la terre ».

Source: Conférence publique animée par Mère JAH lors de la Foire semencière ( 26 février 2021 sur l’esplanade du fort français de Ouidah)

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