Actualités

Bénin : Les citadins béninois mangent plus de pesticides chimiques que de légumes ?

La production des légumes est souvent sujette à plusieurs types de nuisibles provoquant une utilisation outrée des pesticides chimiques notamment par les maraîchers béninois. Entre se faire beaucoup de profit et l’usage approprié du pesticide, c’est le consommateur qui se retrouve la mort dans le plat…

L’Organisation mondiale de la santé (Oms) définit le pesticide comme un produit chimique utilisé dans l’agriculture pour protéger les récoltes des insectes, des acariens, des champignons, des mauvaises herbes et d’autres nuisibles. On distingue les insecticides, les acaricides, les fongicides, les herbicides, etc. Au Bénin, comme dans plusieurs pays d’Afrique où se pratique la culture du cotonnier, deux types de pesticides se démarquent. Les “pesticides coton” caractérisés par des matières actives toxiques telles que le flubendiamide, le spirotétramate et les pyréthrinoïdes. A l’opposé, les pesticides spécifiques aux denrées alimentaires en l’occurrence, les légumes, dont les matières actives lambdacyhalothrine, acetamipride, etc, sont relativement moins toxiques. Ce dernier groupe est également caractérisé par le “délai de carence” ou “délai avant récolte”, c’est-à-dire le délai entre la dernière application du pesticide et la récolte qui reste variable entre 7 et 21 jours ou même plus. 

La mort dans le plat

Plusieurs études réalisées au Bénin sur les pratiques phytosanitaires en production maraîchère laissent pantois. Les pratiques phytosanitaires pernicieuses observées au niveau des périmètres maraîchers urbains et les dommages sanitaires qu’elles sont susceptibles de causer aux consommateurs, interpellent.  Selon l’ingénieur agronome Wilfried Yehouessi, les citadins béninois mangent plus de pesticides chimiques que de légumes. Pour ce phytotechnicien, ces études ont unanimement révélé trois faits alarmants. D’abord, les pesticides recommandés en culture cotonnière mais non en culture maraîchère sont très souvent utilisés sur les légumes.   Ensuite, les dosages et fréquences appliqués lors du traitement dépassent largement ceux qui sont recommandés. Enfin, le délai avant récolte, qui est, pour rappel, la période entre la dernière application du pesticide et la récolte, est considérablement réduit. Ainsi, on trouve des traces de pesticides sur les légumes destinés aux consommateurs. Ceci est fort préjudiciable à la santé. Pourtant, les légumes sont connus pour leurs nombreux apports en vitamines et sels minéraux indispensables au bon fonctionnement de l’organisme.

Voici la dernière liste actualisée des pesticides homologués au Bénin

Un sursaut patriotique

Fait tout à fait banal que d’administrer le pesticide à sa culture. Mais irréversibles en sont les conséquences quand la conscience en vient à faire défaut.  Il est, en effet, très difficile aux consommateurs de distinguer à vue d’œil, les légumes contaminés par les pesticides chimiques et d’en choisir la qualité dans les lieux de vente. 

«Le rapport des Nations-Unies sur le droit à l’alimentation publié le 24 janvier 2017, indique que les consommateurs ingèrent souvent un «cocktail» de pesticides via l’alimentation. Selon ce même rapport, une exposition cumulative élevée des consommateurs aux pesticides est préoccupante, en particulier, s’agissant des pesticides lipophiles qui se lient aux graisses et s’accumulent dans le corps», fait observer Wilfried Yehouessi. Par ailleurs, d’après des travaux de recherche, l’exposition des femmes enceintes aux pesticides entraîne un risque plus élevé de leucémie et d’autres cancers dans l’enfance, d’autisme et de maladies respiratoires. Les résidus de pesticides sur la nourriture peuvent avoir des effets dévastateurs sur la santé des enfants notamment, perturber leur croissance physique et mentale et déclencher des maladies et des troubles dont ils souffriront à vie.

Les pesticides peuvent aussi passer dans le lait maternel, ce qui est particulièrement inquiétant étant donné que le lait maternel est pour de nombreux nourrissons, la seule source de nourriture, et que leur métabolisme n’est pas suffisamment développé pour combattre les produits chimiques dangereux. «Des risques cardio-vasculaires, d’atteinte à la reproduction et aussi cancérigènes, ont été relevés par le scientifique Multigner en 2005. D’ailleurs, l’Agence internationale de la recherche sur le cancer (Iarc) reliée à l’Organisation mondiale de la santé (Oms) a classé certaines molécules chimiques, comme le glyphosate, une matière active d’herbicides, cancérigène “probable” ou “possible” pour l’homme », alerte l’ingénieur agronome.

Parer au drame qui se joue

Face à l’hécatombe, les pouvoirs publics doivent prendre leurs responsabilités. Des actions répressives contre les distributeurs de pesticides prohibés ; des sanctions contre les individus de mauvaise foi qui détournent les pesticides coton vers les exploitations maraîchères et des contrôles périodiques sur les sites maraîchers pour veiller au respect des doses, fréquences de traitement et délais avant récolte des pesticides chimiques, des analyses chimiques pour contrôler la qualité des légumes récoltés avant leur acheminement dans les marchés, s’avèrent nécessaires, aux dires du phytotechnicien. L’aliment est le premier médicament de l’homme. Qu’il en arrive à être un poison, reste un drame.

Fênou-Amba OLOU (Coll)

Partager
Publicités

Publications similaires

Laissez un commentaire