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Supercherie dans les instruments traditionnels de mesure au Bénin

Achat d’une planche de basilic à Sémé sur le site maraicher de dame Ulriche Hontonou (VIMAS)

Les instruments de mesure dans les marchés au Bénin posent problème. Sur le forum Infos-Agri, les sachants crèvent l’abcès.

Quelle est la structure étatique qui a ce rôle régalien de contrôle des instruments de mesure au Bénin ? Elle semble, en effet, avoir oublié de l’exercer depuis toujours. “Les instruments de mesure: Caractère aléatoire des instruments traditionnels”. Il aura donc suffit d’un instant de réflexion autour de cette thématique  de Joachim Saïzonou pour que sur les claviers, les doigts se déchaînent. La tricherie érigée en foi dans l’usage de ces outils dont se servent les partenaires dans les transactions, qu’elles soient commerciales ou non, est décriée. Tout comme l’étalonnage des instruments par L’Agence nationale de normalisation, de métrologie et du contrôle qualité (Anm) dont la mission est la mise en œuvre et le suivi-évaluation de la politique nationale de normalisation, de métrologie, de certification, de vérification des produits et de promotion de la qualité.

Morceau choisi : “Au Bénin, le commerce des produits locaux a hérité de nombreuses pratiques qui, aujourd’hui, laissent le producteur sur le quai. On vend au kantin (une superficie qui est déterminée de façon très aléatoire et qui varie d’une région à une autre) ; on vend les fruits d’un arbre bien avant la floraison ; on vend avec des bassines accompagnées de tout le bras jusqu’à l’épaule ; on vend à la bâchée ; on vend au nombre (12, 40 etc.) ; on vend au tohoungodo. La liste est très longue”, relève Joachim Saïzonou dans sa chronique ”La virgule du local”.

A priori, pour lui, cela facilite les transactions avec des personnes qui ne savent ni lire ni écrire et de poursuivre, “Là où le bât blesse, c’est quand le commerçant grossiste achète chez le producteur avec un instrument donné (l’arbre, la bassine accompagnée, le sac avec chapeau, la bâchée, le kantin, etc.) et revend aux consommateurs avec un autre instrument (le tohoungodo, la bassine non accompagnés, le nombre et parfois même le kilogramme). Cela biaise le calcule de la marge bénéficiaire”. D’après les enquêtes, les commerçants et commerçantes ne se contentent pas seulement d’introduire des biais en changeant d’instrument au gré de leur intérêt, mais ils trichent également sur les objets mis en vente. Autre extrait : “Par exemple, la vendeuse d’orange vous propose 40 oranges d’un calibre donné A à X F. Au final, vous constatez qu’à peine 20 oranges sont de calibre A. Le reste est un mélange d’autres calibres plus petits. La commerçante revend le gari ou le maïs avec le tohoungodo ou la bassine non accompagné alors qu’elle a acheté auprès du producteur avec les mêmes instruments mais accompagnés”, dénonce-t-il. C’est dire l’ampleur, dans nos marchés, du phénomène.

Même les instruments dits “modernes” seraient aussi souvent truqués et n’inspirent aucune confiance de la part des populations. Que ce soit au niveau des poissonneries pour ce qui est des balances, les bâchées de transport (ananas par exemple), des pèses etc, aucun instrument n’échappe à la supercherie. Même le tohoungodo. Et, à l’arrivée, les transactions avec les instruments de mesure traditionnels ne profitent qu’aux commerçants.

Achat de mais par bassine à Kétou

Absence de volonté politique

Pour Marcel Djihoun, au Sénégal, cette situation a évolué avec la volonté politique. Des balances sont achetées et mises à la disposition de tous les vendeurs ambulants. Au pays de Macky Sall, tout se vend au kg, au litre, au mètre etc. Pour lui, “s’il y a une volonté politique nous pouvons faire un pas significatif. Cette mesure politique favorisera également l’attrait de la couche juvénile dans le secteur agricole et toutes les parties seront gagnantes à la fin”. En réalité, même si d’après des analyses, cette pratique ne date pas d’aujourd’hui, il faut, selon les débatteurs, y remédier par un travail de fond bien organisé depuis les sites de production et d’échanges. Le Ministère du commerce devra désormais veiller pour réglementer les instruments traditionnels de transaction. Tout les produits récoltés peuvent passer, par exemple, au pesé avec un prix mercurial connu de tous.

Fênou-Amba OLOU (Coll)

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