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Transhumance/«Mon manioc qui reste est saccagé» :Romain Abilé Houehou, le désenchanté entrepreneur agricole

Un agropastoralisme apaisé. C’est le vœu cher du gouvernement béninois. En attendant, la transhumance au Bénin rime toujours avec “crimes agricoles“.


«Hier était le tour des autres, aujourd’hui c’est moi, demain ce serait le tour de quelqu’un d’autre…». Des propos déchirants de Romain Abilé Houehou, entrepreneur agricole dont la production de manioc a été entièrement détruite par des éleveurs à la recherche de fourrage.

De lourds investissements enfouis en un instant sous la terre au rythme endiablé des pas de troupeaux, estomac au talon. Il y a de quoi être blasé. Il y a de quoi héler le haut-commissaire à la sédentarisation des éleveurs, Docteur vétérinaire, Adamou Maman Sambo. Morceaux choisis…


«Chers amis, frères et collègues, que faire ? Mon manioc qui reste est saccagé. Comme certains le savent, j’investis et je m’investis dans des initiatives agricoles à Golodjigbé et à Betecoucou depuis 2011. À Golodjigbé 3 ha et à Betekoukou 100 ha.
Ce matin (mercredi 10 novembre 2021 Ndlr), je viens vers vous pour vous exposer une situation décourageante pour l’agriculture et pour ceux qui ont le courage de faire des investissements. C’est la transhumance et la divagation des animaux dans les espaces agricoles.


J’étais à un atelier à Lokossa hier (mardi 9 novembre 2021 Ndlr) quand vers 16h, mes ouvriers et collaborateurs residents sur ma ferme à Betecoucou, m’alertent photos à l’appui. Voici le message : “Les peulhs nous envahissent, ripostent et nous menacent. Ils sont rentrés dans le peu de manioc qui reste. Ils sont 5”.


Alors, je me suis senti affaibli face à ces images. Dans un pays où des efforts se font par le gouvernement pour accompagner les grands espaces agricoles, dans un pays où la famine est en train de frapper à la porte des citoyens, dans un pays où des grands moyens seront mobilisés pour accompagner à coût de milliards la production agricole, que faire si en une journée des éleveurs viennent vous envahir et détruisent entièrement votre production juste à cause du fourrage ?


Hier était le tour des autres, aujourd’hui c’est moi, demain ce serait le tour de quelqu’un d’autre…
Je vous invite à me dire quoi faire. Laisser le domaine et vendre les matériels agricoles achetés à coûts de millions ? Libérer les jeunes qui placent leurs espoirs à ces initiatives agricoles ? Que faire ?»


Fênou-Amba OLOU (Coll)

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