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Bénin/ Recherche agricole : Le temps de la première fructification du baobab réduit

Le Baobab est une espèce à fortes potentialités mais fortement menacée. Les recherches effectuées par des chercheurs béninois permettent désormais de produire plus facilement les feuilles et de raccourcir le temps de la première fructification de l’espèce à travers des techniques de greffage des plants.

Un géant aux pieds d’argile. Ce n’est pas trop pour qualifier la situation que traverse le baobab Africain. Plus on s’éloigne de Boukoumbé, plus l’espèce se laisse dominer par bien moins robustes dans la savane. Une escale à Natitingou, et les producteurs avouent leur échec à arrêter la saignée. Noudi Montè Nantè est utilisateur des produits de baobab depuis plus de 20 ans. « Avant, quand nous allions au champ avec les parents, on en trouvait beaucoup en chemin. Les parents nous mettaient la farine dans l’eau et on délayait. Aujourd’hui, le baobab devient rare, et ses fruits encore plus. Il faut 12 ans au moins pour avoir de fruits. Ça nous fatigue d’attendre si longtemps. Ce qui fait que nous n’accordons plus trop de priorité à la culture de l’espèce », confie ce cultivateur, la quarantaine.

Géant mais fragile…


En réalité, poussé naturellement, le baobab ne donne des fruits qu’après deux, voire trois décennies. Mais en plus de cette croissance lente, à l’échelle de la vie humaine, il faut ajouter les pressions de toutes sortes qui fragilent les peuplements naturels de l’espèce. L’urbanisation et les coupes sauvages s’en mêlent.
Géographe de formation, Angèle Tawari gagne aujourd’hui sa vie à partir de la transformation des produits de baobab. Elle est déjà nostalgique de cette époque où le baobab était à portée de main. « Nos parents nous ont appris quand nous étions enfants que quand on voit le baobab quelque part, c’est qu’il y a un fétiche là. Les nuits on entendait les oiseaux chantés. On attendait que le fruit tombe pour s’en approcher et faire notre jus instantané. Nous nous procurons ainsi de l’énergie et des minéraux sans le savoir. Malheureusement, l’urbanisation est en train de tout emporter. C’est dommage », fulmine-t-elle.

Des fruits en moins d’une décennie contre deux décennies


Les usages du baobab sont multiples. C’est par exemple un excellent puits à carbone. « Sur un hectare de baobab, on peut avoir jusqu’à 256 tonnes de carbone séquestrés. Cela contribue à réduire le réchauffement climatique », souligne Professeur Achille Assogbadjo. Mais en face, les menaces sont persistantes. Sur le continent, les plus anciens pieds disparaissent progressivement, après des durées de vie allant du millénaire à 2 500 ans. Le géant baobab Africain semble, du fait du changement climatique, plus vulnérable à la sécheresse, aux maladies, au feu ou au vent, ainsi qu’à plusieurs autres facteurs. « La disparition est liée généralement à la fragmentation de l’habitat. On détruit tout. Il y a la déforestation, les changements climatiques, la pollution des écosystèmes, les attaques parasitaires, et autres », ajoute le chercheur.


La domestication du baobab est devenue urgente. Plusieurs recherches ont été menées pour accélérer ce processus. Toutefois, plusieurs aspects sont toujours non élucidés. Ainsi, dans le cadre du projet BaoChain/CARP+, des études menées par le Laboratoire de Biomathématiques et d’Estimations Forestières (LABEF) et le Laboratoire d’Ecologie Appliquée (LEA) font bouger les lignes. « En moins d’une décennie, c’est possible de commencer par récolter les fruits avec le greffage. Sur un même pied, vous pouvez appliquer plusieurs greffons. Le reste des expériences va se poursuivre pour davantage affiner les fiches techniques élaborées à cet effet afin de reproduire le baobab et garantir de meilleurs rendements comme d’autres espèces d’arbres telles que le manguier, l’anacardier, l’oranger, etc. explique Dr Kolawolé Valère Salako, chercheur au LABEF.

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