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Boukoumbé: le bastion du baobab au Bénin

Située à plus de 580 km de Cotonou au Nord-Ouest du Bénin, la commune de Boukoumbé est connue pour être le bastion des baobabs. L’espèce Adansonia digitata est non seulement présente un peu partout sur le territoire de la commune, mais est ancrée dans la vie et la culture des populations. Reportage.

Coups de mortiers incessants. Cris, chants et pas rythmés de femmes concasseuses de fruits de baobab. L’ambiance fait vite oublier les péripéties de la piste d’accès à Kouporgou, commune de Boukoumbé. Cet après-midi du 26 février, c’est Jacob Ghanaba qui nous guide dans cette ville qui doit son nom, selon l’histoire, à l’Iroko. Cependant, en lieu et place de cette espèce qui ne se retrouve désormais qu’au creux des montagnes, c’est le baobab qui règne en maître. Alignés les uns après les autres, ils se présentent depuis notre véhicule comme des anges qui veillent sur la population. « L’Iroko, vous n’en trouverez plus comme cela. Les scieurs ont tout coupé. Par contre, comme vous le voyez, le baobab est partout. C’est pour nous un don de Dieu. Boukoumbé est un peuple avec une tradition authentique. C’est un arbre vénéré chez nous. Sous un pied de baobab, il peut avoir réconciliation. On peut y guérir, on peut obtenir des bénédictions », confie-t-il.
Ici à Boukoumbé, avec cet harmattan qui a éclairci le paysage, il est facile de dévorer du regard deux dizaines de pieds de Adansonia digitata, sur place. « Nous avons dénombré environs 412.000 individus de baobab dans tout le Bénin. Boukoumbé peut en avoir environs 100.000 individus », souligne Professeur Achille Assogbadjo, chercheur au Laboratoire d’Ecologie Appliquée de l’UAC et Coordonnateur du Projet BaoChain/CARP+.

L’arbre des initiés
Pour ce peuple du Nord-Ouest du Bénin, le baobab est un arbre fétiche, déifié et plein de mystères. Les études ethnobotaniques réalisées par des chercheurs béninois soulignent qu’en milieu Otamari, parfois, le caractère divin se révèle au propriétaire qui va consulter l’oracle à la suite d’un malaise ou d’un évènement fâcheux.
De même, la culture Otamari accorde une place de choix à l’espèce dans bien de cérémonies traditionnelles. C’est le cas du « Dikou », une cérémonie d’enlèvements de deuil au cours de laquelle un morceau de branche de baobab bien emballé représente le défunt et reçoit les mêmes honneurs que ce dernier.
Cependant, ce qui revient sans cesse dans les témoignages, ce sont les cérémonies d’initiation auxquelles est soumis le jeune Otamari et qui est dénommé « Difôni » pour les hommes et « Dikountri » pour les femmes. Fulgence est un soldat béninois. Il doit, dit-il, en partie, sa détermination avant même d’intégrer l’armée à cette initiation. « C’est une cérémonie pour les jeunes garçons de 15 à 21 ans. C’est un peu comme une formation militaire. Je l’ai subi et je me rends compte que c’est après cette cérémonie qu’on est vraiment prêt à affronter l’ennemi, l’adversaire, la vie. On peut défendre aisément sa maison en cas d’attaque », précise ce jeune de la trentaine.

L’autre visage de Boukoumbé
Aujourd’hui, Boukoumbé a plus que ses tatas, ses cascades, son relief accidenté et sa culture à vendre au monde. Ils sont des milliers de producteurs à alimenter le circuit de transformation, et d’exportation des produits de baobab. Le pain de singes est considéré par les scientifiques comme le fruit le plus antioxydant au monde.
Jacob Ghanaba est aussi un bras droit de David Goldman, Fondateur de l’Ong Atacora Essentiel. Cet américain est un passionné de la protection et de la valorisation des ressources endogènes. Dans son unité de transformation, les femmes s’affairent, les unes à nettoyer les fruits, les autres à les concasser, à dépulper, et d’autres encore à tamiser.
Entre ces femmes, Jacob et David, c’est une longue histoire autour du baobab. « Notre activité principale est la transformation du baobab en pulpe et en huile. Il y a cette coopérative de femmes rurales qui assure la transformation. L’enjeu pour nous est de valoriser la ressource au profit de l’économie locale, en particulier les femmes. Avant notre installation, elles faisaient la transformation à la maison dans des conditions peu hygiéniques. Elles peuvent marcher jusqu’au Togo pour vendre le produit à un prix dérisoire. Aujourd’hui, elles sont plus payées et reçoivent les sous sur place », explique David Goldman. Et au rythme des mortiers, ces femmes chantent « Merci » pour cette nouvelle aventure avec le baobab.

Fulbert ADJIMEHOSSOU

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