Actualités

L’inoculum ‘’SOJA DÕ’’ : « Le biofertilisant qui assure un bon rendement… » Prof Pascal Houngnandan.

Prof Pascal Houngnandan

Accroitre à la fois la production du soja et améliorer la fertilité du sol, c’est le résultat d’une vingtaine d’années de recherches du Professeur Pascal Houngnandan. Soja dô, c’est l’inoculum soja développé à base de la valorisation de la biotechnologie microbienne pour accompagner le développement de cette filière au Bénin. Est-ce un engrais ? Un insecticide ? Comment fonctionne-t-il ? Et pour quels rendements… ? Voilà autant de questions qui trouvent leurs réponses dans l’interview que nous a accordé le concepteur.

Prof Houngnandan Pascal, vous êtes Professeur titulaire en Microbiologie du Sol et Nutrition des Plantes et précédemment Directeur du Laboratoire de Microbiologie des Sols et d’Ecologie Microbienne de la Faculté des Sciences Agronomiques (FSA) de l’Université d’Abomey-Calavi (UAC) et depuis Octobre 2016, vous êtes Vice-Recteur à l’Université Nationale d’Agriculture du Bénin (UNA), innovateur de SOJA DÕ ; parlez-nous un peu de l’historique de cette innovation.

Depuis les années 2003, j’ai commencé par produire des biofertilisants microbiens à base de rhizobium avec des tentatives de les proposer au Ministère de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche (MAEP). C’est alors que j’ai fini par être sollicité par le Projet d’Appui au Développement des Filières Agricoles (PADFA) pour accompagner les producteurs dans l’utilisation de cette technologie. Ce fut la première expérience nationale qui a commencé avec deux sessions de formation des producteurs sur les techniques innovantes de production du soja, organisées en 2007 à Bohicon au profit des producteurs cibles des Collines, du Zou, du Plateau, de l’Ouémé, du Couffo et du Mono et à Parakou pour ceux du Borgou Alibori et Atacora Donga. … Par la suite, les inoculums produits ont été distribués à ces producteurs appuyés par deux essais en milieux paysans à Zado Dovogon dans la commune de Zogbodomè et à Glazoué. Les résultats très excitants appuyés des témoignages des producteurs avaient été diffusés par toutes les chaines de télévision au Bénin et aussi sur France 24.

Malgré ces résultats assez prometteurs enregistrés, la diffusion de cette technologie n’a pas connu le développement attendu. Ce n’est qu’en 2012 que la Fédération des Unions des Producteurs du Bénin (FUPRO Bénin) au profit d’un projet obtenu de l’Ambassade des Pays-Bas dénommé « Utilisation des Résultats de Recherches en Agriculture » a sollicité la production et la fourniture de 15 000 sachets d’inoculums en trois ans pour les producteurs de dix communes au sud et du centre du Bénin. Des formations ont été organisées dans toutes ces communes au profit des producteurs sélectionnés par la FUPRO et des suivis rigoureux organisés dans l’ensemble des parcelles expérimentales.

A partir de 2014, le Projet d’Appui à la Croissance Economique Rurale (PACER) financé par le FIDA a sollicité nos services pour appuyer et accompagner l’Union Nationale des Producteurs de Soja (UNPS) dans la fourniture des biofertilisants, la formation des producteurs des semences de soja et le suivi des parcelles dans le sud et le nord du Bénin. Les résultats issus de cette intervention a été aussi très concluante mais n’avait pas toujours créé le déclic pour la diffusion à l’échelle de cette biotechnologie microbienne.

En outre, nous avions accompagné aussi, un certain nombre de projets   d’appui au développement agricole, tel que le PADAC, le PPAO, et des projets financés par la GIZ à travers l’UNPS. Il y a eu également, énormément d’essais qui ont été réalisés par le passé. Plus de vingt-cinq étudiants ont fait leurs diplômes de Licence, de Master, et de Doctorat sur des thématiques diverses liées à la culture du soja.

Le Bénin peut se vanter aujourd’hui de disposer de l’expertise nationale et internationale dans la valorisation des biotechnologies microbiennes des rhizobiums et des mycorhizes. C’est ainsi que des sollicitations viennent de partout en Afrique pour la formation des ressources humaines dans ce domaine. Les capacités existent pour la production des biofertilisants de haute qualité et leur diffusion à grande échelle. Il suffit que le gouvernement appui cette expertise existante dans le grand intérêt des producteurs.    

Par ailleurs, compte tenu de la demande grandissante de l’inoculum et pour sa différenciation des produits substituables sur le marché, un nom commercial lui a été attribué à partir de cette année. La marque SOJADÕ qui signifie que le rendement grain soja est très important en langue locale Fon et Bariba.

Que comprendre du principe d’action de l’inoculum SOJADÕ?

Vous convenez avec moi, que l’air que nous respirons contient environs 78% d’azote. Alors, pour produire les engrais minéraux azotés tel que l’Urée, le Sulfate d’Ammonium le seul gisement reste l’azote atmosphérique. Pour ce faire, on installe des usines qui vont utiliser le courant électrique comme source d’énergie pour pomper l’azote de l’air et le transformer en engrais minéral directement utilisable par les plantes. Le processus naturel quant à lui va utiliser la légumineuse qui grâce aux rhizobiums présents dans sa rhizosphère, va capter l’azote atmosphérique qui va se développer dans des nodosités observées sur les racines avec comme énergie provenant de la photosynthèse de la plante. Les légumineuses comme le soja ont des préférences spécifiques pour le rhizobium avec lequel elles font la symbiose. Il se fait que ces rhizobiums spécifiques ne sont pas présents dans tous les sols. Le rôle du microbiologiste des sols est de travailler à mettre ces rhizobiums spécifiques à la disposition des légumineuses à cultiver. C’est cette opération qui consiste à apporter et à enrober les semences du soja avec les rhizobiums spécifiques qu’on appelle inoculation. Si ces nodosités sont fonctionnelles et les souches de rhizobiums effectives, la coupe des nodules doit indiquer une couleur rouge vive comme celle du sang humain et c’est de la leg-hémoglobine. Dans ces conditions,  l’azote sera ainsi  abondamment produit et sera utilisé par la plante et le reste libéré dans le sol pour amender les cultures qui arriveront en rotation à la légumineuse la saison suivante. C’est cette biotechnologie simple qui constitue le principe d’action de l’inoculum SOJADÕ.

Autrement, les champs  dans lesquels ces microorganismes ne sont pas présents, grâce à SOJADÕ, ces derniers seront colonisés par la présence abondante dans ces sols de ces microorganismes du genre rhizobium. Ces derniers vont aider la plante grâce au processus naturel de fixation de l’azote de l’air à augmenter la teneur en azote du sol, d’où l’amélioration de la productivité de votre champ. Ce qui confère à cette mode de production du soja d’écoresponsable.

 En d’autres termes, l’inoculation favorise le développement de nodules au niveau des racines et augmente la fixation de l’azote atmosphérique. Par conséquent, l’utilisation de l’inoculum réduit ou annule la quantité d’engrais azoté nécessaire à la culture et par conséquent  les agriculteurs dépensent moins pour un rendement plus important par un processus ‘’biologique’’.

Soja dô, est-ce un engrais ou un insecticide ?

Soja dô est un engrais biologique et non un insecticide. Il s’agit d’un biofertilisant. Parlant du produit, il est contenu dans un emballage en sachet d’aluminium de couleur à dominance verte. Facile à utiliser (confère emballage), il est recommandé de le conserver dans un milieu ambiant de 37*c.

Notons qu’il faut un sachet d’inoculum (100g) pour 15 kg de semence. Pour quelqu’un qui opte pour une densité de 50 cm entre ligne, 20 cm entre poquets et 3 plants par poquets après démariage, avec les conditions actuelles, il sera autour de 45 kg de semence à l’hectare…Dans ce cas, il a besoin de 3 sachets par hectare pour une densité moyenne de 300 000 plants à l’hectare. En respectant, les itinéraires techniques, dans les conditions normales. Le rendement tournerait autour de 1.5 à 3.5 tons à l’hectare.

« La force, c’est sa qualité. Les paysans sont les meilleurs censeurs, il suffit de le comparer à d’autres produits venus d’ailleurs, et ils feront leurs propres conclusion ».

Quel est le taux d’adoption de soja dô ?

Nous sommes à plus de 250 000 hectares de soja semé aujourd’hui au Bénin. Mais quand nous faisons les calculs, moins de 3% des surfaces sont cultivés avec l’inoculum. Donc le chemin reste à faire pour arriver à une distribution à l’échelle reste très long. Notre souhait, est que les paysans utilisent fortement ce produit, pour renforcer la productivité de leur culture.

Quelle est votre circuit de distribution ?

Pour ce qui concerne la distribution, notre souhait, c’est de placer le produit dans les boutiques de vente d’intrants tel que : GléGan ,les structures décentralisées de l’Union Nationale des Producteurs, les boutiques témoins de la Sodéco, pour faciliter le rapprochement de SOJADÕ des utilisateurs finaux que sont les producteurs.

Vos défis et perspectives ?

Nous avons eu à faire un certain nombre d’actions sur le terrain, ce que nous continuons d’ailleurs de faire. Néanmoins, nous sollicitons les Projets et Programmes qui appuient le Ministère de l’agriculture (MAEP) à nous accompagner dans ce sens. Sur ce, notre défi reste la vulgarisation. S’il y a une bonne diffusion conséquente aux producteurs, ils vont utiliser SOJADÕ et le soja peut se hisser au rang de la deuxième culture d’exportation du Bénin. Rappelons que nous continuons de travailler à l’amélioration du produit. Pour preuve, cette année, l’emballage a été changé et nous avions ajouté de la gomme arabique au produit pour faciliter l’adhésion de l’inoculum à la semence sans achat du sucre. De plus, nous œuvrons à l’obtention de différents certificats de normalisation.

Votre mot de la fin.

Moi je suis heureux, d’avoir développé une biotechnologie, un produit que j’ai non seulement ramené du laboratoire au champs, pour faciliter un meilleur vivre en milieu paysan et pour répondre aux besoins effectifs des producteurs. Une recherche qui permet aux producteurs d’améliorer non seulement son rendement mais aussi leurs conditions de vie. Je suis très satisfait par rapport à cette réalisation.

Partager
Publicités

Publications similaires

Laissez un commentaire